dimanche, 16 septembre 2007
Chérie, où as-tu rangé mon fusil?
Pourquoi écrire encore ici ? Et à qui s’adresser ?
Je pourrais ruminer ces questions, en relever les contours, en explorer les anfractuosités, et présenter enfin ma carte comme un géographe revenu de ses voyages les malles chargées. Mais il est clair que s’interroger sur une forme de l’intérieur de cette forme même revient à tâter un corps mort. C’est pour cela que la télévision, aussi puissante soit-elle socialement, n’a plus rien à dire depuis qu’elle se pense comme son propre objet d’investigation. C’est l’âge baroque des formes culturelles, leur haleine de menthol et leur fard de morue, derrière lesquels fond la cire du temps.
Je me les suis pourtant posées, ces questions, mais simplement au regard du spectacle affligeant des comptes-rendus culturels qui inondent l’agenda. Abruti par le fantastique débordement d’articles, d’émissions et de colloques sur tel ou tel événement artistique, mon foie saigne pire que sous les flots d’un mauvais vin, me voilà confit dans cette graisse culturelle et franchement écoeuré à l’idée de participer à cet étalage de vulgarités, de locutions répétées sans crise, et d’idées communes.
(A moins d’être payé pour cela, bien sûr. On finit tout de même par apprendre de son environnement.)
Je pourrais alors y aller de mon petit étron ciselé sur le dernier film vu (La vengeance dans la peau, que je conseille à tous, ah ah), lâcher deux trois considérations qui n’auront d’intempestives que le titre, et puis me serrer la main comme on se branle avant d’aller au lit, coucouche bienheureux, bonne nuit les enfants, le Président veille sur votre sommeil. J’aurais ainsi filé mon obole à la plus parfaite entreprise d’asservissement des esprits puisque elle se donne dans le même temps comme une forme de libération. Car oui, jeune, il faut y croire : la culture libère, et l’art c’est de la transcendance en barrettes. Il faut y croire pour que le monde circule sans être emmerdé par nos angoisses de jeté-là, ces petites crises où l’on perd d’un seul coup le fil des habitudes, les habitudes étant le facteur de stabilité indispensable dans toute écologie humaine. Et la culture, pour ce que j’en vois, c’est de l’habitude atomique.
Mais comme l’usage nous veut aujourd’hui rebelle, nous désirons aveuglément le nouveau, le perturbateur à l’endroit même où ronronne le plus parfaitement la grande machinerie sociale.
Comment une telle contradiction a-t-elle été rendue possible ? C’est que nous sommes toujours prêts à détecter la bonne oeuvre culturelle de la mauvaise, la révolutionnaire de la conservatrice, comme si l’emprise du pouvoir était à débusquer dans la forme d’un événement culturel. Mais non. Une chose dont je suis plus en plus convaincu est que le contrôle ou la grande mutualisation des esprits ne se trouve pas dans une forme, mais dans l’apparition temporelle de cette forme. Il ne sert à rien d’analyser tel livre ou telle émission pour savoir de quel côté ils se situent, libération ou asservissement, mais le simple fait que nous en parlions tous au même moment réduit les possibles à une locomotive sociale. C’est à ce niveau-là que se joue notre paresse intellectuelle, dans la répétition des échanges et des sujets de conversation. Derrière la multiplicité des débats, se découvre l’illusion de nos différences et la certitude que nous chions tous les mêmes commentaires. Vraiment, quel ennui.
Être inactuel, c’est donc s’obliger à passer un concours de la fonction publique ou se clochardiser : pas le courage.
Autant dire que la culture est devenu le reflet de mes lâchetés.
La culture est absolument dégoûtante.
Qu’avons-nous fait de nos revolvers ?
Passons.
J’ai retrouvé cette idée, somme toute de bon sens, exprimée de façon nettement plus profonde et radicale dans un bref essai de Francesco Mati, paru en 2005 aux éditions Allia. Il est assez rare que je me retrouve dans une pensée dont je n’ai pas déjà fait le tour, soit que je n’y apprenne rien de nouveau, soit qu’elle soit suffisamment stupéfiante pour que je m’y découvre plutôt (cas le plus probable, étant impressionnable par nature). Avec Superstitions, c’est un territoire connu que j’ai pu arpenter mais quadrillé de telle façon que j’en découvrais tous les reliefs et toutes les profondeurs, comme mon pauvre esprit n’aurait jamais pu le faire seul.
