vendredi, 09 mars 2007
Des relations triangulaires, du métro, et de Baudrillard
La télévision est une pensée qui s’efface mais ne cesse de couler, comme ces fontaines artificielles qui meublent les pièces de séjour des employés à la retraite. A simplement l’écouter, on pourrait croire qu’elle se fait l’écho des débats d’un pays, tant sa fabrique est une pièce montée de rapports conflictuels, mais le gâteau se révèle en carton et les mariés grosjean comme devant. Plus elle se sait vide, plus elle crée de l’artifice et croit se faire l’écho de disputes qui n’existent pas. Derrière le bruit blanc des passes d’armes s’avance la sidération abrutissante de notre communauté humaine, sous perfusion de rêves de bonbonnières, de séjours au soleil, et de fesses photoshopées. La parole publique qui voudrait assommer le moi souffrant de ses jérémiades de Cassandre en même temps que le soigner, ce qui revient au même puisqu’il n’y a rien de plus doux pour le malade que de s’entendre dire qu’il a raison de souffrir, cette parole publique n’est qu’une chanson d’arrière-fond venue distraire le camé des effluves stupéfiantes que la télévision diffuse dans son cerveau. Et cette drogue, que nous croyons à seul effet de nous endormir dans les bras de la paix sociale, pouponnés au royaume de l’hypermarché, est une pensée. La télévision pense, et cette pensée noie le réel. Mais à vouloir traquer son pouvoir au travers de grands concepts (le Politique, le Sujet, la Communauté…) on s’escrime en vain. La télévision est liquide, distrayante, anecdotique. C’est donc dans l’anecdote qu’elle se saisit le mieux.
Cette séquence est tirée de l’émission du 26 février dernier. Le principe, comme pour les autres candidats à l’élection présidentielle était de mettre en face en face l’homme politique et un panel de gens d’en bas, ou de téléspectateurs, ou de citoyens, bref, de moutons et de veaux à qui l’on prêterait le don de parole. Avoir un singe qui joue aux échecs fait croire au propriétaire qu’il est Kasparov, mais il ne reste qu’un dresseur de macaque.
Le chapiteau dressé était simple. D’un côté le candidat, debout derrière un pupitre, en orateur tour à tour élève et pédagogue. De l’autre, le public assis dans ce qui ressemble à une arène, manière d’agora pour signifier en couleurs TF1 bleu-rouge le chaudron démocratique. Enfin, sur le côté, l’intercesseur modeste, passeur de plat discret à la mine humble, le journaliste. C’est un Ppda tout sourire, en charmeur contrarié, timide à pas feutrés dans ce grand débat démocratique qui tient le rôle d’une télévision modeste et transparente. Il s’agit ici de mettre un homme face à des électeurs, et le média n’est que le transmetteur de ce rendez-vous fondamental de la Vème république. Ainsi le journaliste est-il un homme de touche, visible mais non central dans le dispositif.
La mise en scène se fait au diapason, en quelques plans qui organisent un découpage ultra classique de champs, contre-champs et plans de coupe pour recadrer l’ensemble.
Soit le plan d’ensemble qui rend compte de la scène démocratique :

Le candidat face aux Français qui écoutent, posent des questions, interviennent sur le mode de l’assemblée délibérative. A noter que le journaliste se trouve à la droite du candidat comme nous le voyons dans cet autre plan, général celui-ci :

Le même contre-champ élargi place le téléspectateur en situation de citoyen participant au forum :

Ces plans d’ensemble permettent des respirations dans le rythme mécanique des champs contrechamps filmés en plans serrés sur les différents protagonistes. Les plans serrés mettent en valeur les discours proférés en se focalisant sur celui qui les tient.
D’abord, le candidat :

Face à lui, un mouton, un singe ou une jolie fille, c’est-à-dire le public :

(A la voir, nous sommes prêts à lui accorder nos indulgences, et à rétablir notre jeunesse sur son trône de poussière).
Enfin, n’oublions pas la courroie de transmission, simple messager, tout à tour médiateur du Tiers-Etat ou clairon des décisions gouvernementales, mais à jamais animateur de l’espace public, le journaliste :

