mardi, 01 janvier 2008
A l'heure du bilan (2)
Une preuve supplémentaire en cette fin d'année du grégarisme pénible derrière lequel se cachent la paresse et le goût du confort pépère des héroïques agents de culture que nous sommes : retrouver dans les bilans des audacieux critiques de la blogosphère (et de la presse affiliée) toujours le même titre de court-métrage. Copinage tranquille, jugement aléatoire, oubli des centaines d'autres qui ont trimé pour faire leur film mais qui ont l'inconvénient de ne pas appartenir au petit cercle des rédacteurs. L'écologiste autorisé que je suis ne peut s'empêcher de penser que c'est avec chacun de ces petits gestes au quotidien que s'entretient le corps sénile du cinéma français.
Bravo.
Commentaires
encore eut-il fallu le voir ce court! (qui est juste un chef d'oeuvre) mais il est vrai que ça trouble vu de loin...
Ecrit par : jean-sébastien | mardi, 01 janvier 2008
Je me garde bien de juger un film que je n'ai pas vu. Mais certains de ses louangeurs ont-ils vu beaucoup d'autres courts-métrages cette année au point de ne plus mettre que celui-ci en avant ? C'est quand même un peu le jeu chaque année d'oublier la foisonnante production de courts-métrages derrière un seul titre, avec des choix pas toujours heureux.
Ecrit par : Slothorp | mardi, 01 janvier 2008
Vu d'encore plus loin, c'est encore plus troublant...d'autant que l'on n'a pas effectivement (ou du moins avec difficulté) la possibilité de juger sur pièce
1) Il est possible que ce court soit effectivement le meilleur (encore qu'effectivement une note en bas de page précisant par ex le nombre de court vu, le niveau de la production etc...eut été nécessaire - dans le cas des longs on suppose à priori que qu'une grande majorité des films sortis a été vue - afin d'éviter ce "trouble".
2) Quelque soit la valeur de ce film, on ne peut s'empêcher d'y voir un système de "reproduction à la Bourdieu", ou de simple copinage (voyant l'objection qui pointe, on ne voit pas pourquoi "la marge" échapperait à toutes règles déontologiques).
3) Comme d'hab, on renvoit à la 2ème partie des Illusions perdues.
Ecrit par : P/Z | mercredi, 02 janvier 2008
je vois bien en quoi tout cela est indéfendable (plus on se justifie plus on s'enfonce dans ces cas là), et en même temps il me semble que vous voyez un système là où je vois un simple élément isolé...
par ailleurs parler de déontologie concernant une "liste" personnelle et absolument détachée des contingences économiques et sociales du cinéma français, c'est un peu pousser je trouve...mettre sur le même plan cela et les tractations qu'on trouve dans les commissions, bon, pourquoi pas, ce n'est pas mon cas...
à titre personnel : je suis bien placé pour avoir vu une bonne partie de la production de courts métrages français de cette année et pour moi c'est à n'en pas douter l'un des deux ou trois meilleurs, sans une once d'hésitation...(après libre à vous d'y voir du copinage ou de la paresse)
à titre personnel 2 : je connais bien le garçon qui a réalisé le court et pourtant cela doit-il m'empêcher de le trouver bon, voir même de le mettre en avant dans une liste (listes qui sont le comble de la subjectivité et qui sont intéressantes à ce titre)?
à titre personnel 3, et en annexe : nous avons pris le fameux film à Belfort, et là bien entendu se posent les questions déontologiques; oui mais voilà, si je défends le film en mon âme et conscience, je laisse le soin à mes deux autres acolytes décider pour eux-mêmes ; et s'ils n'avaient pas aimé, aucun doute que le film aurait été mis sur le bas côté. La preuve? : la partie immergée de l'iceberg qui est constituée d'un grand nombre "d'amis" (fatalement on est amené à connaître beaucoup de gens, il faut faire avec cette donnée sans être rigide et borné) dont les films ont été purement et simplement rejeté en vertu d'un jugement démocratique; et je vous garantis qu'ils sont en nombres croissants chaque année...
quand on regarde de loin, il est bien entendu facile de ne voir que cette partie émergée et d'en tirer des conclusions hâtives (Bourdieu lui, devait son sérieux à ce qu'il ne restait pas lointain, mais s'approchait de très près grace à un savant travail de recherche...)
après, bien évidemment que la plaie du cinéma (français mais pas seulement) est le copinage, oui, c'est évident...
Ecrit par : jean-sébastien | mercredi, 02 janvier 2008
Mais je trouve que tu te défends très bien même si tu n'étais pas attaqué personnellement. Ta position au sein du festival de Belfort te permet de voir de nombreux courts-métrages, c'est un fait, et cela ne fait que renforcer ton choix, qui est donc une vraie selection. Mais est-ce le cas de tous les autres ? J'en doute (avec au moins autant de scientificité que Bourdieu quand on regarde le boulot plus que fumeux qu'il a réalisé avec "la misère du monde" ou ses commentaire anthropologiques un peu sauvages dans "la distinction", c'est quand même pas Goffman...). Je ne crois pas à une volonté maligne de mettre en exergue le film du copain, mais comme c'est celui qu'ils ont vu et qu'il leur a (sincèrement) plu, ils le mettent en avant. Ce n'est pas très grave, je te l'accorde, mais c'est un de ces petits gestes qui participe à l'étriquement du cinéma français en club d'intellos précaires travaillant à côté du Rotary des prime-time. Après, chaque cinéaste peut être poussé à ne plus faire un film pour lui(ou l'idée qu'il s'en fait), ni pour le public, mais pour gagner ou conserver l'estime des copains.