Tlön remarquait il y a peu que ces livres fâchés avec le cours progressiste des choses (le genre nouveau réac, comme disent les gentils) nous confortaient paisiblement dans nos pensées mais laissaient froids ceux qui y étaient opposés. A lui, et aux autres intéressés par ce genre de problématique, je ne peux donc que conseiller le livre de Francesco Mati qui va bien au-delà de nos petites et souvent ridicules considérations énervées, tout en touchant en plein cœur. Ce faisant, je ne m’inquiète pas trop de participer à mon tour aux évènements culturels, puisque le livre est paru en 2005 dans une relative indifférence. En voici les premières phrases :
La culture façonne, par toutes ses expressions, une pratique de l’obéissance. Je l’identifie à la superstition, cette invention résolument moderne qui doit être comprise comme une abêtissante contrainte interne à croire que quelque chose doit être vrai.
Et, un peu plus loin :
Pourtant je ne m’attarderai pas sur l’odeur de décomposition qui émane des institutions de la culture. Je ne suis ni antiquaire ni nécrophile et je n’aime pas tripoter les cadavres. Je livrerai plutôt ici les prolégomènes à une histoire des effets de la culture moderne, qui peuvent se résumer à la connivence, jamais démentie, des évènements avec le cours du monde qu’ils croient constamment tenir sous la menace d’une révolution.
Mazette, quelle lecture. Pourtant la thèse de Mati me pose problème par sa radicalité. A ses yeux, c’est toute la culture moderne qui se trouve invalidée dans ses prétentions. Aucune œuvre n’y échappe, pas même celles qui joueraient profil bas, en tentant modestement d’échapper par quelques habiles pas de danse à l’étreinte du monde. Mati ne croit pas, par exemple, à la possibilité d’un art authentique contre une culture de masse. Ce en quoi il chie dans les bottes des situationnistes auxquels une lecture superficielle pourrait le rattacher. Mais alors quoi, il ne resterait donc rien ? j’en étais là de mes interrogations quand cette problématique a croisé la lecture du merveilleux petit livre de Enrique Vila-Matas, Docteur Pasavento. Le narrateur est un écrivain fasciné par les figures d’auteur ayant disparu, particulièrement Walser et Pynchon. Son obsession prend une tournure telle qu’il décide à son tour de disparaître. Mais cette éclipse de plus en plus prononcée suppose qu’il cesse d’écrire alors que tout son projet était avant tout d’ordre littéraire. Comment donc sortir de cette insupportable contradiction qui nous voudrait voir écrire ce qui ne s’écrit plus, c’est-à-dire agir contre l’action elle-même ? Comment être dans la culture en la dégueulant tout de bon ?
L’auteur de ce billet, qui vient tout de même de citer deux livres tout en éreintant le procédé, n’a bien sûr pas de réponse à fournir.
Il s’en désole.
Toutes idées bienvenues.
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mardi, 04 septembre 2007
auto-portrait en vieux con
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samedi, 25 août 2007
Adieu voiture, moto, vélo... Marchons !
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lundi, 20 août 2007
Six verres de Châteauneuf-du-Pape ne changeront rien à l'affaire
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jeudi, 02 août 2007
Vivre, encore, toujours, malgré tout.
Interrompons un instant le cours agaçant des hommages aux morts, et tous ensemble, saluons les artistes vivants.
Car la beauté et le talent ne s'éteindront jamais.
