vendredi, 16 novembre 2007

Hier et demain

 
 

« On se lève, on travaille, etc., mais ce n’est qu’un niveau de réalité, le niveau pratique »

Francis Ford Coppola, in Cahiers du Cinéma, novembre 2007

 

« On peut nourrir des rêves du Nord comme des rêves du Sud, de l’Ouest comme de l’Est. L’inévitable étant sans doute de ne pas vouloir être là où on est. »

Patrick Deville, La tentation des armes à feu, Fiction et cie, Seuil, 2006 

 

C’était un soir de papier buvard. Je sortais d’une lecture de « L’image – mouvement » de Deleuze, et m’exaltais sur le réel multiple entre différents aperçus d’ivrogne (notons ici que boire, parler, et séduire une fille s’il s’en trouve une dans les parages relève à mon sens d’une seule et même opération). En face, Montalte, m’opposait ses vues sur l’unidimensionnalité du réel entre autres actes de foi de ce grand tragique pourtant shooté aux effluves de l’encensoir catholique. En manière de provisoire achèvement, il cita Clément Rosset : « le réel est idiot ». Je n’avais plus rien à objecter, et lorgnais sur la bouteille qui traînait sur la table. 

N’ayant pas lu Rosset, je me suis décidé quelques semaines plus tard à réparer la faute. Et je dois aujourd’hui constater que la lecture de deux de ses livres n’a pas fondamentalement changé mon point de vue. 

Au début de son bref essai sur « le réel et son double », l’auteur, afin d’illustrer la question de l’aveuglement face au réel, décrit les attitudes envisageables devant un feu rouge.  On peut, entre autres choses, passer outre le signal d’arrêt, ce qui fait, écrit Rosset, que « je prends sur moi de ne pas voir un réel dont j’ai reconnu l’existence » .

L’exemple me semble symptomatique de cette confusion que le philosophe entretient parfois entre la réalité et les conventions qui y sont produites. Il reste en effet tout à fait envisageable de brûler le feu rouge en prenant sur soi de s’affranchir du code de la route, sans jamais refuser de voir le réel. Le conducteur peut ainsi commettre un délit au regard de la loi, délit qui ne sera pas forcément sanctionné, tout en ayant parfaitement conscience de ce à quoi il s’expose. Ainsi fait, il décide de prendre littéralement un autre chemin que celui prescrit par la société. Par là, il déroute la norme, et ouvre le réel plutôt qu’il n’obstrue son propre regard.

Je ne prétends pas, à la suite de cette lecture, pouvoir expliquer à une jeune femme ce qu’est la réalité en en faisant son ontologie. D’abord parce que cela l’ennuierait probablement, ensuite parce que je n’en sais rien, n’étant ni philosophe, ni Jesus déclouté (et de ce fait, l’explication serait tout autant impossible devant un homme ou un chien qui aboierait son Descartes). Je peux néanmoins en avoir une définition minimale, quoique problématique (l’ensemble des évènements extérieurs à ma volonté, par exemple), et même présenter quelques vues sur les rapports que nous entretenons avec elle. Il suffit pour cela de préparer cette rencontre riche de promesses passionnelles, la veille au soir, en relisant le  livre de Peter Berger et Thomas Luckmann, dont le titre ne cache rien du projet : « La construction sociale de la réalité ». Les deux sociologues, ouvertement sous influence d’Alfred Schutz, y propose une vue d’ensemble théorique des rapports du sujet social (vous, moi, les honnêtes travailleurs et les escrocs) avec le réel. En conjuguant le marteau durkheimien et la sonde weberienne,  ils analysent l’objectivation de processus subjectifs par laquelle s’édifie un monde commun. Deux idées précises traînent au fond de cette tambouille affreusement technique :  d’abord ce que nous avons coutume d’appeler réalité relève plus précisément du monde quotidien dans lequel nous baignons ; ensuite, ce quotidien que nous envisageons comme pré-donné, antérieur à toute expérience, est une construction complexe mais voilée où s’entrecroisent monde naturel, représentations, et accords inter-subjectifs. Dans ce cadre-ci, la société se présente comme la grande machine dialectique qui d’un même mouvement temporel se saisit de ce qui est extériorisé pour l’objectiver avant que les individus ne l’intériorisent.

