mercredi, 26 novembre 2008
The big picture
So…
Présenter la série télé Mad Men comme un grand film de guerre.
Guerre des hommes entre eux ? Mauvaise piste. Les rapports de compétition s’intriquent naturellement avec ces amitiés viriles de groupe qui nous montrent des soldats tantôt au travail, tantôt au repos. Nos cadres publicitaires sont tous dans le même camp.
Guerre des hommes contre les femmes ? Pas mieux. Chacun suit sa pelote, pas vraiment dans la même direction, mais les personnages sont tous aussi perdus sur le champ de bataille. Il faut dire qu’à l’exception du second classe Peggy Olsen, ils n’ont pas identifié l’adversaire. Pourtant, quelque chose canonne systématiquement dans leur dos, un poids qui les fait se plier vers la caméra, alors qu’elle ne paraît les filmer qu’en contre-plongée. L’arrière-plan, ce serait tous ces plafonds qui bouchent l’horizon dans des décors d’une minutie maniaque jusqu’à la nausée.
Mais c’est aussi, derrière ce décorum civilisé, l’histoire qui pousse ses pions dans le silence feutré d’une Amérique qui se croyait neuve et innocente dans la victoire. Les névroses pointent par tous les bouts, et ce qui se trame dans les arrières-cuisines du récit, jamais cachéé mais justement ultra visible en surface, trop peut-être pour des analystes du mode de vie, c’est une mutation culturelle qui va plonger l’Occident dans la contre-culture, l’hygiénisme des corps, et la désintégration des solidarités humaines.
Mad Men filme les ravages d’une société libérale comme un champ de bataille silencieux, poli, étouffant et névrotique où tous les individus souffrent de n’être pas à leur place.
La suite prouvera qu’ils ne la retrouveront plus.
La suite, c’était les Soprano.
18:53 Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
mardi, 04 novembre 2008
Le rêve hollywoodien
Lu, dans Libération du 04 novembre 2008 :
«Les libéraux sont ultra-majoritaires à Hollywood. Ils utilisent des méthodes d’intimidation, les gens différents ont tout simplement peur de perdre leur boulot», poursuit-il. «Si vous allez à un casting et qu’on sait que vous ne pensez pas comme les autres, vous êtes grillés.» A ses yeux, Sean Penn, Susan Sarandon ou Tim Robins sont des «connards aigris» qui sèment la terreur. «Ici, Bush est comparé à Hitler, les Républicains sont perçus comme des racistes, des sexistes, le mal absolu. Et si vous n’aimez pas Obama, c’est que vous êtes raciste», déplore Breitbart. «Le plus drôle, c’est de voir leur style de vie. Ils ont les pratiques les moins écolos du pays, ils prennent l’avion tous les deux jours. Ils vivent entre eux, envoient leurs domestiques faire les courses, méprisent les Américains moyens. L’autre jour, David Geffen (producteur de musique très pro-Obama, ndlr) discutait avec Meg Ryan de combien il trouvait horrible le groupe Wal Mart. Un ami lui a demandé s’il y était déjà allé, il a dit non.»
Ne pas y voir la propension, certes réelle et ancienne, des gens du cinéma à se déclarer plus volontiers de gauche et libéral, mais remarquer simplement que les bouffons, même embourgeoisés et notabilisés, recherchent toujours leur roi. La nouveauté étant qu'ils ne savent plus se moquer du souverain.
13:38 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
jeudi, 23 octobre 2008
L'horreur, l'horreur, l'horreur...
Je suis hanté depuis ce matin par l'image de soeur Emmanuelle en train de se caresser au fond de sa cellule. Un avant-goût de l'enfer.
12:49 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
dimanche, 14 septembre 2008
He is / He was
Un des effets d'internet : l'accélération triste et stupéfiante du passage d'auteur vivant à auteur mort. La biographie de David Foster Wallace a déjà presque rattrapé sa dépouille.
18:35 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
jeudi, 04 septembre 2008
The day against the day

C’était le 18 avril 1974, dans le Hall Alice Tully du Lincoln Center à New York. On remettait le National Book Award remporté cette année-là par Thomas Pynchon, pour son livre l’Arc-en-ciel de la gravité. Devant un parterre de journalistes et d’éditeurs, un petit homme sec livrait un discours de remerciement volontairement confus et absurde pendant qu’un autre type médusait l’assistance en traversant la salle les fesses à l’air. L’homme qui parlait n’était pas l’auteur du roman lauréat mais le professeur Irwin Corey qui, du reste, n’avait de professeur que le nom et faisait profession de comédien. Pynchon l’avait engagé avec le streaker pour animer une cérémonie compassée et s’éviter par la même occasion une fastidieuse apparition publique. Depuis la parution de son premier roman (V) en 1963, l’écrivain fuyait en effet toute médiatisation, et semblait n’avoir aucune adresse fixe. Encore aujourd’hui, on ne connaît de lui que trois photos de jeunesse, prises quelques années avant son entrée dans le monde des lettres américaines.
