vendredi, 04 janvier 2008

A l'heure du bilan (4)

Un homme pose son pied sur un rail de chemin de fer, et attend.

Bientôt, les cailloux du ballast s’éboulent nerveusement sur les voies. Un grondement de feu et d’acier remonte le long du rail jusqu’à faire vibrer la plante du pied toujours posé dessus. L’homme réajuste son foulard sur le bas de son visage et regarde au loin, dans l’encre noire de cette nuit d’avant les récits de légende.  Il attend un train, comme une lumière venant trouer l’obscurité. Ce train, nous le savons depuis sa naissance, c’est le cinéma. Il s’annonce par le tremblement de la matière et arrive dans l’épaisseur translucide d’un cône lumineux. Avec lui vient l’Histoire. Jesse James devient alors ce personnage de lumières et d’ombres, spectre errant dans les plans, vingt-quatre fois par seconde, au visage de cire zébré de veines bleues, car sa vie n’est plus qu’une longue intermittence glacée. Sur le cuir de ses bottes s’accrochent des pelletées de souvenirs qui forment l’humus de cette passion nécrophile qu’est l’amour du septième art. Elle place nos regards sous les forces hypnotiques d’un ballet de fantômes, êtres surgis du passé, ou d’un lieu reculé, nos semblables lointains dont les fantastiques existences ne sont pourtant jamais loin des nôtres. C’est dans la salle obscure que se défait le quotidien en quelques lambeaux d’identification, pour ne plus laisser place qu’au monde, même s’il nous semble boiter de côté. Et nous, spectateurs, en découvrons alors les justes aperçus dans cette débilité même.

Ainsi les cow-boys fatigués marchent en traînant les jambes.

Il n’y avait donc qu’un film en 2007, un film comme pur objet cinématographique, un monde fini de sens, habité des morts-vivants qui gisent dans les replis secrets du réel, et dont il appartient au cinéma de les rendre à notre vue en rouvrant les carnets de l’Histoire.

 De bout en bout, détaché de ses influences dramaturgiques, abandonnant sa matière picturale dans l'hébétude du mouvement, L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford était le geste de cinéma de cette année passée, superbe dans son isolement et sa perfection, fragile dans sa musique émotive.

Commentaires

J'arrive ici sur les conseils de Joachim - j'ai lu aussi votre note d'octobre sur Jesse James. Deux très beaux textes qui m'en apprennent un peu plus sur mes propres émotions ressenties face au film. Film solitaire, fragile et merveilleux de 2007 assurément. Voilà qui me donne une envie terriblement pressante de le revoir.... en attendant, je prends bonne note de l'existence de votre blog!

Ecrit par : Flo | samedi, 05 janvier 2008

A. Dominik mérite bien qu'on aille voir son film une deuxième fois. Merci pour votre passage.

Ecrit par : Slothorp | samedi, 05 janvier 2008

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