jeudi, 20 juillet 2006

Souvenirs des vieux

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Les noms s’effacent, les traits se brouillent et les visages finissent par flotter dans la brume du temps. « Disparaître, disparaître » se répètent-ils. Lisbonne. Porto. Sintra, au crépuscule. Une rencontre avec P. Auster, au fond d’un bar. Nous buvions du mauvais vin rouge. Certains tournent alors le dos à leur propre horizon et deviennent sourds au mugissement des vagues. « La paix, la paix » semblent-ils ressasser.

samedi, 15 juillet 2006

Un coup de boule

D’un simple coup de tête, l’esthète ZZ a donc déchiré l’actualité pour devenir événement. On pourra ergoter encore sur ce geste qui semble échapper à toute logique médiatique, briser le sacre attendu et voler la belle histoire que les journalistes avaient commencé d’écrire la langue tirée et toute bleue, on pourra aussi épuiser encore les fatigués du football qui croient voir briller les bottes nazies dans chaque émotion collective, mais au cours de la kilotonne d’opinions, nul doute que ces quelques secondes qui ont échappé au direct pour éclater en différé, valent leur pesant de cacahuètes à jeter aux guignols. Et les guignols ne manquent pas, particulièrement au fond de la classe, bien à droite, avec leurs petites idées vaillantes résumées dans ce titre de Minute : « Cia voyou ». Bonjour les bouffons. Je ne vais pas m’amuser à renvoyer vers les sites de tous ces petits marquis de la cause blanche et de souche, on les trouve assez facilement à quelques liens d’ici, tous unanimes dans leur médiocrité poussiéreuse pour se féliciter de la victoire des italiens et tirer quelques crachats indignés sur une icône populaire caricaturée en arabe des cités. « Caillera d’un jour, caillera toujours » viennent-ils fredonner comme des veilles sentant l’urine, tout heureux de se complaire dans leurs positions iconoclastes comme s’ils pouvaient en jouir au fond de leurs chambres d’attardés, rêvant inlassablement de mouvements populaires et d’énergie nationale alors qu’ils se savent incapables de vivre autrement que comme des parias idéologiques nourris quand même à la gamelle républicaine. D’un coup de tête donc, le paysage des opinions se dessine et les opinions d’extrême-droite se révèlent comme toujours pour ce qu’elles sont : des caricatures d’opposition, des rodomontades d’adolescents saouls où le sens de l’honneur vire à la grimace d’un singe. Car oui, ce sont des singes en tout, à évoquer les fantômes de l’histoire, à idolâtrer le passé qui leur plaît, à se réfugier dans des uniformes qu’ils seraient bien incapables d’endosser, à rêver qu’ils accomplissent des moulinets de héros le bras englué dans la fange de l’époque. Ces opinions qu’ils honnissent, ces évènements qui les dépriment, cette actualité qui les désespère nourrissent donc chaque jour leurs névroses et paralysent leur imaginaire. Sans ces bobos, ces gauchistes, ces socialistes et ces démocrates corrompus, sans le coup de boule de Zinedine Zidane, ils ne trouveraient pas même la force d’écrire une seule ligne, pas même le courage de justifier leur existence, ils ne trouveraient que leur visage vide.
Ils peuvent donc le remercier.

mardi, 11 juillet 2006

The madcap doesn't laugh anymore

Une figure fondamentale de la pop musique s'est éteinte dans son jardin anglais, à l'abri du bruit, des ondes et des cameras.

Ca change.

 

Syd Barrett, R.I.P. 

mardi, 04 juillet 2006

la marmite, les étoiles et les pieds crottés

Il se trouve bien encore quelques égarés pour venir visiter des pages vides. Combien parmi eux trouvent plaisant d'observer les corps au repos et les visages endormis ?

J'ai plongé mes mains dans une cuve d'acier où il s'est agi de faire bouillir la marmite. La soupe prête, on relèvera la tête vers les étoiles avant d'observer le cuir fondu de ses godasses. N'importe quel rêveur finit toujours par accrocher des pelletées de merde aux pieds. 

J'envie encore la stupéfiante liberté des personnages de la Nouvelle Vague. Mais si je devais apprendre quelque chose de l'un d'eux, un peu plus que faire son lit, je serais probablement mort. Je suis donc comme les fantômes, et je secoue mes chaînes en faisant peur aux petits enfants. D'ailleurs, j'ai de plus en plus horreur des nains braillards, surtout quand les parents vous imposent leur présence. 

Mercredi soir, je serai au Soleil de Menilmontant à brailler à mon tour. La délicatesse a ses moments, et donc ses absences. 

lundi, 12 juin 2006

Appel

Je cherche à louer une chambre d'hôtel au mois dans Paris, pour moins de 30 euros la nuit. Toutes les propositions seront étudiées, y compris celles des lecteurs venus ici en tapant "film x ivoirien" dans un moteur de recherche. 

mercredi, 07 juin 2006

Salauds!