Mise en scène triangulaire, donc. N’importe quel amateur vidéaste sait alors que son découpage doit impérativement tenir compte de la direction des regards pour rendre lisible la situation des différents personnages. Une perte de repères spatiaux rendrait immédiatement le discours inaudible. Par exemple, si la jeune fille posait sa question en regardant sur sa gauche (à droite du cadre, donc), on attendrait une réponse du journaliste plutôt que de Bayrou. Les champs contre-champs doivent ainsi suivre trois axes définis : Bayrou – PPDA, PPDA-la jeune fille, la jeune fille-Bayrou. Tout changement d’axe nécessite l’intervention d’un plan de coupe (un des plans d’ensemble du plateau) ou un changement de direction de regard (par exemple Bayrou répond à la jeune fille, puis se tourne vers PPDA et on peut alors enchaîner sur un plan serré du journaliste qui regarde Bayrou).
La convention est donc simple, et la mise en scène pourrait être réglée par des machines. Mais cela suppose que la télévision représente un dialogue, ou un jeu de questions et réponses. Or, ce n’est pas qu’elle représente autre chose, c’est juste qu’elle ne représente rien. D’où la trangression de la règle de mise-en-scène établie auparavant.
Cela commence par cette toujours aussi délicieuse jeune fille, censée écouter la réponse de François Bayrou à qui elle venait de poser une question. Elle se pince les lèvres, sourit, minaude, mais surtout, oublie de regarder son interlocuteur, comme on le voit dans le plan suivant (en noir sa direction de regard, en blanc celle que la mise en scène attend d’elle) :

Là, elle regarde sur sa droite, comme absente au discours de Bayrou dont elle n’a visiblement que faire. Mais elle n’est pas la seule dont la direction de regard un brin anarchique manifeste une attention flottante. L’immense professionnel qu’est PPDA semble à son tour atteint de strabisme divergent, comme on peut le découvrir dans ce plan furtif :

Très vite, l’homme-tronc se recadre :

Mais il est trop tard. Il est désormais clair que le Béarnais du centre parle dans le vide et que public comme journaliste n’écoutent pas ses réponses. Cette mise en scène du dialogue est une pantalonnade. Mais que peut voir le spectateur alors ? Quel est l’objet d’attention qui semble occuper l’esprit du journaliste et de la jeune fille ? Car il est évident que leurs directions de regard sont orientées vers le même objet.
Revenons au plan d’ensemble qui ramènera dans le cadre ce qui était resté jusqu’ici hors-champ :

D’après le plan de la jeune fille, l’objet se trouve à la gauche du candidat. D’après le plan du journaliste, il est aussi derrière lui. Plus de doute possible alors : nos deux cancres regardaient l’écran qui se trouve à droite au fond du plateau et retransmet ni plus ni moins que l’image de la jeune fille. Cette dernière se regarde comme dans un miroir avec l’expérience supplémentaire qu’elle se sait à son tour regardée par des millions de téléspectateur, d’où les lèvres pincées, le sourire, la tête penchée, les seins qui poi… Pendant ce temps, notre modeste et si précieux journaliste la reluque comme le vieux beau séducteur luisant qu’il est.
De cette brève et légère analyse, nous pouvons donc retirer trois leçons, et un grand principe.
Leçon n°1 :
La parole politique est d’un ennui mortel à la télévision.
Leçon n°2 :
Les regards ne s’y portent pas directement. En multipliant la présence d’écrans, ils passent par une image tierce pour éviter d’avoir à soutenir le regard de l’autre. C’est là une attitude que les usagers de métro connaissent bien. Combien de jeunes filles ai-je ainsi pu observer alors que leurs traits délicats semblaient se fondre dans les vagues sombres des vitres où je les buvais ?
Leçon n°3 :
L’anonyme citoyen spectateur qui se retrouve sous les feux de la rampe par la volonté de fer des apôtres capitalistes de la télé-réalité n’a rien à nous enseigner, pas plus qu’il n’a à apprendre lui-même. Dans un jeu spéculaire infini, il s’observe en train d’être scruté par des millions d’yeux qui le voient se mirer.
Et le grand principe se soutient de ce simple constat que la télévision ne représente rien, puisque en additionnant les simulacres et en les faisant proliférer dans un espace entremêlé de public et de privé, elle ne recouvre plus le réel mais le crée. La télévision est donc la réalité, et cette réalité est un vide spéculaire.
Eteignons nos postes.
Cueillons les fruits de nos vergers.
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dimanche, 04 mars 2007
Debout les morts !
"Car oui, je suis un Européen. Je le suis par toutes mes fibres, par toute mon histoire personnelle. Je le suis pour mes grands parents, juifs polonais qui ne parlaient pas français, qui ont dû leur salut face à la barbarie nazie à des justes corréziens, je le suis pour mes parents, pour ma mère, qui a survécu à cette tragédie, pour mon père, qui a fui les totalitarismes successifs, fasciste et communiste, qui ont ensanglanté son pays natal, la Roumanie, pour eux tous qui savaient qu’il n’y avait d’autre voie, pour en finir avec ces fléaux, que l’Europe, que l’Union par la réconciliation."
Il y a , chez les opportunistes, cette maladie de l'intellect d'aller réveiller leurs morts pour leur fournir toutes les mauvaises justifications nécessaires.
Alors que nous ne cessions, enfants, de faire mourir nos grands-parents afin d'expliquer nos absences à l'école, rendus à l'âge adulte, les esprits aussi faibles que laborieusement généreux n'aiment rien d'autre que de faire cavaler Pepé et Mémé sous les balles nazies ou dans les goulags pour se decerner à eux-même des brevets de courage et des médailles de bonté. C'est ainsi que Moscovici nous apprend qu'il faut être juif et koulak pour être européen, et qu'être européen l'autorise à se désister prestement de son mandat éléctoral au parlement de Bruxelles.
Au non de mes grands-parents resistants que je vois chaque nuit en rêve remonter leur pantalon de traviole sous le feu nourri de la barbarie SS, j'imagine donc qu'il me sera toléré quelques rapines, forfanteries, fourberies, et même éventuel dérapage fasciste.
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jeudi, 01 mars 2007
Audit des comptes
Suite à mon billet d'humeur sur le dossier des Inrockuptibles consacré au cinéma français, je ne reçois plus le magazine depuis deux semaines.
Ce blog n'est donc pas tout à fait inutile.
(He, les gars et les filles des Inrocks, vous n'avez pas intérêt à ponctionner encore mon maigre compte courant pour payer vos lampadaires chez Habitat !)
samedi, 24 février 2007
week-end

