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jeudi, 18 octobre 2007

Mon époque

 

"Dans le roman, on peut se laisser aller"

Yves Simon, chanteur à sucettes et romancier à ménagères

lundi, 15 octobre 2007

Tourner les fantômes

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Qu’importe que le film d’Andrew Dominik se présente avec la conscience de sa propre monumentalité, comme si le vœu de son élection au panthéon cinématographique informait déjà ses prémisses. Qu’importe encore qu’on ne trouve rien de neuf dans cette forme hiératique faisant écho au cinéma américain des années 70. Les touches maniéristes s’imposent toujours pour qui vient après l’histoire d’une forme. Il serait donc malvenu de s’appuyer sur elles pour préjuger l’insincérité de leur auteur.

C’est d’autant plus vrai dans le cas présent qu’une grande partie du film même se déroule pendant une période où l’histoire semble justement s’épuiser. La conquête de l’Ouest s’achève, la frontière se stabilise, les livrets illustrés qui reprenaient la geste des bons et méchants de légendes jaunissent dans les cartons cachés sous les lits, et Mark Twain est un nom pour Européen, figé dans la muséification culturelle. Toute une vie est désormais passée sous la roue de l’industrialisation, abandonnant les derniers héros dans un entre-deux morbide où le temps s’étire jusqu’à se figer dans l’éternité d’un passage sans fin. C’est ainsi qu’une forme gagne son fond et que ce film s’élève au statut de grande œuvre.  Car ce qu’Andrew Dominik enregistre avec justesse n’est rien d’autre que l’état stupéfait de personnages perdus dans les eaux stagnantes du Styx. Le fleuve ici prend les contours de paysages enneigés aperçus brièvement à travers le verre trouble des fenêtres, opacité qui gagne jusqu’aux lentilles des objectifs de la camera dans ces scènes de souvenirs aussi vrais qu’escamotés. Extérieurs perdus et inquiétants, chargés d’une mort qui ne semble jamais venir mais plane comme une menace permanente.

Le reste qui compose la très grande majorité des plans se déroule en intérieur, circonscrit dans des lieux fermés qui n’ont pourtant rien d’un foyer, puisque la sécurité ne se trouve nulle part, puisque ces personnages sont tous déjà un peu morts, sans que cela puisse être attesté. Car la parole ne suffit plus, elle a tant à cacher dit un des compagnons de Jesse James : elle est aussi bien le trésor enfoui que la terre qui le couvre, poupée russe envahie de chausses-trappes dans lesquels chacun craint de sombrer pour finir par se balader dehors avec James, ce héros tragique qui vient porter la mort comme une médecine, faute de pouvoir connaître la sienne. Durant les trois-quarts du film, Andrew Dominik se paie donc le luxe (qu’il a fallu tout de même sept ans pour obtenir des Studios) de ne filmer que des conversations où rode une épuisante violence. Cela dépasse de loin le cadre du scenario, tant la mise en scène donne sens et dynamique à ces états en apparence statiques.  Tout filmer en longues focales pour écraser les arrières plans dans un lointain inquiétant et évacuer le reste du monde, c’est-à-dire l’histoire. Choisir un montage en champ et contre-champ non par goût du classicisme mais avec l’ambition de découper chaque scène de façon à ce que le plan soit chargé d’une violence en suspens : que se passe-t-il que nous ne voyons pas ? Ces hommes fatigués semblent ainsi parler dans le dos de l’autre. Voilà tous ces spectres qui recherchent la fin, et Jesse James qui la leur donne. Le bandit n’a plus d’autre raison d’être dans cette époque de mutation, et l’incarner c’est forcément l’aider à son tour à passer de l’autre côté.

C’est pourquoi Robert Ford n’est pas un apostat, mais un innocent, enfant chahuté par un pouvoir dont l’apparition tardive dans de brefs plans cérémonieux  inocule au film le poison du dégoût et de la trahison. Pauvre Judas, pauvre traître de l’histoire, double inversé.  Quand la mort de Jesse James est enfin consommée dans un plan où le reflet remplace la transparence trouble, Ford découvre deux choses : la perspective de focales plus courtes où se dévoilent enfin la scène et les rangées de spectateurs. La dernière demeure de Jesse qu’on croyait isolée dans la neige se révèle entourée d’une ville industrielle, et l’image remplace définitivement le langage, trop équivoque. Dans la dernière partie du film, le lâche Robert Ford flotte alors à son tour dans les eaux glacées du Styx, mais le monde a changé entre-temps. Il faudra attendre plus d’un siècle et deux heures quarante d’un film magnifique pour que son sourire de fantôme soit enfin rendu au royaume des morts. C'est la beauté du cinéma, tel qu’il nous travaille toujours.

 
 

jeudi, 11 octobre 2007

Ils sont partout

 

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 J'ai donc téléchargé le dernier album de Radiohead.

D'abord comprendre que ce groupe de pop music a cessé depuis plusieurs années de composer des chansons. Il propose en lieu et place de courtes pièces qui empruntent à différentes traditions de musique populaire contemporaine, le tout bien glacé dans l'emballage.

Ensuite, savourer une merveille, probablement leur meilleur album.

Mais tout de même, je suis chagrin. Je remarque en effet, après avoir acquitté deux livres et quarante-cinq pennies (c'est rat, j'en conviens, mais ils sont riches et je suis pauvre), que les auteurs d'un morceau intitulé "2+2=5" en référence à Orwell me demandent mon adresse et mon numéro de téléphone avant tout téléchargement. Franchement, qu'est-ce que ça peut bien leur foutre à ces popstars intergalactiques de mes couilles ? Ils veulent venir taper un boeuf dans mon deux pièces, peut-être ? Me proposer de filmer leur prochaine tournée à travers le monde en me jetant des billets verts à la tête ? Ou bien ils assument tout simplement les pratiques qu'ils dénoncent par ailleurs si délicatement, les lèvres pincées et le cul tortignolé sur un tabouret de piano en se pâmant comme des séraphins enchantés par leur propre talent d'artistes ?

La prochaine fois, je télécharge illégalement.  

 

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lundi, 08 octobre 2007

Une histoire française



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