lundi, 26 novembre 2007

Le temps qui manque



lundi, 19 novembre 2007

Gamelle de combat pour semaine difficile

"Je voulais vivre dans un bel endroit, où je pourrais faire du surf ou du snowboard et travailler sur ma physique, sans autres responsabilités.

Je suis un hédoniste contemplatif – je veux de la vie des plaisirs intenses. Et tout cela veut dire ne pas passer trop de temps dans un laboratoire, mais trouver un équilibre entre penser et s'amuser."

 

Anthony Garret Lisi, ici et ici

dimanche, 18 novembre 2007

Eloge de l'artiste

"Par ailleurs, je ne suis pas démocrate, je suis happy few"

Jean-Louis Murat, in Le Monde,  17 novembre 2007

vendredi, 16 novembre 2007

Hier et demain

 
 

« On se lève, on travaille, etc., mais ce n’est qu’un niveau de réalité, le niveau pratique »

Francis Ford Coppola, in Cahiers du Cinéma, novembre 2007

 

« On peut nourrir des rêves du Nord comme des rêves du Sud, de l’Ouest comme de l’Est. L’inévitable étant sans doute de ne pas vouloir être là où on est. »

Patrick Deville, La tentation des armes à feu, Fiction et cie, Seuil, 2006 

 

C’était un soir de papier buvard. Je sortais d’une lecture de « L’image – mouvement » de Deleuze, et m’exaltais sur le réel multiple entre différents aperçus d’ivrogne (notons ici que boire, parler, et séduire une fille s’il s’en trouve une dans les parages relève à mon sens d’une seule et même opération). En face, Montalte, m’opposait ses vues sur l’unidimensionnalité du réel entre autres actes de foi de ce grand tragique pourtant shooté aux effluves de l’encensoir catholique. En manière de provisoire achèvement, il cita Clément Rosset : « le réel est idiot ». Je n’avais plus rien à objecter, et lorgnais sur la bouteille qui traînait sur la table. 

N’ayant pas lu Rosset, je me suis décidé quelques semaines plus tard à réparer la faute. Et je dois aujourd’hui constater que la lecture de deux de ses livres n’a pas fondamentalement changé mon point de vue. 

Au début de son bref essai sur « le réel et son double », l’auteur, afin d’illustrer la question de l’aveuglement face au réel, décrit les attitudes envisageables devant un feu rouge.  On peut, entre autres choses, passer outre le signal d’arrêt, ce qui fait, écrit Rosset, que « je prends sur moi de ne pas voir un réel dont j’ai reconnu l’existence » .

L’exemple me semble symptomatique de cette confusion que le philosophe entretient parfois entre la réalité et les conventions qui y sont produites. Il reste en effet tout à fait envisageable de brûler le feu rouge en prenant sur soi de s’affranchir du code de la route, sans jamais refuser de voir le réel. Le conducteur peut ainsi commettre un délit au regard de la loi, délit qui ne sera pas forcément sanctionné, tout en ayant parfaitement conscience de ce à quoi il s’expose. Ainsi fait, il décide de prendre littéralement un autre chemin que celui prescrit par la société. Par là, il déroute la norme, et ouvre le réel plutôt qu’il n’obstrue son propre regard.

Je ne prétends pas, à la suite de cette lecture, pouvoir expliquer à une jeune femme ce qu’est la réalité en en faisant son ontologie. D’abord parce que cela l’ennuierait probablement, ensuite parce que je n’en sais rien, n’étant ni philosophe, ni Jesus déclouté (et de ce fait, l’explication serait tout autant impossible devant un homme ou un chien qui aboierait son Descartes). Je peux néanmoins en avoir une définition minimale, quoique problématique (l’ensemble des évènements extérieurs à ma volonté, par exemple), et même présenter quelques vues sur les rapports que nous entretenons avec elle. Il suffit pour cela de préparer cette rencontre riche de promesses passionnelles, la veille au soir, en relisant le  livre de Peter Berger et Thomas Luckmann, dont le titre ne cache rien du projet : « La construction sociale de la réalité ». Les deux sociologues, ouvertement sous influence d’Alfred Schutz, y propose une vue d’ensemble théorique des rapports du sujet social (vous, moi, les honnêtes travailleurs et les escrocs) avec le réel. En conjuguant le marteau durkheimien et la sonde weberienne,  ils analysent l’objectivation de processus subjectifs par laquelle s’édifie un monde commun. Deux idées précises traînent au fond de cette tambouille affreusement technique :  d’abord ce que nous avons coutume d’appeler réalité relève plus précisément du monde quotidien dans lequel nous baignons ; ensuite, ce quotidien que nous envisageons comme pré-donné, antérieur à toute expérience, est une construction complexe mais voilée où s’entrecroisent monde naturel, représentations, et accords inter-subjectifs. Dans ce cadre-ci, la société se présente comme la grande machine dialectique qui d’un même mouvement temporel se saisit de ce qui est extériorisé pour l’objectiver avant que les individus ne l’intériorisent.