vendredi, 23 février 2007
Je suis nuance
Sur les conseils de Juliette, je retournais dernièrement dans une salle obscure découvrir un film wallon, mais français, mais wallon, un film avec accent, et parfois non, mais qui sentait bon le programme cultureux chiatique, comme on peut en désespérer les soirs que Dieu nous offre à lâcher son billet de spectacle pour traîner des jattes dans les bars alentour. Grâce soit rendue à cette fille (je suis en dette, mais les sentiments pour elle naissaient libres), aux orties mes dégoûts du moment : « Nue propriété » de Joachim Lafosse vaut le coup d’œil, à neuf euros dix la passe quand Marianne oublie son porte-monnaie et qu’il faut bien s’y substituer.
Un film pas mal, c’est déjà cela. Où les zones d’urticaire sont presque absentes, et qui réussit ses derniers plans, des plans fixes, comme on dit d’un regard, ou d’une obsession, où nul ne lâche ses personnages pour des raccords mouvements mille fois vus et épuisés. L’action, ici, ce sont des corps, et les corps, des acteurs qui jouent à n’être plus que cela, des poignets cassés sur une table de ping pong, un mouvement de rein, une main sur la chatte, poncer des portes, tirer sur des rats, détourner un regard, et manger comme un porc devant sa mère la pute.
C’est effrayant ce qu’ils peuvent mal se parler dans ce film, mais c’est déjà pas mal d’exprimer quelque chose dans ce genre auteur rachitique où d’habitude trois connauds ferment leur gueule en chiant des crampes sur des murets de misère. Ici, ça gueule et ça claque pendant que l’autre détourne son regard de chien battu fatigué de renifler ses couilles froides.
Après l’ennui des films elliptiques, on ne s’en plaindra pas.
Et même I. Huppert finit par être émouvante avec ses hanches d’anorexique et son visage de cresson, bien qu’elle ne sache pas tenir une poele et encore moins repasser un tee-shirt. Peut-être avait-elle fait venir sa bonniche personnelle pour jouer les coachs de tournage mais non, les gestes restaient faux, empruntés, des gestes de comédienne qui faisaient tâche dans le décor. On a beau savoir balancer un texte, avec les pauses qu’il faut, et les regards bien placés (quelle technique quand on l’observe !), n’empêche que rien n’y fait : c’est toujours le salon cossu bourgeois qui déboule chez le petit indépendant quand on ramène ce genre de tête d’affiche. Quand elle caressait le ventre flasque de son amoureux, on voyait bien qu’elle ne l’avait jamais fait, et qu’elle en avait presque peur. Alors on plaignait l’autre acteur, un bon con de flamand.
Et puis, quand le film se vidait, faute d’argent, les plans de coupe fleurissaient comme de la mauvaise herbe. Le plan de coupe, c’était un fétiche du petit film d’auteur franchouillard, à filmer des jardiniers en train de biner leurs géraniums, ou des types qu’avalent leurs verres comme si ils étaient en train d’atterrir sur la lune. Heureusement, la dramaturgie avançait masquée, bien tenue en laisse, mais aboyeuse et pas vilaine, pour s’achever sur une simple phrase, qui soulageait, qui soulageait infiniment mais ne réparait rien.
Et le monde pouvait courir à ses cendres.
Donc, Nue propriété, de Joachim Lafosse, qui peut tourner malin, ou passionnant.
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mercredi, 21 février 2007
Le pourquoi d'un bordel de campagne (ou quelques éléments justifiant un comportement vampirique, ou prédateur)
Il m'a fallu des années pour le comprendre : vivre dans son époque en restant inactuel exige une énergie considérable, surtout quand vous ne bénéficiez d'aucune rente.
Pour la paix du corps, mieux vaudrait s'abandonner aux fétiches du moment. Pour celle de l'esprit, il faudrait se faire ermite.
Mais vouloir connaitre les deux dans un même mouvement, c'est entrer en guerre.
Les consolations sont alors en retour.
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jeudi, 15 février 2007
Je suis centriste