Vingt-trois ans plus tard, à la parution de son cinquième roman, CNN diffusait des images de foule arpentant les trottoirs bondés de Manhattan. A la fin, une voix nous informait que nous venions de voir dans ce ballet coloré de silhouettes, perdu parmi des centaines d’autres, le visage de Thomas Pynchon. Très vite, les spéculations fusèrent, d’arrêts sur image en ralentis, pour savoir si c’était cet homme, un peu dégarni, ou cet autre-là avec sa casquette et sa moustache tombante. Mais la question restait sans importance. La facétie télévisuelle ne disait qu’une chose : le plus grand écrivain américain contemporain était un marcheur démultiplié, une singularité noyée dans le flux incessant des corps de New-York City, habitant ce monde comme une présence commune et quotidienne. Ainsi, Pynchon, ni hors de la foule, ni noyée dedans, était la foule.
C’est là le paradoxe d’une époque scandée par les quarts d’heures de gloire : à refuser avec un soin méticuleux et constant la publicisation de soi, on devient une figure culte qui colonise les imaginaires et envahit le monde des songes. Si Pynchon en tant que personne n’existe pas dans les médias, alors il n’est nulle part, et donc partout. A l’heure où son œuvre est en voie d’achèvement, sa figure littéraire prend de l’importance en France. On réédite ses œuvres[1] en attendant la traduction de son dernier roman. Aux Etats-Unis, la partie est gagnée depuis des décennies, même si les détracteurs n’ont jamais manqué. En 2004, l’auteur a même pu être consacré par la culture populaire, lors d’un épisode mémorable de la série animée de Matt Groening, Les Simpsons. Son personnage qui apparaissait le visage recouvert d’un sac en papier invitait les gens à venir poser en compagnie d’un auteur reclus. La farce était poussée si loin que la propre voix de Pynchon doublait le caractère. En fuyant les medias, l’écrivain a donc réussi (l’avait-il prémédité d’ailleurs ?) à déborder son existence même par la dissémination dans l’air culturel des fétiches de sa propre personne. Pynchon, désormais, est un nom que des fidèles se passent comme un clin d’oeil, un personnage de dessin-animé, la voix d’un homme qu’on ne croyait jamais pouvoir entendre, sept lettres ornant la couverture de livres volumineux, et peut-être même une marque de la culture nord-américaine.
Mais, faut-il immédiatement rappeler, cette vie ne peut s’entretenir de sa propre légende par la seule grâce d’une biographie dérobée aux archives. Il fallait une œuvre pour la soutenir, certes limitée (six romans et un recueil de nouvelles en plus de quarante ans) mais pléthorique par la profusion des thèmes, récits et personnages qui la traversent. Sa découverte prend du temps, jusqu’à redoubler la propre vie du lecteur dans un univers que l’on reconnaît comme le nôtre mais qui pourtant en diffère. A travers cet ensemble romanesque, tout le vingtième siècle et ses marges semblent en effet revisités par un regard qui diffracte les évènements pour mieux établir les comptes de nos pertes et de nos gâchis.
Ainsi du dernier livre de l’auteur, Against the day, paru il y a moins d’un an aux Etats-Unis : un volume de 1085 pages débutant avec l’exposition universelle de 1993 à Chicago et s’achevant dans les cendres froides de l’après- première guerre mondiale. La période traitée n’est pas anodine qui voit les sciences mathématique et physique se développer rapidement (théorie électro-magnétique, relativité restreinte, théorie des ensembles, axiomatique moderne de la géométrie euclidienne) au même rythme que des inventions majeures (train, électricité, aviation et cinématographe) et que la mécanisation du meurtre de masse. La marche entropique du monde qui innervait l’Arc-en-ciel de la gravité, est ici réinterprétée à travers ce moment d’accélération qui a lancé le vingtième siècle dans un carambolage contre le mur de l’histoire. Les critiques américaines ont semblé décontenancées par la longueur de l’ouvrage, la profusion de ses intrigues et le manque d’incarnation des personnages. En somme, rien de nouveau, puisque les mêmes arguments étaient servis dès 1963 à la parution de V. Mais il faut reconnaître que Pynchon a considérablement épaissi sa matière. Les dérives narratives se multiplient, les exégèses déconcertantes foisonnent sur tel point obscur de chimie ou de mathématiques, et il est parfois difficile de se retrouver dans le ballet de personnages qui parcourent ce magmas bouillant d’intrigues. Dans le texte de présentation rédigé par l’écrivain lui-même, on peut lire que « Pynchon mijote son affaire habituelle ». Et c’est bien ce genre d’impression que laisse parfois la lecture d’Against the day : le sentiment d’arpenter un territoire connu, riche d’aperçus sur la science, de dialogues allusifs, de situations burlesques, un territoire traversé d’espions occupés par des conspirations qui ne mèneront nulle part, aux décors habillés de lumière, et hantés par des corps électrisés de désirs qui s’assouvissent dans des pratiques sexuelles toujours plus singulières. Ajoutons à cela l’usage traditionnel de chansons et de patronymes aussi grotesques que fabuleux, et on pourra se demander si Pynchon n’est pas arrivé au point où l’écrivain devient son propre parodiste. Ce gros machin de plus de mille pages a-t-il quelque chose encore à ajouter à une œuvre monstrueuse mais qui tenait jusqu’ici par sa parfaite cohérence ?