Ainsi, après avoir subi mon vingt-quatrième accident de la route à un carrefour, j’ai pris conscience qu’un geste de la main pouvait signifier qu’il fallait s’arrêter pour laisser passer la voiture sur ma droite. Ce geste n’étant pas visible de loin, nous avons convenu d’un code couleur pour indiquer si l’on pouvait passer ou non. Depuis lors, le rouge m’évoque un arrêt immédiat, et comme je déteste freiner, je ressens cela comme une sanction. Un nouveau problème est cependant survenu quand le papou tranquillement installé sur le siège passager a vu dans ce signal rouge le grand drap de coton qu’on étale au début de l’automne pour lancer la compétition de baffes qui a lieu chaque année entre les hommes de son village. Le fait que j’ai les joues qui chauffent à chaque carrefour signifie donc que nous ne sommes pas d’accord sur le sens de ce feu rouge, et qu’il ne faut jamais prendre de papous en auto-stop. En tout cas, à hauteur d’homme, nous ne vivons pas dans le même monde. C’est d’ailleurs pour cela qu’on a inventé l’horloge, sans laquelle on ne saurait me reprocher mes retards réguliers.

Pour qui se sépare tant qu’il le peut des habitudes du quotidien, la réalité se révèle multiple, pleine de chausses-trappes, de failles et de possibilités. De ce point de vue-là, il faut peut être considérer tout évènement comme la victoire d’un monde sur un autre. Comme je ne suis pas ivre au moment où je rédige cette note, je n’irai pas jusqu’à m’exalter sur les infinis possibilités du réel : si le monde est ouvert, il nous revient néanmoins de le fermer un peu pour le rendre habitable. Mais ce n’est pas en me plaignant des déterminations tragiques que provoque cette fermeture que je suis en droit de penser que le réel est un, point barre, et démerdons-nous avec ce qu’on a. Au contraire même : l’analyse des modes d’édification de ce monde commun laisse croire à la possibilité d’arrières mondes qu’il m’est donné d’entrevoir quand je suis ivre, c’est-à-dire dans cet état de stupéfaction où le quotidien me devient absurde et étranger. Mais, encore une fois, il ne s’agit pas ici de décrire la réalité, mais simplement de reconnaître cette erreur consistant à l’appréhender à partir du monde factice que nous créons autour de nous. Et même la douleur si réelle provoquée par les régulières claques que m’assène l’autre cinglé assis sur le siège passager peut être interrogée : on ne souffre pas de la même manière à Paris et à Bornéo, en 2007 comme en 1350.

Cette ouverture qui s’oublie dans le mouvement de la vie mondaine, le cinéma nous la redonne. En interrompant le cours limoneux du quotidien, en suspendant notre présence non pas au monde mais à sa facticité, il déploie sous nos yeux les mille feuilles du réel dans un mouvement de suture des temporalités et des espaces qui habituellement nous semblent hétérogènes. C’est évidemment particulièrement vrai du cinéma moderne où le sens s’échappe en même temps que la dramaturgie s’évide. Mais c’est aussi vrai d’un cinéma classique, empruntant ses tours narratifs à la poétique aristotélicienne, et dont les récits cadenassés semblent placer les hommes sous des figures tutélaires, ombres cachées entre les images, oeuvrant à un travail divin qui affecte le réel représenté sur l’écran. Cette suspension n’est pourtant pas une mise à l’écart : nous ne cessons jamais de faire dialoguer un monde fini de sens (le film) avec le monde quotidien ou celui plus intérieur de notre conscience. C’est ainsi que mes souvenirs circulent, entre l’enfance qui pourrait être la mienne, les genoux écorchés en noir-et-blanc d’un autre garçon, le sourire d’une amoureuse et les éclats de voix d’une actrice. Ma vie est une permanente reconstruction mémorielle où se cristallise une multiplicité de mondes joyeux ou tristes qu’il m’appartient de tous relever à une égale dignité. Pour qui s’y attache sans passion fétichiste (ce qui fait que la cinéphilie m’a toujours un peu écoeuré), le cinéma est la clé qui ouvre sur notre présence nue au monde.

