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jeudi, 27 septembre 2007
Bref séjour culturel en Bavière
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dimanche, 16 septembre 2007
Chérie, où as-tu rangé mon fusil?
Pourquoi écrire encore ici ? Et à qui s’adresser ?
Je pourrais ruminer ces questions, en relever les contours, en explorer les anfractuosités, et présenter enfin ma carte comme un géographe revenu de ses voyages les malles chargées. Mais il est clair que s’interroger sur une forme de l’intérieur de cette forme même revient à tâter un corps mort. C’est pour cela que la télévision, aussi puissante soit-elle socialement, n’a plus rien à dire depuis qu’elle se pense comme son propre objet d’investigation. C’est l’âge baroque des formes culturelles, leur haleine de menthol et leur fard de morue, derrière lesquels fond la cire du temps.
Je me les suis pourtant posées, ces questions, mais simplement au regard du spectacle affligeant des comptes-rendus culturels qui inondent l’agenda. Abruti par le fantastique débordement d’articles, d’émissions et de colloques sur tel ou tel événement artistique, mon foie saigne pire que sous les flots d’un mauvais vin, me voilà confit dans cette graisse culturelle et franchement écoeuré à l’idée de participer à cet étalage de vulgarités, de locutions répétées sans crise, et d’idées communes.
(A moins d’être payé pour cela, bien sûr. On finit tout de même par apprendre de son environnement.)
Je pourrais alors y aller de mon petit étron ciselé sur le dernier film vu (La vengeance dans la peau, que je conseille à tous, ah ah), lâcher deux trois considérations qui n’auront d’intempestives que le titre, et puis me serrer la main comme on se branle avant d’aller au lit, coucouche bienheureux, bonne nuit les enfants, le Président veille sur votre sommeil. J’aurais ainsi filé mon obole à la plus parfaite entreprise d’asservissement des esprits puisque elle se donne dans le même temps comme une forme de libération. Car oui, jeune, il faut y croire : la culture libère, et l’art c’est de la transcendance en barrettes. Il faut y croire pour que le monde circule sans être emmerdé par nos angoisses de jeté-là, ces petites crises où l’on perd d’un seul coup le fil des habitudes, les habitudes étant le facteur de stabilité indispensable dans toute écologie humaine. Et la culture, pour ce que j’en vois, c’est de l’habitude atomique.
Mais comme l’usage nous veut aujourd’hui rebelle, nous désirons aveuglément le nouveau, le perturbateur à l’endroit même où ronronne le plus parfaitement la grande machinerie sociale.
Comment une telle contradiction a-t-elle été rendue possible ? C’est que nous sommes toujours prêts à détecter la bonne oeuvre culturelle de la mauvaise, la révolutionnaire de la conservatrice, comme si l’emprise du pouvoir était à débusquer dans la forme d’un événement culturel. Mais non. Une chose dont je suis plus en plus convaincu est que le contrôle ou la grande mutualisation des esprits ne se trouve pas dans une forme, mais dans l’apparition temporelle de cette forme. Il ne sert à rien d’analyser tel livre ou telle émission pour savoir de quel côté ils se situent, libération ou asservissement, mais le simple fait que nous en parlions tous au même moment réduit les possibles à une locomotive sociale. C’est à ce niveau-là que se joue notre paresse intellectuelle, dans la répétition des échanges et des sujets de conversation. Derrière la multiplicité des débats, se découvre l’illusion de nos différences et la certitude que nous chions tous les mêmes commentaires. Vraiment, quel ennui.
Être inactuel, c’est donc s’obliger à passer un concours de la fonction publique ou se clochardiser : pas le courage.
Autant dire que la culture est devenu le reflet de mes lâchetés.
La culture est absolument dégoûtante.
Qu’avons-nous fait de nos revolvers ?
Passons.
J’ai retrouvé cette idée, somme toute de bon sens, exprimée de façon nettement plus profonde et radicale dans un bref essai de Francesco Mati, paru en 2005 aux éditions Allia. Il est assez rare que je me retrouve dans une pensée dont je n’ai pas déjà fait le tour, soit que je n’y apprenne rien de nouveau, soit qu’elle soit suffisamment stupéfiante pour que je m’y découvre plutôt (cas le plus probable, étant impressionnable par nature). Avec Superstitions, c’est un territoire connu que j’ai pu arpenter mais quadrillé de telle façon que j’en découvrais tous les reliefs et toutes les profondeurs, comme mon pauvre esprit n’aurait jamais pu le faire seul.
Tlön remarquait il y a peu que ces livres fâchés avec le cours progressiste des choses (le genre nouveau réac, comme disent les gentils) nous confortaient paisiblement dans nos pensées mais laissaient froids ceux qui y étaient opposés. A lui, et aux autres intéressés par ce genre de problématique, je ne peux donc que conseiller le livre de Francesco Mati qui va bien au-delà de nos petites et souvent ridicules considérations énervées, tout en touchant en plein cœur. Ce faisant, je ne m’inquiète pas trop de participer à mon tour aux évènements culturels, puisque le livre est paru en 2005 dans une relative indifférence. En voici les premières phrases :
La culture façonne, par toutes ses expressions, une pratique de l’obéissance. Je l’identifie à la superstition, cette invention résolument moderne qui doit être comprise comme une abêtissante contrainte interne à croire que quelque chose doit être vrai.
Et, un peu plus loin :
Pourtant je ne m’attarderai pas sur l’odeur de décomposition qui émane des institutions de la culture. Je ne suis ni antiquaire ni nécrophile et je n’aime pas tripoter les cadavres. Je livrerai plutôt ici les prolégomènes à une histoire des effets de la culture moderne, qui peuvent se résumer à la connivence, jamais démentie, des évènements avec le cours du monde qu’ils croient constamment tenir sous la menace d’une révolution.
Mazette, quelle lecture. Pourtant la thèse de Mati me pose problème par sa radicalité. A ses yeux, c’est toute la culture moderne qui se trouve invalidée dans ses prétentions. Aucune œuvre n’y échappe, pas même celles qui joueraient profil bas, en tentant modestement d’échapper par quelques habiles pas de danse à l’étreinte du monde. Mati ne croit pas, par exemple, à la possibilité d’un art authentique contre une culture de masse. Ce en quoi il chie dans les bottes des situationnistes auxquels une lecture superficielle pourrait le rattacher. Mais alors quoi, il ne resterait donc rien ? j’en étais là de mes interrogations quand cette problématique a croisé la lecture du merveilleux petit livre de Enrique Vila-Matas, Docteur Pasavento. Le narrateur est un écrivain fasciné par les figures d’auteur ayant disparu, particulièrement Walser et Pynchon. Son obsession prend une tournure telle qu’il décide à son tour de disparaître. Mais cette éclipse de plus en plus prononcée suppose qu’il cesse d’écrire alors que tout son projet était avant tout d’ordre littéraire. Comment donc sortir de cette insupportable contradiction qui nous voudrait voir écrire ce qui ne s’écrit plus, c’est-à-dire agir contre l’action elle-même ? Comment être dans la culture en la dégueulant tout de bon ?
L’auteur de ce billet, qui vient tout de même de citer deux livres tout en éreintant le procédé, n’a bien sûr pas de réponse à fournir.
Il s’en désole.
Toutes idées bienvenues.
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mardi, 04 septembre 2007
auto-portrait en vieux con
01:27 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note