Pourtant, derrière l’énivrante multitude de personnages et d’histoires s’avance, comme dans ses précédents opus, le simple récit d’une quête, une histoire de vengeance poursuivie par les fils Traverse. Leur père, un mineur anarchiste du Colorado recourant volontiers aux explosifs pour arrêter les trains, a été assassiné par Scarsdale Vibe, un magnat industriel soucieux de se débarrasser des obstacles - fussent-ils humains - entravant l’avancée implacable du capitalisme. Autour d’eux gravitent des dizaines de personnages et des intrigues dont on ne sait plus au juste ce qu’elles ont de réellement secondaires, tandis qu’un groupe de jeunes aventuriers en ballon dirigeable, les Chums of Chance, intervient régulièrement dans le cours de l’action. Le fil narratif se relâche donc jusqu’à éclater en une myriade d’histoires révélant, derrière le roman de la vengeance, une plongée dans la matrice empoisonnante de l’Histoire.
Le récit qui débute avec les dernières années de la conquête de l’Ouest entraîne le lecteur, après un passage sur les glaces mythiques du pôle nord, des terres européennes jusqu’aux steppes orientales. En somme, c’est l’Orient plutôt que l’Occident. Pynchon, toujours alerte pour gratter le cartésianisme occidental jusqu’à l’os de la fantaisie, tourne ainsi le dos au mythe américain de la frontière. La quête traditionnelle des prairies sauvages de l’ouest n’a en effet conduit qu’à repousser la frontière, prolongeant son existence en multipliant ses tracés. L’errance, qui accompagne la littérature américaine depuis les dérives d’Hucklebberry Finn le long du Mississipi, se fait ici contre le quadrillage géographique auquel elle a jusqu’à présent conduit. Le voyage vers l’est, entamé au hasard des rencontres devient le franchissement des lignes de bornage[2] pour retrouver le lieu même du vide où s’abolissent le découpage territorial et les enchaînements historiques. Ce lieu, Pynchon en propose même le nom, qu’il puise dans la tradition tibétaine, avec la ville cachée de Shambhala, contrée dérobée au regard humain, ignorée de la cartographie et de l’histoire, et qui apparaîtra fugacement au moment de l’explosion irradiant les paysages sibériens de Tunguska.
En révélant par une déflagration lumineuse ce point de pur potestas affranchi des déterminations spatiales et temporelles, Pynchon couronne son esthétique de la lumière, déjà présente dans ses œuvres précédentes, mais qui, ici, investit totalement le récit, jusqu’au titre de l’ouvrage lui-même. « Against the day » renvoie tout autant à une vision à contre-jour qu’à des références bibliques évoquant l’attente apocalyptique (jusqu’au jour). Le chrome azuré d’un ciel, la coloration sableuse des pierres, l’infime teinte laiteuse d’un brouillard, les dégradés de gris qui s’étagent sur des toits d’immeubles zebrés de pluie ou le bleu profond d’une nuit sans lune : toute la gamme infinie des couleurs et des contrastes semble se retrouver dans des phrases ouvrant chaque scène par sa modulation lumineuse. La richesse de ces descriptions et la sensibilité aux nuances saisonnières déjà présentes dans les œuvres précédentes, débouchent ici plus frontalement sur une mise en scène du monde comme bain de lumière. Pour cela, l’auteur reprend la problématique de l’éther, milieu dans lequel étaient censées se propager les ondes lumineuses avant que la science moderne n’en réfute l‘existence sur la base d’une nature corpusculaire autant que vibratoire de la lumière. Face à ces certitudes scientifiques emprisonnant la lumière dans la matière, le monde d’Against the day tente de retrouver les possibilités infinies qu’offre l’éther pour ouvrir le temps et l’espace. Car il s’agit au fond pour Pynchon de dérouter[3] le cours historique pour faire naître des contre-mondes riches de développements alternatifs. En libérant la lumière (« détermination secrète de l’histoire » pense un des membres des Chums of Chance), c’est le temps qui s’affranchit d’un devenir