J'ai fini par comprendre le modèle internet : ils veulent tous me faire payer.

mercredi, 31 mai 2006

Oui, je suis superficiel (1)

 

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Samedi 20 mai, le mistral s’était levé sur une Croisette chauffée à blanc par un soleil qui inondait le ciel quand je gagnai l’appartement où Juliette avait déposé la clé dans la boîte à lettres. Une demi-heure après, j’allais retirer mon accréditation dans les sous-sols du Palais avant de m’enquérir du programme des projections. Encore un quart d’heure et les premiers appels vibraient sur le téléphone avec toujours la même question : « t’es où ? ». Jamais aussi près pouvait-on croire mais il allait pourtant être difficile de se croiser. J’entrevoyais déjà l’énergie nécessaire pour tenir sa place dans un festival où tout se quémandait, que ce fut un rendez-vous, une place dans une salle, ou une invitation à une soirée, où la dignité et l’estime de soi se révèlaient aussi fragiles qu’une tour de cristal, et où tout désir s’effilochait à mesure que les files d’attente s’éternisaient, que les regards hautains se multipliaient et que les clubs se formaient, toujours plus étroits, toujours plus ignorants, toujours plus inutiles. Le seul plaisir qui pouvait vous rester était donc aussi stupide que l’on pouvait l’imaginer : celui d’en être, et peu importait où, comment, ou avec qui. On allait alors se rincer de champagne jusqu’à ce que les bouteilles soient vides et que le jour se levât comme une délivrance. Mais cette énergie sans laquelle on finissait par marcher à côté de ses souliers, avec un air de chien qui pisse dans une nuit sans maître, tout ce dynamisme et cette confiance en soi s’étaient pour moi évaporés quelques jours auparavant, me laissant les épaules voûtées avec un nœud en caoutchouc dans la gorge. Alors, pourquoi être venu ? Pour les Japonais pouvais-je répondre, et pour rien d’autre.

 Le soir, je me retrouvais à un dîner avec d’anciens collègues de travail, dont cette fille qui avait eu le toupet quatre ans auparavant de se refuser à moi dans une chambre d’hôtel d’Istambul, alors qu’elle m’avait entraîné dans cette ville gelée le temps d’un week-end du mois de Janvier sans que nous nous connaissions plus que cela. Aussi, pendant qu’une pauvre conversation sans grand intérêt filait autour de la table, je songeais à ce petit lit dans lequel je m’étais tortillé deux nuits durant, alors que mes pieds dépassaient et que je me retenais de la prendre de force sur la grande couche que je lui avais généreusement abandonnée. Et je me demandais, à la revoir ainsi, parlant d’une voix puérile et affectée, comment j’avais pu accepter de vivre le genre de frustration qui vous pliait en deux et vous laissait muet de dégoût. Son sourire, probablement. Le sourire des filles était la laisse à laquelle toujours je m’attachais. Il suffisait d’un seul pour que je prenne l’avion et finisse comme un con dans un petit lit d’une chambre miteuse d’Istambul. Des années après, j’y songeais donc en n’y voyant plus que de la bassesse, alors que nous marchions en direction du Petit Majestic finir quelques godets. Il était déjà une heure du matin, je cherchais quelqu’un du regard mais je ne la trouvais pas, et tout le monde s’en foutait, les étoiles comme les festivaliers.

Oui, je suis superficiel (2)

 Le lendemain, après avoir conversé avec Simon qui avait étendu sa carcasse sur le canapé, je me retrouvais dans la salle de la Quinzaine où était projeté Electroma, le film des Daft Punk. La salle pouvait bien rire pendant une heure quinze de plans arty cons sur deux robots gogols qui se faisaient sauter les boulons dans le désert américain, il s’en trouverait toujours pour y voir un film intéressant. Il fallait bien des cautions branchées pour encore nous faire croire que le cinéma restait un art hypermoderne. A d’autres, par pitié : les cinéphiles ne sont plus que des has-been et des ringards et c’est là toute leur beauté, la pâleur des années bleuies au tungstène, une peau flétrie, une haleine de violette passée, et des souvenirs qu’on ne veut plus compter. Après deux coups de fil, un rendez-vous raté, et un verre en compagnie d’un petit être cinglé, je me retrouvais à dîner avec une jeune femme qui riait comme une otarie infirme. Pressée d’aller enfiler sa robe de bal –et j’imaginais comment ses petits seins devaient s’y glisser - elle s’envolait sur les coups de neuf heures en remerciant pour le repas, sans qu’il n’ait jamais été question de l’inviter. Vous mettrez cela sur ma note, et restons élégant ; ma tête n’était plus qu’un hochet. Une heure après, j’avalais des mètres de contre-plaqué et une volée de marches sous le regard indifférent des photographes pour me retrouver à la projection du Southland Tales de Richard Kelly, deux heures quarante et une chaleur d’étuve pour les pauvres du poulailler. Après m’être ennuyé la première heure, je m’ennuyais pareillement pendant la seconde et poursuivait sur le même rythme les quarante dernières minutes. Trop de personnages, trop de fils narratifs, trop d’intentions et trop de registres différents, le film se noyait dans son excès d’ambition, comme si l’on avait laissé une caisse de 20 millions de dollars à un skater boutonneux qui venait de lire à moitié L’Arc-en-ciel de la Gravité. Une heure après, je grimpais dans une navette qui m’amenait à la villa Kahya où avait lieu la fête Wild Bunch. Des filles nues protégées par des casques de moto se faisaient tartiner d’une mélasse brunâtre pendant qu’E. Baer dragouillait E. Bouchez alors que son mari, un Daft Punk qui avait troqué sa panoplie de Goldorak contre un costume cintré et doré, trainaillait mollement à côté de Gaspar Noé. Plus loin, Alain Chabat enfilait les coupes de champagne tandis que S. Tellier lançait des regards de loup ivre à travers sa grande barbe pop. Dans la nuit, le designer nain Ora Ito se prenait une tarte dans la gueule et semblait le reprocher violemment à sa copine V. Giocante qui se retrouvait au bord de la crise de nerfs. Je croisais quelques connaissances soules pendant que Richard Kelly discutait gentiment avec qui voulait bien lui parler. A cinq heures, il était grand temps d’aller dormir, avec ce noeud dans la gorge qui ne voulait pas partir, et cette atroce chemise à col cassé qu’on aurait du jeter dans la piscine.