Ainsi, après avoir subi mon vingt-quatrième accident de la route à un carrefour, j’ai pris conscience qu’un geste de la main pouvait signifier qu’il fallait s’arrêter pour laisser passer la voiture sur ma droite. Ce geste n’étant pas visible de loin, nous avons convenu d’un code couleur pour indiquer si l’on pouvait passer ou non. Depuis lors, le rouge m’évoque un arrêt immédiat, et comme je déteste freiner, je ressens cela comme une sanction. Un nouveau problème est cependant survenu quand le papou tranquillement installé sur le siège passager a vu dans ce signal rouge le grand drap de coton qu’on étale au début de l’automne pour lancer la compétition de baffes qui a lieu chaque année entre les hommes de son village. Le fait que j’ai les joues qui chauffent à chaque carrefour signifie donc que nous ne sommes pas d’accord sur le sens de ce feu rouge, et qu’il ne faut jamais prendre de papous en auto-stop. En tout cas, à hauteur d’homme, nous ne vivons pas dans le même monde. C’est d’ailleurs pour cela qu’on a inventé l’horloge, sans laquelle on ne saurait me reprocher mes retards réguliers.

Pour qui se sépare tant qu’il le peut des habitudes du quotidien, la réalité se révèle multiple, pleine de chausses-trappes, de failles et de possibilités. De ce point de vue-là, il faut peut être considérer tout évènement comme la victoire d’un monde sur un autre. Comme je ne suis pas ivre au moment où je rédige cette note, je n’irai pas jusqu’à m’exalter sur les infinis possibilités du réel : si le monde est ouvert, il nous revient néanmoins de le fermer un peu pour le rendre habitable. Mais ce n’est pas en me plaignant des déterminations tragiques que provoque cette fermeture que je suis en droit de penser que le réel est un, point barre, et démerdons-nous avec ce qu’on a. Au contraire même : l’analyse des modes d’édification de ce monde commun laisse croire à la possibilité d’arrières mondes qu’il m’est donné d’entrevoir quand je suis ivre, c’est-à-dire dans cet état de stupéfaction où le quotidien me devient absurde et étranger. Mais, encore une fois, il ne s’agit pas ici de décrire la réalité, mais simplement de reconnaître cette erreur consistant à l’appréhender à partir du monde factice que nous créons autour de nous. Et même la douleur si réelle provoquée par les régulières claques que m’assène l’autre cinglé assis sur le siège passager peut être interrogée : on ne souffre pas de la même manière à Paris et à Bornéo, en 2007 comme en 1350.

Cette ouverture qui s’oublie dans le mouvement de la vie mondaine, le cinéma nous la redonne. En interrompant le cours limoneux du quotidien, en suspendant notre présence non pas au monde mais à sa facticité, il déploie sous nos yeux les mille feuilles du réel dans un mouvement de suture des temporalités et des espaces qui habituellement nous semblent hétérogènes. C’est évidemment particulièrement vrai du cinéma moderne où le sens s’échappe en même temps que la dramaturgie s’évide. Mais c’est aussi vrai d’un cinéma classique, empruntant ses tours narratifs à la poétique aristotélicienne, et dont les récits cadenassés semblent placer les hommes sous des figures tutélaires, ombres cachées entre les images, oeuvrant à un travail divin qui affecte le réel représenté sur l’écran. Cette suspension n’est pourtant pas une mise à l’écart : nous ne cessons jamais de faire dialoguer un monde fini de sens (le film) avec le monde quotidien ou celui plus intérieur de notre conscience. C’est ainsi que mes souvenirs circulent, entre l’enfance qui pourrait être la mienne, les genoux écorchés en noir-et-blanc d’un autre garçon, le sourire d’une amoureuse et les éclats de voix d’une actrice. Ma vie est une permanente reconstruction mémorielle où se cristallise une multiplicité de mondes joyeux ou tristes qu’il m’appartient de tous relever à une égale dignité. Pour qui s’y attache sans passion fétichiste (ce qui fait que la cinéphilie m’a toujours un peu écoeuré), le cinéma est la clé qui ouvre sur notre présence nue au monde.