contraint et produit des états multiples. Ainsi, par l’intermédiaire d’un cristal, le spath d’Islande, qui dédouble l’image d’un corps, les personnages semblent parfois exister sur un mode duel, ici et ailleurs au même moment, jusqu’à un point que l’idée même d’une contre-terre, opposée très exactement à la nôtre dans l’axe du soleil (against the day) traverse le roman. Mais c’est aussi cette invention de deux photographes qui veulent libérer les images de la glue du temps, et lutter contre la menace de l’inerte qui composait déjà le thème de son premier livre. La projection d’un photogramme à travers leur appareil permet ainsi de retrouver le mouvement pétrifié dans l’image. Les figures représentées se détachent alors des coupes immobiles pour aller trotter dans le monde, aussi bien en revenant sur leur passé qu’en actualisant un futur possible. Dans le droit fil de Bergson, Pynchon postule donc l’identité de la lumière et de la matière (plutôt que sa soumission), et se fait le contempteur des industries qui enchaînent le temps (la durée, dirait Bergson) dans un flux mécanique, comme elles asservissent les corps dans les mines de cuivre. Son vieux fond luddite[4] innerve de nombreuses pages d’un roman où les inventions techniques sont à la fois sources d’émerveillement et de malédiction, et ce, d’autant plus qu’elles sont vite accaparées par le développement destructeur du capitalisme. Dans une veine mélancolique qui colorait déjà de nombreuses pages de Mason and Dixon et de Vineland, quelques uns des personnages s’émeuvent de cette avancée à brides abattues vers le progrès. Au fil de cette course uniforme c’est une partie du monde qui se perd, et peut-être en premier lieu, la nuit, progressivement recouverte par les arcs électriques qui illuminent désormais l’obscurité d’une même lumière artificielle. C’est cela, semble nous dire Pynchon, qui s’éloigne dans le mouvement dramatique de l’histoire : la nuit, et l’orient. Comment en regagner les faveurs ? Par l’errance, en voisinant, mi-sérieux, mi-amusé, avec quelques visions gnostiques profondément hétérodoxes, et le doigt mouillé levé au vent dans l’espoir (ajourné) d’interpréter les signes, célestes et terrestres.
Certains des personnages s’y emploient donc, mais sans véritablement en prendre conscience. C’est qu’il y a toujours de l’idiot chez un type de héros pynchonien, affligé d’une volonté défaillante, et abandonné le plus souvent dans le berceau du présent. Les fils Traverse vont ainsi voyager ensemble ou séparément sans véritablement poursuivre de buts définis, oubliant parfois leur désir de vengeance pour s’en remettre aux objectifs de l’instant et aux rencontres du moment, dans le droit fil du Profane de V ou du Slothrop de Gravity’s Rainbow. Puisque on ne refait pas l’histoire (l’autre type de héros pynchonien croit, lui, exactement l’inverse, dans un même désir d’y échapper), alors autant l’ignorer. C’est là, dans ces moments de stupeur cotonneuse, que le monde se défait de sa nature tragique pour se muer en une scène tout à tour joyeuse et mélancolique, pleine de chansons et d’ivresses, où viennent s’égayer des dizaines de personnages hauts en couleur, affublés de noms invraisemblables et de vies fantaisistes. Fidèle à ses tours d’écrivain, Pynchon ne s’embarrasse pas de psychologie pour les faire exister. Leurs motivations restent floues, leurs réactions déroutantes et les réflexions qui les animent semblent surgir d’une vie intérieure inconnue du lecteur. D’où le sentiment d’un manque d’incarnation de ces personnages. Mais cette impression n’a d’autre fondement que de pauvres habitudes prises à la lecture d’une littérature trop souvent envahie de bazar psychologisant. Car derrière ces effets de réalité qui nous paraissent si naturels (pleurer après un petit malheur, se taire après un grand quand chez Pynchon, on parle beaucoup et pleure rarement, si ce n’est des larmes d’ivrogne) ne se découvre qu’une logique pavlovienne des affects[5].
