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vendredi, 14 mars 2008
Ici
Ici, la chaleur devient plus lourde à mesure que l’on avance dans le mois. Un voile de brume saumâtre s’étend dans le ciel dès le matin, le promeneur intrépide respire de la poussière toute la journée, et, le soir venu, comme le farang moyen, il ne lui reste plus alors qu’à vider ses tripes dans un cocktail de milk-shake mango et de loc lac épicé. Ensuite, si les dieux sont cléments, il pourra se lever le lendemain. Sinon, prévoir de tenaces vertiges.
D’autres sont possibles à la vue des charmes féminins, incroyable étalage de beautés mutines, qui vaut au pays sa réputation de pays du sourire. Pour qui se sent impropre à toute séduction, trimballant sa médiocrité de l’ici aux ailleurs, restent le cours du dollar et les déséquilibres nord-sud pour lui donner le goût de ces peaux cuivrées. A trente dollars la nuit, y compris les ultimes épousailles de chair au matin, des troupeaux de buffles au cul rose viennent s’amasser aux mêmes points d’eau : Mikado, Circée, Sophie’s, bar of the happy man a-t-on même vu. Homme heureux qu n’a qu’à payer le prix d’une course en taxi, le voilà un instant le nez poudré par les milles chattes de l’orient. Il rêve alors un peu, secoué de sanglots in utero, avant que d’invisibles morsures ne viennent un jour le saisir.
En dehors de la ville, poumon de gélatine rose opiacé, s’étend la campagne sur un interminable bord de route cahotante, autrement dit, rien. Des lieux, des visages. Les enfants s’étonnent de voir un blanc d’aussi près. Peu de voitures s’aventurent sur ces pistes. Des rares véhicules qui s‘arrêtent, descendent des hommes de la ville venus apporter l’indispensable information sur le déroulement du Procès International qui a donc débuté. On voit des visages s’ouvrir, on entend des paroles se libérer mais on reste gêné par ces récits éprouvants de massacres, de tortures, et d’assassinats. Dans ces villages de pêcheurs, l’histoire passe habituellement avec une certaine viscosité, de manière plus épaisse. Rien de l’hypermobilité d’un monde connecté. Et la dernière fois qu’elle est passée au même rythme que le monde, ce fut un déchaînement des enfers. Des jeunes gens au visage fermé, vêtus de tuniques noirs et qui n’avaient pour tout savoir que le fusil qu’ils tenaient, maculèrent de sang chaque parcelle de la terre cambodgienne, déjà brûlée par les bombardement américains. Une vieille femme malade craint même que le Procès ne ramène Pol Pot. Et s’il revenait au pouvoir ? Il est mort, lui dit-on. Personne ne le sait, répond-elle.
L’histoire, c’est désormais entendu, passe ici différemment.
04:40 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
Commentaires
Bertolino Jr is back !
Et le soir, « tu vas aux filles ? »
Ecrit par : sk‡ns | vendredi, 14 mars 2008
On peut sortir le soir et ne payer que des verres, aussi (1 $ l'angkor beer, j'ai même trouvé une gargotte birmane où on s'en jette à volonté pour 2,5 $ le forfait).
Ecrit par : Slothorp | dimanche, 16 mars 2008
Bon, très bien, pas de bêtises…
Sinon, je me suis permis de prendre un gant dans le visage en ton absence (en fait, je l'ai esquivé). J'espère que tu ne m'en tiendras pas rigueur, mais tu sais bien que c'est ainsi lorsque le pêcheur par en mer…
Ecrit par : sk‡ns | lundi, 17 mars 2008