Mais, bien sûr, tous les films de cinéma ne sont pas du cinéma.

           

Commentaires

Pour être encore plus prosaïque, je constate que tu as amorti des 2 euros...
A "l'inévitable" de Deville, Rosset oppose la pensée de Parménide.
" Il faut dire et penser que ce qui est est, car ce qui existe existe, et ce qui n'existe pas n'existe pas : je t'invite à méditer cela.
Tu ne forceras jamais ce qui n'existe pas à exister."
(trad : C. Rosset)
Mais il est vrai que tu préfères les arrières-mondes.

Ecrit par : P/Z | vendredi, 16 novembre 2007

"Il reste en effet tout à fait envisageable de brûler le feu rouge en prenant sur soi de s’affranchir du code de la route, sans jamais refuser de voir le réel.""
On peut effectivement s'affranchir de toutes les conventions, mais passer au feu rouge quand le 30 tonnes arrive à toute allure, alors qu'on espére qu'au dernier moment il disparaîtra comme par enchantement, c'est là payer cash son idéalisme.
Passer au feu rouge alors que la circulation le permet, ce n'est justement pas s'affranchir du réel mais en tenir compte.
Reste la question de l'orange qui relève plus du pari mais qui au bout du compte n'exclut pas que le réel sera. Je serai mort ou vivant mais pas les deux à la fois...J'entends un chat qui miaule...on essaiera d'y revenir.

Ecrit par : P/Z | samedi, 17 novembre 2007

Comme je l'expliquais, la présence d'un trente tonnes au carrefour est un rajout tout à fait personnel à l'exemple du feu rouge. Rien n'atteste que ce camion va necessairement surgir. Si ça se trouve, c'est moi qui vais écraser un membre de la coordination étudiante roulant à vélib, et cette mise en galette ne sera pas forcément déplaisante.

Ecrit par : Slothorp | samedi, 17 novembre 2007

Avec un zest de patience, on doit pourtant pouvoir inculquer au passager papou les us et coutumes de la circulation parisienne, et de ce fait, déformer sa perception du réel. Cependant, on évitera de laisser le volant au papou daltonien, car on augmenterait alors significativement la probabilité de troquer quelques baffes contre une brève sensation de la réalité des lois inertielles (à quelle vitesse roule le 30 tonnes ?).
Enfin, sachant que Slothorp roule en limousine à vitres fumées, il conviendra d'attendre la prochaine pause pipi pour savoir si le papou miaule encore.

Ecrit par : Big Brother | dimanche, 18 novembre 2007

Pfiouuu, pointu.... Ca doit coûter un max' en temps et en argent pour ingurgiter toutes ces références... Hé man, le retour sur investissement, t'y as jamais pensé ?

Ecrit par : un ami qui vous veut du bien | dimanche, 18 novembre 2007

cher ami, la pensée c'est comme le vent soufflant des plaines de Tchernobyl : tant qu'on ne s'y attarde pas, ça ne coûte rien. La preuve : je roule en limousine.

Ecrit par : Slothorp | lundi, 19 novembre 2007

Certes, mais avec un bagout pareil, je connais plus d'un cab' de Ministre qui se damnerait pour te voir filer des jolis discours tandis que, loin des moulures et des ors, on casse du pauvre et du réfractaire.
Des limousines, tu en aurais trente (mais faudra sans doute penser à raccrocher ton snowboard) !!!
Toujours pas convaincu ?