Mais, bien sûr, tous les films de cinéma ne sont pas du cinéma.

           

jeudi, 08 novembre 2007

dîner avec le baron

Comment devient-on l’entomologiste de son époque après en avoir été le propagandiste festif ? Il est probable que Patrice Bollon refuserait de livrer quelque explication là-dessus, ne se reconnaissant pas dans ce parcours hâtivement dressé. Et certes, la formule ne se soucie ni de nuances ni de complexité. Elle s’appuie cependant sur la singularité d’une histoire qui a vu ce journaliste culturel passer des pages de Libération et Globe Hebdo (et des moulures toc du Palace) à la parution de quelques livres indispensables pour qui veut se frayer un chemin de résistance sans le payer de colère et d’ironie. A l’heure où ses anciens camarades de plumes jappent devant des gamelles dorées, leurs vestes laissées dignement aux vestiaires après les avoir tant retournées, le baron demeure un pigiste rehaussant ça et là l’intérêt des dossiers que certains titres daignent lui confier.

Peut-être la rencontre de Cioran joua-t-elle beaucoup dans cet itinéraire intellectuel. Elle donna lieu en tout cas à une belle biographie intellectuelle dont le titre (Cioran, l’hérétique) débusquait, en opérant dans l’ombre, la mollesse des pensées orthodoxes contemporaines. Reste que la rencontre n’était pas de hasard et venait après une publication maniant déjà le paradoxe, Morale du masque, et où s’infiltrait le souci de rendre dignement justice à ce qui révulse les graves contempteurs blafards : la légèreté, l’ivresse et le maintien de soi par tout ce qui relève d’un apparent artifice. Avec son Manuel du contemporain, qui vient d’être publié aux éditions du Seuil, Bollon livre sa vraie nature de moraliste, qui est loin de celle d’un moralisateur. En une série de fragments d’au plus quelques pages, il tâte son époque comme un corps visqueux mais vivant. On ne trouvera nulle trace de réactionnite mordante dans ces lignes écrites avec beau style, mais l’empreinte que laisse le chasseur traquant les incohérences intellectuelles de l’époque sans jamais rêver d’un inaccessible passé. Bollon n’est pas Muray dont les vues ironiques ont pu plaire : il ne surplombe pas l’époque, ne la juge pas à la marge, mais la révèle de l’intérieur. Comme lui, il se montre avant tout écrivain.

Et bon camarade, quand il s’agit de s’interroger sur la manière de rester noble dans un monde ignoble.

 

 




jeudi, 18 octobre 2007

Mon époque

 

"Dans le roman, on peut se laisser aller"

Yves Simon, chanteur à sucettes et romancier à ménagères

lundi, 15 octobre 2007

Tourner les fantômes

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Qu’importe que le film d’Andrew Dominik se présente avec la conscience de sa propre monumentalité, comme si le vœu de son élection au panthéon cinématographique informait déjà ses prémisses. Qu’importe encore qu’on ne trouve rien de neuf dans cette forme hiératique faisant écho au cinéma américain des années 70. Les touches maniéristes s’imposent toujours pour qui vient après l’histoire d’une forme. Il serait donc malvenu de s’appuyer sur elles pour préjuger l’insincérité de leur auteur.

C’est d’autant plus vrai dans le cas présent qu’une grande partie du film même se déroule pendant une période où l’histoire semble justement s’épuiser. La conquête de l’Ouest s’achève, la frontière se stabilise, les livrets illustrés qui reprenaient la geste des bons et méchants de légendes jaunissent dans les cartons cachés sous les lits, et Mark Twain est un nom pour Européen, figé dans la muséification culturelle. Toute une vie est désormais passée sous la roue de l’industrialisation, abandonnant les derniers héros dans un entre-deux morbide où le temps s’étire jusqu’à se figer dans l’éternité d’un passage sans fin. C’est ainsi qu’une forme gagne son fond et que ce film s’élève au statut de grande œuvre.  Car ce qu’Andrew Dominik enregistre avec justesse n’est rien d’autre que l’état stupéfait de personnages perdus dans les eaux stagnantes du Styx. Le fleuve ici prend les contours de paysages enneigés aperçus brièvement à travers le verre trouble des fenêtres, opacité qui gagne jusqu’aux lentilles des objectifs de la camera dans ces scènes de souvenirs aussi vrais qu’escamotés. Extérieurs perdus et inquiétants, chargés d’une mort qui ne semble jamais venir mais plane comme une menace permanente.

