vendredi, 08 juin 2007
Bilocution ?

Avec ces presque vingt années qui séparent les deux éditions, la taille du nom a pris ses quartiers, un nom désormais placé en avant, conquérant, étalé sur la couverture comme une marque réputée et un véritable signe adressé à la foule des lecteurs de passage. Pynchon n’existe pas vraiment, puisqu’il abandonne des traces sans habiter de corps médiatique, et se présente désormais comme une signature au vif argent sous les sunlights du marché littéraire. Mais demeure cette ambiguïté : quel phénomène recouvre au juste cette modification typographique ? S’agit-il comme on le croit primitivement de signifier la réputation désormais acquise en France de l’auteur américain, ou n’est-ce pas plus largement la simple conséquence de la personnification du milieu littéraire ?
Bien sûr, le vaste mouvement ironique d’une époque qui sait si bien avaler son misfit fait qu’on puisse se poser cette question pour un auteur ayant très vite fait le choix non de la réclusion, mais de son anonymat. Peut-être pensait-il par là laisser libre cours à cette poitrine pleine de chants et de paroles qui tonne et vocalise les êtres jetés dans les vagues de l’histoire. L’auteur aurait alors dû rester effacé derrière l’œuvre dont la patiente concrétion ne propose pas moins à ses lecteurs que la carte spatio-temporelle d’un outre-monde culminant frontalement dans les visions réfractées de son dernier roman.
Cette nouvelle typographie laissée là sans manière ni fanfare signerait alors la digestion par la machine productive d’une singularité littéraire poussée héroïquement à ses extrêmes. Mais tant que les lecteurs existent, il ne faut rien céder.
18:35 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
Commentaires
Ce qui est frappant c'est la laideur de la nouvelle édition. Mais le Seuil semble avoir pris cette mauvaise habitude. La réédition de certains titres dans la collection de poche Points en est exemplaire (couverture avec frises cuculs digne des titres Harlequin)
D'autres pièces au dossier.
1) http://www.waste.org/pynchon-l/grcovers.html
2) http://www.sporadikos-logos.org/ficiones/archives/2006/05/happy_birthday.html
3) http://www.ottosell.de/pynchon/newcover.jpg
Ecrit par : Tlön | samedi, 09 juin 2007
Deuxième te dernier essai
Ce qui est frappant c'est la laideur de la nouvelle édition. Mais le Seuil semble avoir pris cette mauvaise habitude. La réédition de certains titres dans la collection de poche Points en est exemplaire (couverture avec frises cuculs digne des titres Harlequin)
D'autres pièces au dossier.
1) http://www.waste.org/pynchon-l/grcovers.html
2) http://www.sporadikos-logos.org/ficiones/archives/2006/05/happy_birthday.html
3) http://www.ottosell.de/pynchon/newcover.jpg
Ecrit par : Tlön | samedi, 09 juin 2007
Cette nouvelle couverture est effectivement une horreur, le traitement du nom, hideux. Si l'on peut à la rigueur comprendre le lien entre l'illustration et le récit (quelque chose qui se résumerait aux mots "tumulte", et peut-être "guerre") ce "glow" (navré, j'ai oublié le terme francophone) autour de "Thomas Pynchon" est à vomir.
En tout cas, je ne connaissais pas cette histoire de traduction. Soyez remercié.
Ecrit par : Frenesi | mardi, 12 juin 2007
Frenesi, c'est Claro qu'il faut remercier pour ce très interessant blog où se donne un aperçu sur son travail de traduction.
Ecrit par : Slothorp | mercredi, 13 juin 2007
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