Pendant ce temps, aux Etats-Unis, un jeune prolo du septième art raconte dans mon quotidien préféré au sujet de son film : "j'ai sincèrement cherché à tenir compte du nombre de fois où je suis sorti du cinéma en me disant que j'aurais mieux fait de rester tondre ma pelouse". Mais bon, sur ces choses-là, nous sommes d'accord je crois.
Ecrit par : Slothorp | mercredi, 02 janvier 2008
JS, évitons tout malentendu, et je souscris aux premières lignes de notre hôte.
"Ce n'est pas très grave, je te l'accorde, mais c'est un de ces petits gestes qui participe à l'étriquement du cinéma français en club d'intellos précaires travaillant à côté du Rotary des prime-time." Egalement entièrement d'accord.
Pour ma part, je trouve "amusant" par ex que lors du dernier festival de Cannes où furent projetés 25 courts-métrages, Les Inrocks ne mentionnnent que ce film. Comme S, "je ne crois pas à une volonté maligne de mettre en exergue le film du copain", mais on dira plutôt que c'est "l'effet facebook" (mes amis et moi on est vachement ami...) dont on peut craindre qu'il n'abolisse toute hétérogénéité.
Ecrit par : P/Z | mercredi, 02 janvier 2008
Assez d'accord avec tout ce qui précède... Personnellement, je n'ai certes pas vu autant de courts métrages que JS, mais une bonne quinzaine quand même, en salle et en DVD. Ce film-là se dégageait des autres qui étaient présentés à la Quinzaine de Cannes avec évidence : c'était le plus dense, le plus fort émotionnellement, voilà tout. Après, l'effet de copinage joue surtout sur la mémoire que j'en ai au moment de rédiger mon top : subjectivité oblige, c'est le premier film qui m'est venu à l'esprit (par ailleurs mon top n'est pas du tout ordonné du meilleur au moins bon film). Le reste, je m'en fous : je ne fais pas du tout partie du petit club du cinéma français, quoique le qualificatif d'intello précaire me sied comme un gant.
Ecrit par : Damien | jeudi, 03 janvier 2008
"Que la plaie du cinéma (français mais pas seulement) est le copinage, oui, c'est évident..."
Sauf quand ça donne des délits tellement flagrants qu'ils en deviennent des aphorismes, comme ce texte (ou intw) de Truffaut: "Godard n'est pas le seul à filmer comme il respire, mais c'est celui qui respire le mieux. Il est spontané comme Renoir, profond comme Bergman, direct comme Rossellini, musical comme Guitry...." and so on. Bon alors, après, c'est sûr aussi que ce genre d'article n'a pas dû dégonfler l'ego de JLG, mais c'est une autre histoire.
Ecrit par : Joachim | vendredi, 04 janvier 2008
Ah, un mois sans bloguer, ni lire... les "copains" blogueurs ! Comme il est salutaire de se tenir loin du peloton d'exécution. Donc oui, j'ai mis dans mon top ten "Entracte" de Yann Gonzalez.
Si je dis que je regarde Shorts TV sur le câble, je trouve grâce à vos yeux ? Si je dis que j'ai vu les courts métrages en sélection officielle à Cannes ou encore ceux de la Cinéfondation, je suis réhabilitée ? Sans compter ceux que je reçois via le blog Contrechamp que de jeunes cinéastes m'envoie tout au long de l'année ? J'oubliais aussi : je me déplace régulièrement à la Fémis pour voir les films des étudiants.
Mais de toute façon, je ne verrai jamais assez de courts métrages pour qu'on me taxe d'objectivité. Mais l'objectivité, ça fait chier. Ca n'a pas sa place dans le champ critique. Je ne suis pas un instrument de mesure. J'ai vu le court métrage de Yann Gonzalez et il m'a fait pleurer. Ca dure 15 minutes.
Le même temps qu'il m'a fallu pour lire toutes ces choses entendues sur le copinage et la collusion à laquelle, nul d'entre nous n'échappe dans le monde du cinéma. L'indépendance est un leurre, ce qui pour autant ne nous prive pas de saluer le talent quand il se présente à nous.
Ecrit par : sandrine | mercredi, 23 janvier 2008
Et bien je vois que tu prends très personnellement un billet qui constatait une situation dont, certes, tu es partie prenante comme beaucoup d'autres, mais pas meneuse de revue (ou alors j'ai tort de ne pas imaginer de grand complot ?). Et bien sûr que l'objectivité ne veut rien dire, reste quand même à défendre un peu le goût de son bifteck, ce qui n'a jamais été le cas pour ce court-métrage. Et quand la subjectivité devient une invitation à s'entre lécher les nombrils, on peut rester en dehors de la fête, non ?
Bon, je n'ai plus qu'à le voir ce court. Si ça se trouve, je vais aimer. Ou pas.
Ecrit par : Slothorp (is a bitch) | mercredi, 23 janvier 2008
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