Oui, je suis superficiel (3)

 Lundi devait être une vraie journée de professionnel où l’on rencontrait deux hongrois et un chinois. Dans la fin d’après-midi, je discutais avec D. avant de tomber sur Bertrand qui ne savait pas encore combien de temps il restait. En tout cas, le pavillon du service public pouvait nous offrir quelques coupes de champagne, faute de financer nos films. Le soir avait lieu la projection du Caïman de Nanni Moretti. Un coup pour rien, juste un peu drôle, juste un peu triste et une mise en scène absente. L’Italien pouvait toujours faire son méchant, il n’avait ouvert qu’un grand robinet d’eau tiède où Dieu n’irait pas boire. Ca commençait à sentir le pigeon pourri dans la sélection. Le soir, on retrouvait Sandrine et Mo pour pénétrer la salle étouffante du Pink Paradise à la soirée du film de HPG. Des filles à poil qui dansaient sous une masse sombre de regards deshydratés (20 € le verre de jus de fruit) et souriaient comme des betteraves dans un champ de patates. Une heure de ce régime et je me retrouvais dehors, la gorge toujours plus nouée, en invoquant les cieux qu’ils nous achèvent enfin. Il aurait alors suffi d’une danse privée pour que je me pende.

Oui, je suis superficiel (4)

 Le lendemain, après être grimpé sur la terrasse du Noga Hilton, je déjeunais avec Bela Tarr, venu là deux jours pour une conférence de presse. L’homme n’était pas causant et à voir son sourire las, on devinait aisément qu’il considérait le festival comme l’avant-poste torche-cul des enfers. Après avoir échangé quelques mots sur son prochain film et soutiré à Simon la promesse de me lâcher un des coffrets DVD qu’il allait éditer, je quittai le maître hongrois pour la projection du Babel d’Innaritu, navet choral larmoyant et appuyé où Brad Pitt déménageait l’Actor Studio dans l’Atlas marocain pendant qu’une volleyeuse japonaise se caressait en menaçant de se suicider et que les flics à la frontière américano-mexicaine faisaient état d’une certaine nervosité. Le film devait avoir droit à une grande salve d’applaudissements dans la salle et ma gorge n’allait pas s’arranger. Le soir c’était Flandres, beau film tronqué où le grand Dumont avait malheureusement oublié quelques plans à la fin, incertain de ses états d’âme, prêt à abandonner ses anciennes terreurs mais pas encore mûr pour boire à la source vive d’une tranquille humanité. Son prochain film, je pouvais d’ores et déjà prendre les paris, allait être passionnant. Ensuite, Mo à nos côtés, nous retrouvions S. et sa bande (une vraie meneuse de troupe) pour gagner les hauteurs de la soirée MK2. Le Dj assurait enfin et nous ne nous sentions pas l’envie pour une fois de le pendre. Les Smiths, les Pixies, Dinosaur Jr, toute notre jeunesse défilait comme les pages noir-et-blanc des Inrockuptibles à la lumière d’une lampe de chevet et dans l’attente de terminer nos devoirs de mathématiques. Azouri dansait alors comme un fou pendant que je discutais avec Anna et qu’une blonde me racontait qu’il était temps de partir. A trois heures du matin, nous filions avec Bertrand au Jimmi’z avant de se terminer au Baron sous une lune de plastique, et de regagner nos pénates au petit jour, la gorge toujours nouée et les bras tremblants.