Ecrit par : Mochecourt | lundi, 19 novembre 2007

J'arrive un peu tard, mais comme disait Cioran, le réel me donne de l'asthme....

A propos du mur du réel, Clément Rosset dit dans un autre livre que nous craignons toujours l'instant où le réel va rendre son "verdict" (que personnellement je prendrais au sens kafkaïen), même lorsque nous sommes a priori certains du résultat. Notre expérience de la réalité nous a prouvé que le réel le plus attendu pouvait au dernier moment être le plus inattendu, et que, comme dans un dessin animé de Tex Avery, le trente tonnes va arriver à gauche du carrefour et non à droite comme on le prévoyait - ce que toi, mon cher Guillaume, tu appelles "l'ouverture du possible" ou quelque chose comme ça (comme un club échangiste de Houellebecq !).
En ce sens, je suis tout à fait d'accord avec P/Z qui voit en toi un grand idéaliste qui fait des niveaux de réalité de véritables arrières-mondes, sinon de la matière une convention comme une autre. Rien à voir en tous cas avec la perception que nous donne l'ivresse. Là aussi, Rosset est formel. Rien de plus univoque, de plus singulier, de plus unique que le monde quand on est ivre. "Une fleur, c'est une fleur, je vous dis que c'est une fleur" répète l'ivrogne béat devant un vulgaire pot de fleur. Ce n'est pas double que nous voyons quand nous avons bu, c'est simple au contraire. Et c'est moins absurde qu'amoureux. Chacun sa théologie et son vin triste ou joyeux il est vrai...
Sinon, j'aime bien le mouvement comique de ton texte - entre sa première partie inspirée des deux sociologues et dont il ressort que le réel n'est qu'une construction matricielle aliénante (allo Néo ?) et sa seconde où le narrateur finit par rapporter ses vingt-quatre accidents (symboliques, j'espère) en vélib, sans compter le nombre incalculable de baffes qu'il reçoit de la part d'un autochtone, donnant là la meilleur preuve de ce que toute sa démonstration voulait outrepasser. Un peu comme Sganarelle qui voulait prouver à Don Juan les multiples possibilités du corps (donc de la création, du créateur) et qui tombait de cheval, donnant à son maître l'occasion de lui sortir la fameuse réplique : "Bon ! Voilà ton raisonnement qui a le nez cassé."
Cela dit, s'il s'agit d'écraser un étudiant de l'Unef, c'est une réalité pour laquelle je veux bien voter sans bulletin secret.

Ecrit par : montalte | jeudi, 22 novembre 2007

Montalte, au rapport (de stage) !!!

Ecrit par : ton bureau des stages | vendredi, 23 novembre 2007

Mon cher Montalte, je veux bien qu'on me juge idéaliste, mais c'est un peu tiré par les cheveux de la faire à partir de ce simple billet, où il n'est écrit nulle part que la matière est une convention comme une autre et où je ne me prononce pas sur l'existence d'arrières-mondes. Ce que je me contente de faire, c'est de mettre en exergue cette étrange maladie de l'esprit qui voudrait inférer à partir d'une soumission fatiguée au quotidien des considérations sur le réel.
Concernant l'état d'ivresse, j'ai bien lu ces pages de Rosset sur la découverte de l'unicité du réel qu'éprouverait l'ivrogne, et reste résolument en désaccord avec ces pages, aussi belles soient-elles. En quoi d'ailleurs ma perception sobre la verrait double ? Dans le cas où je suis saoul, je maintiens que la stupéfaction vient tout simplement de ce qu'on voit le réel autrement, c'est-à-dire justement détaché des conventions habituelles qui l'entourent au quotidien. La fleur n'est pas "une" fleur mais elle reprend des qualités que je suis incapable de lui prêter en temps normal, elle ouvre sur un niveau de réalité que je ne percevais pas jusqu'alors. C'est cela ce que j'appelle l'ouverture du réel : jamais forclos dans un sens auquel le quotidien voudrait le soumettre. Voilà pourquoi le feu rouge n'indique pas que je vais prendre un camion sur la droite ou sur la gauche. Il est à cet égard symptomatique que vous teniez absolument à ce que je me fasse écrabouiller pour ne pas respecter le code de la route, comme s'il fallait absolument venger ce quotidien. Et mon raisonnement, du fait même qu'il emprunte un petit tour fictionnel, ne peut pas être retourné contre lui-même sans prendre pour des faits attestés mes petits artifices narratifs. Evidemment, c'est cette même tournure d'esprit qui fait que toutes les conventions au quotidiens sont prises pour le tout du réel.
Que ce désaccord ne nous empêche pas d'aller boire pour célébrer les beautés de la réalité.

