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vendredi, 25 avril 2008
Les Schnocks
Tout conservateur devrait se réjouir de lire dans les colonnes de Libération certains textes comme celui-ci : on y retrouve encore ce magnifique mélange de moralisme et d’assomption du contemporain qui faisait l’ordinaire du journal avant sa reprise par l’opposant Joffrin. L’ordinaire ne s’est donc pas fait rare ; les équipes passent, mais les crétins demeurent.
Les Amis des Cahiers – le nom sonne comme un club de retraités inutiles - se fendent d’un texte maniant la caresse et le fouet, où l’amour d’une revue justifie la menace qui s’adresse à tout éventuel repreneur. Probablement qu’après avoir lu ce texte, personne ne voudra se risquer à déchaîner les crises gendarmesques des ses signataires. Alors les Cahiers disparaîtront, et nul ne s’en plaindra.
Car qui lit ce torchon aujourd’hui ? Certes, on peut encore l’acheter, par misérable habitude, par rente intellectuelle, par cette sorte d’espérance naïve qu’enfin quelqu’un y écrira un article valable, ce qui est en soi bien plus improbable que la duplication génétique de l’arbre testiculaire raëlien. Mais comme le savent les plus brillantes garces, payer c’est une chose, consommer en est une autre. Entre d’invraisemblables trouvailles conceptuelles qui ne sentaient la truffe que dans un trop crédule lectorat et des approximations de jeune gland aussi bien dans les faits que dans les références, la revue jouait le texte critique – savant mais invariablement faux – contre le cinéma qu’elle ne semblait plus ni apprécier ni reconnaître. C’est une chose courante pour les critiques que de sauter par-dessus l’objet qu’ils devraient servir comme n’importe quel autre agent culturel, dans l’espoir tout à fait macaque de faire valoir leur mystérieuse présence d’auteur. Mais dans le cas précis des Cahiers, le style n’y était même pas. L’ennui, oui, la pauvreté de concepts, oui, la parodie de discours instruits, oui, mais le point de vue, jamais, aucun, pas un seul. Depuis quelques années (vingt, trente, quarante ans ?), personne n’a jamais rien appris sur le cinéma en lisant Les Cahiers (et puis moi, je lisais Starfix).
Mais ils se trouvent des Amis pour vouloir encore la défendre. Si l’on renifle derrière le coup le fumet du petit groupe endogamique habituel au cinéma français, cet impérieux désir de se frotter entre cousins pour chier des générations de marmailles parfaitement mongoliennes à la sauce petit blanc, l’opération relève cependant d’une maladie plus vaste et plus prégnante, une épidémie qui a d’abord touché notre pays, avant de se répandre comme la peste sur d’autres ports. Appelons-là d’un mot : la culture.
Elle irradie de sa confondante superbe les mots délicatement pesés par les Amis des Cahiers, séparant les bons des méchants, et le noble du vil. Pourtant, comme à chaque fois qu’elle se trouve mise en avant, cette culture qui fait « monde », soupe originelle où s’ébattent des « personnalités », charrie son lot de confusion et de clichés. Le monde culturel, relevions-nous, se présente encore une fois comme une cité d’or et de miel que l’ont doit protéger des affaires communes, par un « rôle de vigilance et de conseil ». Mais en même temps, la culture qui n’est pas une marchandise comme les autres (et révèle ainsi sa nature de marchandise parmi les autres) réclame pour sa défense des actionnaires. Nos cinéastes et acteurs n’oublient pas leurs jetons, soupesant probablement sans s’en rendre compte cette simple idée qu’il n’y a pas d’art sans rétribution, et qu’on appellera culture ce moment socio-historique où le mode de rétribution est devenu le garant de la qualité d’artiste. Comme tout moment de l’histoire, la culture est donc née d’un renversement de concepts et de valeurs, dans lequel s’ébaubissent de simples agents culturels persuadés de tenir entre leurs mains de créateurs les tables de la Loi. Comme tout prophètes, nos artisses pensent loin vers les plages brumeuses des horizons. Ils parlent d’avenir et d’identité, à l’heure où « la pensée critique » est « de plus en plus menacée par ailleurs ». Outre qu’on peut s’interroger sur cet « ailleurs » (car la culture n’est pour eux jamais menacée de l’intérieur, mais par le Grand dehors), on se demande comment une pensée critique est possible quand on semble se crisper sur une question d’identité et de fidélité. Je ne ferais pas ici le procès que d’autres ont généralement à subir, mais le texte renvoie magistralement à ce délire de la pensée culturelle qui voudrait sortir de l’axe ténébreux de l’histoire par des lendemains qui chantent le bon goût de l’universel humain, tout en élaborant pragmatiquement un discours centré sur la défense patrimoniale et identitaire.
Bref, on sait où se trouvent vraiment les vieux cons.
17:20 Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
Commentaires
Bravo ! Oui, qu'on en finisse enfin avec ces gardiens du temple moisi, ces adorateurs de la vieille vague rance - et qu'on reconnaisse en passant leur influence nauséabonde : dogmes stériles, tics d'écriture insupportables, circuit fermé des références, et surtout, après une première génération honorable, progéniture dégénérée de cinéastes chiants !
Ecrit par : Damien | vendredi, 25 avril 2008
Tu verras qu'ils vont finir par se faire racheter par les Inrocks...
Ecrit par : P/Z | vendredi, 25 avril 2008
Pas sûr qu'ils aient les moyens, les kuptibles...
Ecrit par : Damien | samedi, 26 avril 2008
le problème n'est pas de voir éventuellement disparaître ce torchon, comme vous dites, mais de voir ceux qui le composent se disperser un peu partout et parasiter tous les autres médias. Au moins, ils étaient circonscrits dans leur ghetto d'autosatisfaction et de condescendance.
Ecrit par : .Moland.Fengkov. | samedi, 26 avril 2008
Je change de sujet (quoique), mais je ne sais où mettre ce lien qui t'intéressera peut-être. Il reprend une interview de Laure Adler en juillet 2004 et définit entre autres le mot culture.
http://www.renaud-camus.org/articles/lire.php3?article=121
Ecrit par : VS | dimanche, 27 avril 2008
Vous n'êtes jamais meilleur que lorsque vous êtes sans pitié !
Cela dit, ce que soulève .Moland Fengkov est aussi juste : si leur journal disparaît, ils vont être encore plus volatiles (car ils l'étaient déjà, en personne ou dans leur influence, leurs tics d'écriture comme le dit Damien), et on n'est pas sorti de l'auberge.
Ecrit par : Ludovic | lundi, 28 avril 2008
Mais non, leur parole sera diluée, et quand ils feront des piges dans "Tricot magazine" ils la ramèneront moins, et les jeunes cinéastes français se sentiront moins obligés de faire la même chose que Eric Claude François et les autres...
Ecrit par : Damien | lundi, 28 avril 2008
Que Dieu et Jean Yanne vous entendent...
Ecrit par : Ludovic | mardi, 29 avril 2008
Mais que vous a fait Th. Jousse ?
Ecrit par : PousseMousseJousse | samedi, 17 mai 2008