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samedi, 28 juillet 2007
Quarante cinq minutes dans la peau d'un con
Laisse-moi te dire, fille, qu’il était vingt trois heures trente du côté de Stalingrad, et que la lune brillait à peine dans ce ciel de lampadaires quand je me suis avisé que l’heure était venue de rentrer. J’étais un peu ivre - j’avais vidé deux bouteilles avec mon ami Nicolas – et donc en pleine disposition pour vivre une aventure, une grande ! Une folie de marin, aux sources du Nil, le grand voyage chez les nègres quitte à ramasser la malaria, mais là tout ce que j’avais devant moi, c’était une rangée de biclous avec une borne interactive sur laquelle s’agglutinaient trois petits culs de vingt ans. Ni une, ni deux, folie ! Je sors mon pass navigo et j’introduis ma visa card pour expérimenter la nouvelle politique de location cycloïde de la mairie de Paris. Après trois minutes à taper des codes, des v, des codes et des v, victoire ! Un vélo borne 12 se détache. Nicolas, pas le dernier des cons (et même un peu premier dans l’ordre), s’empare du véhicule et lance trois tours de pédalier pour goûter la mécanique de l’engin. Déjà, le salaud grignote trois minutes du forfait, mais en plus, maladroit ! Il dévisse la selle ! Deux minutes de plus de perdu ! Je pleure ! Je bave ! Fureur ! Enfin, j’enfourche le deux roues, je salue poliment la compagnie (adieu, adieu, petits culs, que l’air et le sable vous caressent !), et j’avale direct le bitume towards Menilmontant, ses lumières, ses faubourgs, ses ivrognes et sa suie. Ah balade du jeune homme en ivresse ! Politesse du cœur, laissez passer l’outre pleine ! Bonjour police, bonjour piétons, bonjour taxis ! Klaxon, insultes, décorez-moi de vos colères ! Moi, c’est égal, je vous aime, sur mon cycle panzer divizion. Je suis un bobo, le bon bobo refait au bon goût de pinard, un bonobo des vieux quartiers, je renifle des peaux, je souris comme l’enfant, j’ai dix ans, quinze ans, vingt ans, c’est à n’en plus finir, jeunesse ! Je pédale dans la nuit, rive droite mon amour, tout le lait coule le long des cuisses, garanties sans dopants, tendresse, la ville fleurit sous mes roues !
Après quoi, vingt minutes ? Je tourne au carrefour de Menilmontant et m’engage dans la rue Etienne Dolet pour garer le vélo. Deux place de libre, félicité ! Pied à terre, je serre l’engin sur sa borne, mais non, une plaque rouge interdit de le faire. Idem pour la deuxième ! Poisse de la nuit ! Il faut partir. La carte indique une station proche, rue d’Oberkampf. J’enfourche le destrier et j’évacue plus loin. Mensonges ! Calomnies ! Putasseries ! La station est fantomatique ! Rien, nada, un spectre. Qu’à cela ne tienne, j’ai le cuisseau ferme, je poursuis vers Père Lachaise où probablement, une place m’attend. Bernique, oui ! Je tourne en rond, un vrai couillon, un idiot de fin de saison ! Minuit s’approche, et avec la cloche, la demi-heure fatale au portefeuille… De l’entrain, je me prends de foncer direction Couronnes où se tient une autre station. Peine perdue ! Tintin balayette ! Encore ces ignobles plaques rouges pour m’interdire l’arrivée ! Et plus loin, du côté de Belleville, face Synagogue ? Trois jeunes qui embarquent mais trois autres qui déposent ! Je suis fait. Le reste : encore des plaques rouges ! Y’en a un qui se marre. Ca te fait rire, merdeux ? Du calme, il dit, faut pas stresser, c’est les débuts, c’est cool.
Cool, il dit.
Sacré nom d’un connard. Va fumer ta ganja en rêvant ta vie, mais surtout, évite de me parler.
En attendant, c’est moi le con. Pris au piège des joies du bobo. Je me sens comme une merde. Je repars pas content, maudissant le socialisme, les jeunes et Jean-Claude Decaux. J’atterris en haut de Couronne, il y a une place, une seule. Je pose mon vélo. Je marche cinq minutes et je rentre chez moi. Je suis crevé. Je suis en colère. J’ai dépensé deux euros, autant dire une bière sans les cacahuètes.
Demain, je fais réparer mon biclou. Après demain, j’achète un SUV et je pourris l’ozone.