Face donc à une littérature qui, moins que recouvrir le réel, le rétrécit, Pynchon plonge ses personnages dans des situations où les conventions psychologiques implosent sous les assauts d’un humour volontiers outrancier. Si l’histoire revient, c’est en boitant du côté de la farce et du délire. Au lecteur alors d’affronter des états qui tirent sur les coutures du quotidien. Mais cet univers fictionnel ne relève pas pour autant d’un pur décrochage surnaturel où serait platement métaphorisée une idée de notre monde. « Ce n’est peut-être pas le monde mais, à un ou deux ajustements près, ce qu’il pourrait être » comme l’écrit l’auteur. Faisant montre d’une érudition toujours aussi phénoménale, Pynchon multiplie les indices géographiques et les détails historiques pour asseoir son théâtre dans un univers reconnaissable. Dans ce foisonnement de pistes et de références, les personnages charrient leur propre part de stéréotypes sociaux et culturels, rapidement dessinés en détective, capitaliste, scientifique zinzin ou autre aventurier mystique. L’écrivain substitue donc aux effets naturalistes une manipulation brillante de figures populaires, quitte parfois à jouer avec les clichés les plus installés : les Indiens font du yoga, les Belges de la mayonnaise, et les Anglais restent pédérastes. Il faut probablement être sensible aux bouffonneries théâtrales pour apprécier de telles outrances. Pynchon reste un maître du costume, tout en pièces de couleurs et accessoires baroques dont il vêt prestement ses personnages. Et c’est par l’excès (de mots, d’inventions, de références…) que son œuvre déborde de toutes parts le quadrillage symbolique où se répètent sans crise nos représentations culturelles. C’est ainsi qu’un touriste japonais découvert en train de prendre, comme il se doit, frénétiquement des photographies dans un bar expliquera quelques instant après venir chercher dans ce territoire spirituel de l’Ouest américain pas moins que l’âme du pays, décrite comme « une lame d’acier, plus mortelle qu’un Katana ». Où comment, par l’usage du stéréotype, faire toutes les poches de notre monde.
C’est bien cette profusion et ce sens de l’excès qui continuent de dérouter les détracteurs de l’écrivain. Et il n’est guère étonnant qu’une frange de la critique reste de marbre devant cette esthétique outrancière qui décoince justement le langage des pièges de la culture. Mais dans cette fuite permanente de la phrase et du récit, spirale rythmée comme un morceau de musique nourri de chorus, de résonances harmoniques verticales et d’arythmies semblables au souffle humain, le lecteur de passage pourrait craindre qu’à tirer toutes les lignes, les vertèbres du sens aient fini par céder. Or, comme tout se tient dans ce long récit d’un outre monde, on conseillera à ce même lecteur d’avoir de l’oreille. C’est par elle que le voyage se fera. La littérature, c’est une voix, et celle de Pynchon est multiple. « We’uh movin offa duz Gophiz’s toif inta Hudson Dustuhs tevritawry now » déclare un personnage à la page 401. Ce qui se donne ici, c’est un accent, un phrasé, presque une tessiture. C’est un timbre humain surgi de l’oubli de l’histoire où le langage se polit et se norme, et finit par tinter d’un même son froid, sans plus de réverbérations ni d’échos. A cela, Pynchon oppose le chant multiple de la parole humaine. En déroulant ses formes rythmique et lexicale tout le long du texte, il habille de chair les êtres de langage qui se croisent au fil du récit, et animent leur existence. Face à la langue du pouvoir, l’écrivain se fait le rhapsode des voix perdues et marginales. Ce n’est pas simplement la parole des pauvres, mais celle des êtres dont les pas s’écartent des invisibles clous qui nous maintiennent dans le carnage de l’histoire.Against the day joue la partition musicale d’un chœur anarchiste où se croisent les voix de syndicalistes, desperados, hobbos, bourgeois défroqués en aventuriers et autres conspirateurs ésotéristes. Scarsdale Vibe, la figure opposée du capitaliste et du chrétien[6], pressé d’avancer le cours historique, marque alors son dégoût : « ces communards parlent un galimatias de langues étrangères ». Tout le vingtième siècle annoncé par le livre cherchera à en étouffer les disharmonies. Un voyageur temporel, venu d’ « une époque de famine mondiale, de ressources combustibles épuisées, de pauvreté terminale – la fin de l’expérience capitaliste » pourra expliquer que « ce monde mourra, et ira en enfer, et toute l’histoire après cela participera de l’histoire de l’enfer ». Dans ce qui pourrait bien n’être finalement qu’une longue plage de discours indirect libre, où l’instance narrative semble diffractée en un ensemble d’auteurs issus de différents registres littéraires[7], Pynchon débouche le pavillon de ces langues comme s’il lui était possible d’arrêter le cours entropique de l’histoire. Passant par la littérature qui, même metaphorisée à la fin en immense ballon dirigeable glissant dans les cieux « toward grace », n’en reste pas moins historicisée par le nécessaire usage de l’écriture, il cherche l’état d’intemporalité de la parole. Une parole prise dans toutes ses modulations, qu’elles soient faites de discours savants, de chansons, ou d’un simple cri, comme l’imaginait le personnage d’Oedipa Mass dans son roman Vente à la criée du lot 49[8].