Le reste qui compose la très grande majorité des plans se déroule en intérieur, circonscrit dans des lieux fermés qui n’ont pourtant rien d’un foyer, puisque la sécurité ne se trouve nulle part, puisque ces personnages sont tous déjà un peu morts, sans que cela puisse être attesté. Car la parole ne suffit plus, elle a tant à cacher dit un des compagnons de Jesse James : elle est aussi bien le trésor enfoui que la terre qui le couvre, poupée russe envahie de chausses-trappes dans lesquels chacun craint de sombrer pour finir par se balader dehors avec James, ce héros tragique qui vient porter la mort comme une médecine, faute de pouvoir connaître la sienne. Durant les trois-quarts du film, Andrew Dominik se paie donc le luxe (qu’il a fallu tout de même sept ans pour obtenir des Studios) de ne filmer que des conversations où rode une épuisante violence. Cela dépasse de loin le cadre du scenario, tant la mise en scène donne sens et dynamique à ces états en apparence statiques.  Tout filmer en longues focales pour écraser les arrières plans dans un lointain inquiétant et évacuer le reste du monde, c’est-à-dire l’histoire. Choisir un montage en champ et contre-champ non par goût du classicisme mais avec l’ambition de découper chaque scène de façon à ce que le plan soit chargé d’une violence en suspens : que se passe-t-il que nous ne voyons pas ? Ces hommes fatigués semblent ainsi parler dans le dos de l’autre. Voilà tous ces spectres qui recherchent la fin, et Jesse James qui la leur donne. Le bandit n’a plus d’autre raison d’être dans cette époque de mutation, et l’incarner c’est forcément l’aider à son tour à passer de l’autre côté.

C’est pourquoi Robert Ford n’est pas un apostat, mais un innocent, enfant chahuté par un pouvoir dont l’apparition tardive dans de brefs plans cérémonieux  inocule au film le poison du dégoût et de la trahison. Pauvre Judas, pauvre traître de l’histoire, double inversé.  Quand la mort de Jesse James est enfin consommée dans un plan où le reflet remplace la transparence trouble, Ford découvre deux choses : la perspective de focales plus courtes où se dévoilent enfin la scène et les rangées de spectateurs. La dernière demeure de Jesse qu’on croyait isolée dans la neige se révèle entourée d’une ville industrielle, et l’image remplace définitivement le langage, trop équivoque. Dans la dernière partie du film, le lâche Robert Ford flotte alors à son tour dans les eaux glacées du Styx, mais le monde a changé entre-temps. Il faudra attendre plus d’un siècle et deux heures quarante d’un film magnifique pour que son sourire de fantôme soit enfin rendu au royaume des morts. C'est la beauté du cinéma, tel qu’il nous travaille toujours.

 
 

jeudi, 11 octobre 2007

Ils sont partout

 

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 J'ai donc téléchargé le dernier album de Radiohead.

D'abord comprendre que ce groupe de pop music a cessé depuis plusieurs années de composer des chansons. Il propose en lieu et place de courtes pièces qui empruntent à différentes traditions de musique populaire contemporaine, le tout bien glacé dans l'emballage.

Ensuite, savourer une merveille, probablement leur meilleur album.

Mais tout de même, je suis chagrin. Je remarque en effet, après avoir acquitté deux livres et quarante-cinq pennies (c'est rat, j'en conviens, mais ils sont riches et je suis pauvre), que les auteurs d'un morceau intitulé "2+2=5" en référence à Orwell me demandent mon adresse et mon numéro de téléphone avant tout téléchargement. Franchement, qu'est-ce que ça peut bien leur foutre à ces popstars intergalactiques de mes couilles ? Ils veulent venir taper un boeuf dans mon deux pièces, peut-être ? Me proposer de filmer leur prochaine tournée à travers le monde en me jetant des billets verts à la tête ? Ou bien ils assument tout simplement les pratiques qu'ils dénoncent par ailleurs si délicatement, les lèvres pincées et le cul tortignolé sur un tabouret de piano en se pâmant comme des séraphins enchantés par leur propre talent d'artistes ?

La prochaine fois, je télécharge illégalement.  

 

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lundi, 08 octobre 2007

Une histoire française



jeudi, 27 septembre 2007

Bref séjour culturel en Bavière