Ecrit par : Slothorp | lundi, 26 novembre 2007

D'autant qu'il vaut mieux être d'accord sur ses désaccords que le contraire - ce qui arrive plus souvent qu'on ne le pense et provoque des conflits sans fins.
Cela dit, et pour continuer à ferrailler un peu, il me semble que lorsque tu dis qu'en état d'ivresse "La fleur n'est pas "une" fleur mais elle reprend des qualités que je suis incapable de lui prêter en temps normal, elle ouvre sur un niveau de réalité que je ne percevais pas jusqu'alors. C'est cela ce que j'appelle l'ouverture du réel" et quand Rosset dit que l'ivrogne perçoit la fleur dans sa réalité radicale, il me semble que vous dites la même chose. Ce que tu appelles "ouverture du réel", il l'appelle, et moi avec lui, "réel" tout court. Et en effet, la plupart du temps, le quotidien et les conventions nous aveuglent et nous empêchent de voir le réel tel quel (à supposer que ce "tel quel" existe, car après tout même les qualités de la fleur peuvent être aussi des conventions, mais cela serait poser la question du beau : un coucher de soleil est-il beau par convention ou par nature ???????? ) - nous empêchent de s'ouvrir au réel en langage slothorpien. On pourrait d'ailleurs confirmer cette tendance de l'esprit humain à se prémunir de la réalité avec Montaigne (la coutume n'est qu'une seconde nature mais où est la première ?) et remonter même à Pyrrhon dont je me demande si tu n'es pas le plus fidèle disciple.
En même temps, la vertu de l'exemple de "ton" écrabouillement (à Dieu ne plaise) n'est là que pour limiter les promesses vicieuses de l'apparence. Le réel, c'est ce qui arrive, ou c'est ce qui est arrivé, plus que ce qui pourrait arriver comme tu sembles le penser. Pour autant, je suis d'accord avec ta belle définition de l'événement qui est "victoire d'une réalité sur une autre".
Au bout du compte, ce n'est pas tant dans la perception du réel que nous divergeons que dans l'état d'esprit qui le perçoit. Disons que pour "nous" (PZ ?, Rosset et moi), le réel relève de la perception alors que pour toi il relève de la volonté. Pour nous, le réel se constate, pour toi, il peut se construire. Bref, nous le recevons passivement et nous faisons avec, alors que tu le conçois comme une action, voire comme une force, sinon comme une révolution qui va nous faire, nous refaire ou nous défaire. Ce qui sur le plan politique te ramènerait "à gauche" et nous classerait "à droite". D'où notre "ressentiment" à ton égard (car rien de plus irritant pour celui qui se fait du réel une raison de voir un autre se faire du réel un possible) et notre "volonté" de te prouver, à toi qui veut faire du réel tant de choses, que celui-ci est méchant, imprévisibile et qu'il peut t'écrabouiller. Cela dit, tous les verres sont possibles.

Ecrit par : montalte | lundi, 26 novembre 2007

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