Dès lors, la disparition médiatique de Pynchon ne relève pas simplement de l’affectation ou d’une paranoïa de basse intensité. Avec son dernier livre, l’écrivain creuse encore plus le conduit au travers duquel grossit le son des mots engloutis par le langage aseptisé des sociétés historiques. Animé par le désir insensé de suspendre l’histoire, il tente de dépasser l’écriture par la parole. Il a, pour cela, effacé sa propre figure d’écrivain pour ne plus laisser passer que son timbre vocal. Les amateurs de secret pourront toujours gloser sur son identité, son passé ou les lieux qu’il fréquente, il restera ailleurs, dans le déplacement invisible de l’air : Pynchon est une voix qui vocalise la rumeur souterraine des peuples.
[1] Dans la collection Fiction & Cie au Seuil
[2] le genre de ligne que ses personnages de Mason et Dixon traçaient dans son précédent roman jusqu’à sombrer dans la plus parfaite mélancolie. Un personnage y expliquait même que « rien ne produira cette Histoire Néfaste aussi brutalement et aussi directement que le tracé d’une ligne ».
[3] D’où aussi cette multiplication de chemins dérobés, de réseaux ferrés secrets, de creusements de tunnels, toutes expressions d’un contre-pouvoir que l’on retrouve aussi dans des pratiques sexuelles où les voies obscures du plaisir sont bien différentes de celles en usage dans la procréation.
[4] Du nom de Ned Ludd, ouvrier anglais qui aurait détruit des métiers à tisser en 1780, et dont la geste anarchisante a été reprise par un mouvement ouvrier s’opposant à la révolution industrielle dans les années 1811-1816. Pynchon publia en 1984 un article intitulé « Is it OK to be a luddite ? ».
[5] La culture en général (qui n’est souvent plus que le nom sucré du Pouvoir) en véhicule tous les dispositifs sur lesquels nous réglons nos comportements, sans même qu’un coup de feu ne soit tiré. Nul doute qu’avec ce genre de pacte naturaliste, Bardamu serait resté assis au café place de Clichy et Joseph K aurait fini par s’expliquer devant ses juges. Autant dire que ces mythes littéraires qui détiennent encore « les clés de la sensibilité de l’époque » selon l’expression de G. Agamben, seraient restés dans les cartons du siècle passé si leurs auteurs s’étaient alignés sur les conventions psychologiques du moment.
[6] D’un christianisme tronqué, faut-il préciser, s’inquiétant d’avoir à aimer un prochain qu’il préfère assassiner, car confit dans une histoire universelle imprégnée par le sens du progrès mais aveugle à la direction apocalyptique des évènements.
[7] Les nombreuses adresses au lecteur qui émaillent le roman semblent venir de voix différentes, à tel point que le lecteur lui-même aura la sensation d’une identité instable.
[8] « Elle se demanda alors si ces indices, comme des pierres précieuses, n’étaient pas simplement une forme de compensation pour la consoler d’avoir perdu la Parole directe, épileptique, le cri qui pourrait abolir la nuit. »
10:20 Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
lundi, 14 juillet 2008
La grande peur des imbéciles, ou les nouveaux copains socialistes.
Trouvé ces commentaires édifiants dans un article du Wall Street journal, tendant à montrer que les apôtres conventionnels du libéralisme économique ont des convictions branlantes, contradictoires, et surtout sensibles à l'intérêt du moment.
"We haven't suddenly become socialists. What taxpayers need to understand is that Fannie and Freddie already practice socialism, albeit of the dishonest kind. Their profit is privatized but their risk is socialized. We're proposing a more honest form of socialism, with the prospect of long-term reform."
20:40 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
vendredi, 04 juillet 2008
Les Farc, ou la main de Dieu.

Comme les salles d'opération du Val de Grâce un jour visitées par Chevènement, la jungle colombienne recèle en son coeur le lieu d'un miracle, la lumière du grand oeuvre où s'accomplit la transmutation d'un cerveau de gauche en cerveau de droite.
18:40 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
mercredi, 02 juillet 2008
Alvaro...
... Même les hippies chics lui disent merci.

22:29 Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
vendredi, 20 juin 2008
Jeté vers le ciel calme

« Ce n’est pas l’Italie, ce n’est que l’anti-chambre » écrivait Stendhal dans une lettre à Frédéric Mercey. Et de fait, je me suis réfugié dans cette ville aux larges artères et aux vieilles venelles, pour fuir les salons cossus de la Vénétie et de l’Emilie-Romagne. Trop d’églises, trop de fresques, trop d’or et trop de foule, je m’étais lassé de tout. Ici, je m’ennuie, et c’est préférable.