On les connaissait médiocres, auto-satisfaits, et les voilà maintenant ouvertement geignards (1). Dans le dernier numéro de cet hebdo pourri qui vous réabonne d’office sans vous demander votre avis, un journaliste leur déroule un tapis de larmes et joue leur pleureuse. Misère des producteurs de cinéma indépendant en France : le système de financement du cinéma français les colle chaque jour un peu plus contre le mur. Pensez, écrit notre enquêteur, « tel producteur de premier plan n’aurait plus de téléphone portable ». Sans blague, je peux toujours lui en prêter un vieux pour appeler son dealer de coco. Franchement, qu’est-ce qu’on en a foutre qu’ils n’arrivent plus à monter leurs films neurasthéniques bourgeois ? Ces types ont connu une décennie qui apparaît aujourd’hui pour ce qu’elle était : une parenthèse heureuse. Pendant toutes les années quatre-vingt dix, les responsables cinéma de Canal + (la chaîne qui ricane) tendaient leur bras pour sortir quelques billets d’un saladier de pognon offert par le porno et le retard français en matière de chaînes de télévision. Un producteur débrouillard muni d’un scénario qui pouvait encore faire frétiller les copains de l’avance sur recettes passait un coup de fil et avait sa réponse dans les deux jours qui suivaient. C’était la fête du franc, un autre siècle, une bonne blague de nantis. On fabriquait des premiers films à la chaîne. Qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Rien. Quasiment pas un cinéaste à retenir, à peine quelques films dont on continuera de parler dans quelques années. Ceux qui se plaignent aujourd’hui sont les mêmes qui ont eu toutes les opportunités dix ans auparavant et les ont systématiquement gâchées. Pourquoi devrait-on aujourd’hui recueillir leurs larmes de pauvres riches déclassés ? Allez, coup de pied au cul, tintin balayette, dehors !
Pour éviter d’assumer le pathétique spectacle de leur incurie, les voilà qui désignent leur bourreau : la télévision. Allons bon, chers petits, c’était bien elle qui vous nourrissait autrefois. Vos téléfilms vertébrés par les misères morales de pisseuses hystériques et d’étudiants transis de froid devaient moins leur existence au public clairsemé des salles obscures qu’à quelques généreux mécènes dépensant l’argent public sur des chaînes de télévision. Certes, je ne vais pas défendre la descente morale que dévalent aujourd’hui les argentiers du cinéma en finançant un cinéma de gaudriole dont tous les Français avec un peu de mémoire chieront de honte dans quelques années (mois ?). Mais je n’oublie pas qu’une cinématographie nationale ne tient le coup que par son centre : à la fois le public et l’exigence artistique. Dériver vers le populaire le plus rance et patriotico-saucisson qui soit interdit tout cinéma de qualité pour réduire les films alternatifs à des situations de niche, c’est à dire à de l’art pour musée. C’est bien ce vers quoi nous allons. Mais inversement, une pratique autistique et auto-centrée du cinéma d’auteur oblige le cinéma populaire à sortir la grosse armada du populo crasseux pour éviter à l’ensemble de l’industrie de couler. C’est ce qui s’est passé dans les années quatre-vingt dix, quand nos geignard s’illusionnaient en pensant fermement pouvoir rouler en jaguar avant d’aller déjeuner avec Serge Toubiana. Résultat : l’un d’entre eux a aujourd’hui perdu son portable. De toutes façons, s’il devait l’allumer, il tomberait sur la diffusion d’un film de Christian Fechner, producteur richissime revenu des limbes esthétiques (les Charlots) par la simple volonté de l’époque.
Voilà ce que j'aurais aimé lire dans un dossier sur le cinéma français : cette incapacité à produire un cinéma du centre. Au lieu de quoi, on ne fait que relayer les chouinements des producteurs indépendants. Journalisme de connivence, comme toujours dans ce pays, puisque les enquêtes sont menées verre à la main dans des soirées où toutes ces personnes se retrouvent, persuadées peut-être que le public des salles attend fébrilement leurs prochaines productions. Mais le public s'en fout, tant qu'on ne lui administre pas des claques.