Et pour ceux qui pensent que cette note nous éloigne du cinéma, je les renvoie à Rohmer : ils pourront réviser la méticuleuse topographie parisienne en s'interrogeant sur le sens de la vérité des lieux.
lundi, 23 juillet 2007
Descente au fond du cool
Il m’a fallu trois mois pour lire le dernier Pynchon. Aurais-je pu achever sa lecture sans la contrainte d’un article à rédiger ? Le livre est dense, volumineux, plein de digressions et d’exégèses scientifiques, habité par des dizaines de personnages qu’on perd avant de les retrouver trois cent pages plus loin. Tout le texte est tissé par la rythmique si particulière de l’écrivain dont le style fait souffler de brusques rafales, puis s’étire jusqu’à ne plus battre que d’une infime pulsation où vient s’abriter sa nostalgie. La manière est pourtant plus simple que celle de l’Arc-en-ciel - on ne trouvera pas ces déconcertant changements de points de vue à l’intérieur d’une même phrase - mais y gagne peut-être en sensibilité. Il y a évidemment beaucoup de choses à en dire et, si les deux cents dernières pages m’ont paru fastidieuses, peut-être ma lassitude n’était que l’effet de l’épuisement, car, le livre refermé, ne reste que le sentiment d’avoir lu un très beau roman monde, où la littérature devient le refuge même des esclaves du temps, c’est-à-dire nous, pris dans les filets de l’histoire.
Si la langue de Pynchon, avec ses néologismes et ses emprunts aux langues étrangères, est d’une incroyable richesse, la mienne s’appauvrit délibérément depuis quelques semaines au fur et à mesure que s’élabore le scénario pour lequel les Pouvoirs Publics m’ont généreusement accordé une subvention. Phrases courtes, vocabulaire limité, il s’agit d’être lisible de tous pour éviter les habituels reproches de verbosité et d’obscure prétention. Car l’argent paresseusement installé sur mon compte (le banquier, pris d’une soudaine danse de saint-guy, ne cesse depuis de m’adresser des tracts vantant toutes sortes de façons d’épargner pour mieux préparer ma retraite et faire tourner le grand Moloch capitaliste) peut m’être repris si, par un funeste coup du sort, Ils devaient être insatisfaits du résultat. Le contribuable peut donc être à demi rassuré : l’argent qu’on lui vole n’est pas dépensé sans surveillance, même si la dépense lui semble injustifiée. Pour le satisfaire au mieux, j’écris donc simple. C’est que je suis modeste et ne prétends pas vivre sans le secours des autres : Ensemble, c’est tout.
Mais descendons encore un poil plus bas dans l’aphasie. Travaillant depuis quelques jours sur un spot promotionnel, j’apprends à connaître le milieu des agences de pub. Les employés y sont jeunes, d’esprit si ce n’est de corps, et vêtus de jeans slim et de tee-shirts de rock. Les garçons portent tous une barbe et les filles des lunettes de soleil à large monture. Quand ils veulent manifester leur accord, leur approbation, ou leur contentement, ils disent invariablement « cool », « classe » ou « magnifique ». Quand, à l’inverse, quelque chose leur déplaît, ils répètent exactement les mêmes mots, car ils n’en connaissent pas d’autres. Vous comprenez, ce sont des créatifs. Alors, le soir, nu comme l’enfant au fond de son lit, il me vient cette idée angoissante : vêtus d’uniforme, sacrifiant au culte du corps et pratiquant leur propre novlangue, ne suis-je pas en train de travailler avec de véritables fascistes ? Et que faire quand les filles y sont aussi jolies?
Saint-Jeanmoulin, protégez-moi !
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lundi, 02 juillet 2007
Are you lonesome tonight?

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dimanche, 01 juillet 2007
Dans la salle obscure
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mardi, 26 juin 2007
Jouir

Ce sont des gens qui ouvrent leur cœur en murmurant les blessures dont ils ne font pas mystère. C’est la lumière du soleil qui se pose sur les peaux comme des onguents sur les cicatrices. C’est l’horizon coloré où s’étagent au loin les plans des rizières. Ce sont des scènes de séduction qui n’emporteront rien d’autre que le plaisir de la conversation. Ici, les gens sourient, et la tristesse qui les frôle ne tourne pas amère.
Et bien sûr un univers diffracté dont les différents plans se font écho des uns aux autres. Nous sommes dans le domaine pur de la sensation où la mise en parenthèse du monde en déploie les mystères. L’ouvert de ce monde passe par ses incarnations les plus triviales : boire, chanter, taper dans une balle, prendre la main du corps désiré, et jouir alors simplement de la lumière qui nous enveloppe.
C’est la puissance de la salle obscure.
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