La pluie a cessé peu après mon arrivée. Mais la réputation est au rendez-vous: un vent épais souffle sur la rive Tre Novembre, vent d’orage qui pousse un ciel lourd et gris de plomb. Je passe ainsi l’après-midi sur le môle Audace à regarder le passage de quelques ferrys venus des côtes croates. Le bora me rappelle le souffle glacé de Punta Arenas et l’horizon cendré porte les mêmes couleurs que celui d’Ushuaïa. C’est une ville des confins et du bout d’un monde, quand bien même la géographie dit tout autre chose. Une ville de Sud extrême, pourrais-je jurer, le sud inversé, là où les températures s’effondrent et où le soleil reste cousu dans un papier de givre.
(ou bien, si j’évacue les merdes littéraires, ce serait Nice, montée par ce vieux libidineux de d’Annunzio qui n’aurait pas même pris soin de retirer ses bottes)

Au long de la semaine, je m’étais éloigné de la lumière de blé et des langues latines, du teint mat des filles du sud et de leurs rires fracassants, délaissant un moment l’étreinte d’Ines pour remonter une dernière fois jusqu’au souvenir de Maya, son visage buté et son regard clair, le pli ferme de ses lèvres de Slave cinglée, sa silhouette que je guette maintenant sans raison aux pieds des bâtiments neo-classiques. Mais il n’y a rien à baiser dans cette ville d’est, à peine quelques étudiantes qui se baladent en groupe sur la viale XX settembre en séduisant certains de leurs camarades. Le soir, sur la via Fabio Vilzi, derrière le canal grande, je crois pourtant voir quelques filles attendre le client. Je tourne un peu dans le quartier quand une voiture s’arrête, laissant sortir une noire aux cuisses serrées dans un jean blanc et qui me salue immédiatement. Je soupèse son corps svelte et athlétique, son visage de pomme tanelée, l’envie me prend alors de dormir. C’est une nuit sombre et ruinée où je m’effondre sur un lit dans un hôtel désolé, sans même éteindre la lumière. Puis je rêve. Dans ce rêve, Poutine, vêtu comme un judoka, danse avec un ours blanc sur la grande piazza Unita d’Italia. Je cherche du regard le réalisateur. Sa silhouette bedonnante semble s’agiter de l’autre côté de la place. Plus je m’approche de Kubrick, plus il ressemble à Werner Herzog. L’Allemand pose une main sur mon épaule et me dit qu’il ne veut plus marcher. « Désormais, je prends le tramway » m’assure-t-il avant de tirer à la carabine sur l’ours qui, entretemps, s’était installé paisiblement à la terrasse du café municipio. Dans quelle langue m’a-t-il parlé ? La langue des Araucans, le secret des mapuches étranglés par la cavalcade chilienne. Herzog porte la barbe d’Antoine de Tounens, j’aurais du m’en douter.

Au matin, je grimpe sur la colline San Giusto qui domine la partie de la ville s’écoulant vers la mer. Je reste un peu dans la cathédrale déserte et m’attarde devant une représentation de Saint-Apollinaire. On dirait un enfant.

Un enfant qui me regarde et me transperce jusqu’à s’adresser au peuple allemand, au peuple slave et au peuple italien, à la masse usée et industrieuse des petits commerçants et des employés des Assucurazioni Generali, et qui se penche par-dessus l’épaule de Kafka alors que retentissent au loin les piaillements voraces de Marinetti, la bouche haletante et la gorge pleine des gaz d’échappements, entends-tu les bruits de la guerre, le grondement métallique des pièces d’artillerie, entends-tu le roulement des sabots alors que charge une dernière fois la cavalerie, le sabre pendue à bout de bras, entends-tu à nouveau le rugissement de leurs ventres? Non, rien, écrit-il dans son journal. Laissez-moi. Eloignons-nous donc sans un bruit, à pas feutrés, et respectons la veille des écrivains morts.

On trouve aux bords du Canal Grande une statue de Joyce. Une main dans la poche, le chapeau de travers, il esquisse un sourire.Un air bonhomme qui tranche avec les représentations habituelles. A quelques centaines de mètres, Svevo, qui était son élève, a retiré son chapeau et se promène avec un livre glissé sous le bras droit. La ville rend hommage à ses génies. On trouve aussi une librairie de livres anciens, comme celle que décrit Del Guidice au début de son roman. Les statues d’écrivains me rappellent la silhouette de bronze qu’on peut trouver dans la cour des studios de Budapest.

Je me suis persuadé qu’il s’agissait d’une représentation de Pessoa, mais n’en vois pas la raison. Peut-être que les villes finissent par toutes se mêler ici, des relents fragiles de Lisbonne, des villes de voyages, de souvenirs et de disparitions. Mais je ne sais pas voyager, je n’aime pas cela, je préfère l’exil et la brume. A côté de la statue hongroise, hors champ, Maya me sourit, et de ce sourire, j’en suis le seul averti et le seul dépositaire.
