« La chute | Page d'accueil | Ici »
vendredi, 22 février 2008
Atabekianisation et autres incarnations
J’avais préparé un texte qui prolongeait les aperçus sur le réel par quelques commentaires sur le livre de Pierre Bayard, « l’Affaire du chien des Baskerville ». L’idée était d’écrire sur les rapports entre mondes fictionnel et imaginaire et de glisser imperceptiblement vers mes marottes sur le cinéma du souvenir et des fantômes en passant par le beau film de Victor Erice, « l’esprit de la ruche ».
Mais je n’ai pas le temps.
Et puis, finalement, tout cela m’emmerde.
Je ferais mieux d’écrire un blog qui raconterait mes petits tracas du quotidien, les affres de l’amour et les pirouettes sexuelles, quoique non, je suis trop vieux et hétéro pour ce genre de confessions à l’ego qui sent le pipi.
Non, à mon âge vénérable, voilà ce qu’il faut dire :
Je ferais mieux d’écrire un blog qui raconterait mes dernières sorties culturelles et mes dernières lectures en donnant un avis sur tout, oui, je ferais mieux d’exposer ma belle subjectivité en dressant la liste de mes goûts artistiques, et même parfois je rédigerais des carnets de voyage, un peu détaché de tout cela, quand même on n’est pas des touristes cons, et on communierait dans un grand parc à thèmes, ici le concerto pour piano n°3 de Rachmaninov interprété par Lugansky, là la parade nuptiale sous les yourtes mongoles, et mon dieu, on a bu du lait de jument - c’était si aigre – et les petit mongols se moquaient bien de nous…
Mais ça m’emmerde pareil.
Alors, soucieux de conserver le contact avec mon fidèle lectorat, j’écris sur ce que je devrais écrire et que je n’écris pas, l’esprit un peu embrumé après avoir vidé des caisses de vin blanc en compagnie de Patrick Deville, qui n’est pas moins que le plus grand écrivain français contemporain, si ce genre de proposition a un sens. Au fond…
Je ferais mieux d’écrire un billet qui raconterait ma rencontre avec Patrick Deville, l’homme et l’œuvre, mais je réserve cela pour une revue.
Le fait est que nul n’échappe à la forme confessionnelle qu’implique nécessairement la tenue d’un blog. Il suffit de se relâcher, pour se livrer, et c’est dégoûtant.
Je ferais mieux de terminer ma réécriture de scenario, de rédiger enfin le synopsis du pamphlet, et de préparer plus soigneusement le tournage du documentaire en Asie pour lequel je pars dans une semaine.
Sinon :
Apéritifs : 60,70 €
Escalope milanaise : 18 €
Bouteille de vin blanc : 21 €
Penser à adresser une facture à la Rédaction.
10:59 Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
Commentaires
Apéritifs : 60,70 €
C'est si cher que ça les apéricubes ?
Pour le reste, merci de me rapporter de ton périple en Asie une culotte de jeune fille : c'est pour ma collection personnelle.
Ecrit par : dj zukry | vendredi, 22 février 2008
C.A. s'en tire en général pour un bobun à 6,5€ et de quoi faire une soupe pour 4,30 €. À cela s'ajoute l'acquisition d'un journal à 1,20 € (l'organe des "résistants"). Et puis il achète des chaussures moches sur Ebay (qu'il dit trouver jolies), mais qu'il revend après (ainsi qu'un costume Hugo Boss gris). Il est toujours enrhumé (allergies) et paraît souvent "grognon" (c'est lui qui le dit). Et on a sa photo (et son ordinateur avec plein d'apapreils breanchés aussi). Et puis il est pote avec H.D. et C.Z (je ne sais pas si ça vous raproche, alors que toi t'es "pote" avec S/S et P/Z).
Je suis déjà un fan de C.A., alors ne nous déçoit pas.
Ecrit par : sk‡ns | vendredi, 22 février 2008
Aïe, la honte : j'ai été décevant côté conjugaison.
C.A. m'apprendra !
Ecrit par : sk‡ns | vendredi, 22 février 2008
C'est bien Bayard ?
Le personnage m'avait un peu gonflé (entendu un matin à la radio ; je suis facilement grognon le matin) et, à parcourir les quatrièmes de couverture, tout ça m'avait l'air imprégné de vapeurs psychanalytiques.
(Et, oui, je pousse à l'exposition de ta belle subjectivité.)
Ecrit par : aymeric | vendredi, 22 février 2008
Le Bayard est excellent. Le meilleur des trois consacré à "la critique policière". Les vapeurs psychanalytiques sont vraiment très diffuses.
Ecrit par : P/Z | vendredi, 22 février 2008
Les apéritifs étaient consommés à la terrasse du Bonaparte, ce qui explique la facture. Pour ces tarifs prohibitifs, on se voit accorder une coupelle de nachos et le droit de fumer sur la terrasse à demi fermée. C'est chic, plus chic que les pompes de C.A. et les phrases à rallonge de C.Z. Mais on peut s'en sortir pour 13 € en allant faire ses courses chez leader price.
Aymeric, comme le te conseille P/Z, tu devrais lire le Bayard, qui a trouvé une manière entraînante et judicieuse de théoriser les rapports entre fiction et réalité. Le livre aurait mérité quelques coupes, et on peut effectivement faire la fine bouche devant son glaçage psychanalytique, essentiellement saupoudré quand il traite des liens entre créateur et personnage. L'idée d'une créature qui échappe au contrôle de l'auteur me paraît être une tarte à la crème trop souvent dégustée. Car on sait bien que tout cela est affaire de technique : pour rendre vivant un personnage, il faut le rendre complexe ; pour rendre crédible cette complexité, il faut tricher en maniant l'ellipse et les informations cachées. D'où une série d'interstices dans le récit qui permet à un lecteur imaginatif de reconstruire une toute autre histoire. L'inconscient n'a donc, il me semble, pas besoin d'être invoqué systématiquement. Mais Pierre Bayard est psychanaliste, et tout lecteur est un fou, alors...
Ecrit par : Slothorp | dimanche, 24 février 2008
Hi,
Vrai que « l'ego qui sent le pipi » ça vous pose un interstice indeed !
Chevalier Slothorp, would cette information cachée allow le lecteur d'invoquer un inconscient vôtre comme rather olfactif ? Or olfictif ?
'Day.
Ecrit par : Scanner | mardi, 26 février 2008
Possible que mon inconscient fasse le rapport entre ego, adolescence et odeur de pipi, mon cher Scanner.
Ecrit par : Slothorp | jeudi, 28 février 2008
"L’idée était d’écrire sur les rapports entre mondes fictionnel et imaginaire"
Dommage que ça t'emmerde, parce que s'il y a bien des réflexions hors champ de la part d'un cinéaste peuvent être particulièrement pertinentes c'est bien dans cet interstice là.
(au plaisir de te lire)
Ecrit par : lectorat fidèle | mercredi, 05 mars 2008