(1) Non pas que je ne me plaigne jamais : les temps sont vraiment durs, camarades. Mais je n'ai pas gouté l'époque opportune que certains ont pu vivre. Et il faut aussi bien admettre que je suis en partie responsable des éventuels (probables?) échecs que j'aurais un jour à connaître.
vendredi, 02 février 2007
La route de la merde
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jeudi, 25 janvier 2007
Vision de l'enfer
"Il faut que la Ville invente des solutions pour un tourisme durable"
Anne Hidalgo, adjointe au maire de Paris.
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vendredi, 12 janvier 2007
Cinq choses peu connues à mon sujet, donc.
Voilà qu’à l’initiative d’Ornithorynque, je me retrouve pris dans ces chaînes de jeu où le blogueur est censé se dénuder un peu. C’est la chenille qui redémarre, donc. Sachant que quelques amis et un grand frère se comptent parmi mes aimables lecteurs, j’annonce tout de go qu’aucun sombre mystère n’y sera dévoilé. D’ailleurs, je suis un être sans profondeur.
1 – J’ai passé mon enfance à vouloir devenir saint. Il m’arrivait de ne pas dormir en guettant la venue de Jesus. A l’âge de treize ans, je me suis découvert vaniteux, lâche et obsédé sexuel : l’affaire était réglée.
2 – J’ai été momentanément doublure de Victor Lanoux dans un téléfilm. Son personnage devait se glisser dans un container à poubelles pour y effectuer une fouille. Après le plan où on le voyait grimper pour s’y glisser dedans, on m’appela pour le remplacer à l’intérieur. Dans le téléfilm, ce ne sont donc pas ses mains que l’on voit jeter des détritus variés et glaireux, mais les miennes. Sept prises furent tournées, où l’on me demanda de varier le rythme avec lequel je lançais les déchets en dehors du container. Une épouvantable odeur d’aliments décomposés m’accompagna silencieusement jusqu’à la fin de la journée. Ce fut le début d’une longue carrière d’apparitions fantomatiques et subliminales dans les films des autres.
3 – Il existe un roman dont un des personnages principaux porte mon prénom et vit des aventures très lointainement inspirées d’un voyage que j’ai effectué dans le Nordeste brésilien au mois d’avril 1999. En raison d’une négligence de mon frère, ma mère finit par le lire. Des mois durant, elle me considéra alors comme un dépravé.
4 – J’ai écrit ma propre version de ce voyage en terres brésiliennes. C’est un manuscrit de 400 000 signes où l’on retrouve certains des évènements ayant cours dans le roman précité. Y sont évoqués la guerre du Kosovo, les figures d’Antônio Conselheiro et de Lampião, une chauve-souris qui parle, un singe qui joue aux échecs, une photographie perdue de Lauro Cabral, l’hypothèse d’une découverte du Brésil par les Templiers, l’invention du premier ballon à hydrogène par Bartholomeo Gusmao, un jésuite ayant découvert Jésus dans le bassin du Haut-Béni, la musique de Jaufré Rudel et la poésie de Raimbaut d’Orange, une communauté de lesbiennes hollandaises menées par l’ancienne épouse d’un pizzaiolo néo-nazi, une grotte en plein désert où le maire de Canudos aurait caché une réserve d’eau étendue, un Français pétomonane dont le spectacle consiste à livrer une version venteuse de Omega d’Albert Ayler, un groupe de vieillards tous munis de prothèses en bois, et l’Apocalypse que tous ces personnages espèrent, comme une dernière danse dans la forêt de la Chiapada Diamantina. Persuadé que je n’avais pas encore obtenu de version satisfaisante de ce roman, je ne l’ai adressé à aucun éditeur. J’ai fini par comprendre qu’il resterait en l’état, et que ce serait bien ainsi.
5 - Depuis septembre 2003, je sais que la réalité de mon existence peut être sujette à caution. Mais ne sommes-nous pas tous des êtres de fiction?
Pour ne pas être rustre, je transmets ce jeu à une toute jeune trentenaire, miss Pimpeleu.