Je grimpe à l’étage d’un petit immeuble austère et sombre pour découvrir des affiches indiquant que le musée est fermé. D’une porte latérale surgit une femme entre deux âges qui s’arrête pour me dévisager. « Que voulez-vous ? » me demande-t-elle. Je la regarde à mon tour, sa belle maturité, sa poitrine généreuse, sa chevelure épaisse et blonde. « Rien, je voulais voir ». Elle parait réfléchir à ce qu’elle va dire. « Alors, je ne peux rien pour vous » finit-elle par dire. En regagnant la rue, je prends le temps d’imaginer sa réaction si je lui avais simplement dit que je voulais coucher avec elle. Au moins lécher ses seins. C’est peut-être cela qu’elle pouvait faire pour moi. Ou bien elle aurait ri, certainement, sans le montrer. Mais je ne crois pas qu’elle m’aurait giflé.
En prenant le tramway qui grimpe jusqu’à la ville d’Opacivina, au bord de la Slovénie, je songe à cette anecdote que raconte Vila-Matas à propos de Herzog. Pour sauver son amie Lotte Eisner, le cinéaste alla de Munich à Paris, où elle était hospitalisée, en marchant. Elle fut guérie. Huit ans après, elle lui demanda de la laisser partir, ce qu’il fit. Herzog prend maintenant le tramway. Je sens d’ailleurs sa présence derrière moi, son regard qui plane au-dessus de la ville et libère les malades de leur sortilège. La foi des gens simples est une foi de marcheur.

Plus tard, dans l’arrière-salle du caffé San Marco, je tombe sur une conférence initiée par le département de neuro-science de l’université et qui porte sur les rapports entre l’humain et l’animal. L’assistance, composée de cinquantenaires qui se draguent et de jeunes étudiants plus sérieux, commandent des jus de fruits. Au fur et à mesure des différentes interventions, les jus cèdent la place à des verres de bière, et le public se dissipe. En cours de route, arrive une jeune femme qui parle de dos à un des professeurs présents. Quand elle se retourne, je découvre son visage de monstre, les lèvres fendues jusqu’au nez, les yeux enfoncés dans les orbites, et ce petit nez courbé qui ressemble plus à un bec. On dirait le produit funeste d’une expérience ratée dans un des laboratoires de neuro-science, l’enfant dégénérée d’un savant fou poursuivant ses recherches sur le croisement entre un joli petit cul et une gueule de rat malade. Parfois son regard croise le mien, et je crois deviner une lueur lubrique qui déchire ses pupilles, comme si moi, avec ma gueule de lave-vaisselle et de plomb fondu, j’étais encore à sa portée de créature en chaleur. Ivre, à force de boire depuis la fin d’après-midi, je me dis que dans la pénombre, cette délicate enfant de Frankenstein vaudrait bien une autre fille, et j’attrape une érection qui ne s’envolera qu’à la nuit tombée, quand je sors via Battisti avant d’aller trotter dans les ruelles sombres.
Au dîner, j’avale une interminable choucroute pendant qu’une vieille dame m’entreprend sur sa solitude : ses parents sont morts, son mari est mort, son frère est mort, ils sont tous morts sauf elle, et devine quoi, veille conne, ils se sont suicidés parce qu’ils n’en pouvaient plus de tes gémissements et de ta gueule d’emmerdeuse. Je la laisse là, après lui avoir payé quelques verres de vin frais, et cours déguster une dernière glace sur la via Gegha en compagnie d’une bande d’étudiantes dont une fille qui ne cesse pas de remonter son string comme s’il allait s’enfuir en courant. Je vois bien encore une pute attendre sous la pluie qu’une voiture s’arrête, avant de m’affaler dans ma chambre d’hôtel où j’écris ces lignes sur un cahier à spirale que j’avais acheté quelques heures avant de rencontrer Bela Tarr. Sur la page d’à côté, je reconnais l’écriture de Maya. « Srirtes Agi » a-t-elle écrit, et je ne me souviens plus pourquoi. Le temps est passé, la Hongrie m’échappe et ses traits se dissipent dans la brume et l’exil. Il faudrait que j’appelle Ines, puisque c’est à elle que je pense. L’Argentine est le dernier pays européen.

15:20 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
jeudi, 05 juin 2008
Brussel Actor studio
Presque pleuré au milieu d'un film plutôt raté et ennuyeux, oui, presque pleuré en regardant la performance tranquille de Jean-Claude Vandamme qui se sert enfin de tout ce qui semblait l'achever.
C'est comme si son habituel ridicule avait fini par éclabousser les spectateurs, comme si le cinéma avait enfin pu se venger de la télévision, comme si l'ironie baissait enfin les armes devant le naïf. Un acteur qui se révélerait plus fort que le dispositif.
Ou alors, je suis fatigué.
(et cette idée de donner les réponses avant de poser les questions n'en fait-il pas aussi un lacanien ?)