jeudi, 12 avril 2007
Paris, Budapest, et retour.

Vendredi. C’était les dernières heures d’un tournage plus complexe que prévu, démarré trop tôt, préparé à la hâte, mais heureusement achevé dans les temps grâce à l’énergie de Breillat, plus charmante que jamais. J’allais partir, prendre un avion, filer à l’anglaise. Une mariée de cinéma riait sous un soleil de 18 Kwatts, des hommes s’affairaient à démonter des tours de métal, et Giury me passait ce coup de fil que je n’attendais plus. Un numéro de portable, un rendez-vous fixé pour le lendemain. J’allais acheter un enregistreur en catastrophe, retrouver Marianne, prendre l’avion, et griffonner quelques questions, jetées sur un papier dans l’espoir de fixer tout de même un cadre à l’entretien.
A 23 heures, je posais mes affaires dans l’appartement désert, après avoir traversé Budapest et ses flaques de lumières, à l’arrière d’un taxi conduit par un kakou coupe mulet filant à 120 km/heure dans les avenues désertes de Pâques. Dormir ? Un ou deux verres quand même, au pied de l’immeuble gris.

J’appelais donc le lendemain au numéro convenu, sa voix tranchante au bout du fil, il n’avait pas beaucoup de temps, le film à terminer pour Cannes, alors ce serait quinze minutes à peine, soyez aux Studios à 13h précises. On franchissait le Danube, passait devant le quartier de l’Opéra, abandonnait la densité noircie des bâtiments du XIXème siècle pour s’enfoncer dans les rues assoupies du 14ème arrondissement. A l’accueil, un préposé en uniforme nous indiquait mornement le chemin à travers les bâtiments de l’ancienne radio-télévision d’Etat, où s’étalent désormais quelques petites sociétés de production, des studios de mixage et des lieux de tournage pour une des deux chaînes privées.
A treize heures apparaissait sa silhouette noire, nous faisions les présentations, quelques mots en hongrois échangés avec Marianne, puis il nous invitait à le suivre dans un studio de bruitage. Les premières images de son dernier film, donc, reconnaissables entre toutes, noir et blanc contrasté, décor de bar désert, un homme claudique, on reconnaît un de ses comédiens habituels, et le bruiteur qui claudique en rythme, mais Bela ne semble pas satisfait, se tourne vers sa compagne Agnes pour guetter son avis, non, ça ne va pas, le son n’est pas naturel. J’ai la confirmation que le cinéaste n’utilise pas de son direct. La scène a été tournée à Bastia, mais ce pourrait être dans un village des plaines hongroises tant le regard n’a pas bougé, comme il le confirmera au cours d’une interview où il se montrera affable, ouvert, et particulièrement résolu. Pendant quarante minutes d’une discussion en anglais et hongrois, Marianne jouant les interprètes, il parlera avec Agnes de leur dernier film tant leur collaboration semble étroite, de ses méthodes de cinéaste, et de sa détermination comme réalisateur, et désormais producteur, à proposer des oeuvres échappant à l’étau industriel.
Puis deux jours qui filent, des amis à voir, un projet à mettre en place, l’amour du cinéma qui se revivifie, car il suffit d’un grand cinéaste pour le justifier de nouveau, et s’éloigner des habitudes françaises paralysantes.
Mardi. Je retourne sur Paris, seul dans l’avion, la place de Marianne vide. Bela Tarr l’a appelée pour un test sur la voix du personnage d’Henriette. Je l’imagine récitant son texte sous les indications du réalisateur. Un bébé crie dans l’habitacle.
Alors, saluer les vivants, et embrasser les morts.

Commentaires
Oh ! La main de Victor Lanoux !!!
Ecrit par : y'en a deux qui suivent... | jeudi, 12 avril 2007
Il s'agit plutôt, crois-je, de la doublure main de Victor Lanoux.
Ecrit par : F.H. | samedi, 14 avril 2007
GVS, le rejeton américain de Béla Tarr, rencontré en plein mixage de son dernier film (en lice aussi à Cannes) me disait que techniquement, c'était un vrai cauchemar. Les sons ambiants ont tendance à absorber la voix des acteurs. Quand le film est livré, tous ces éléments sont séparés. Et il s'agit de les réassembler. Ce qui ne satisfait guère le réalisateur qui recherche, comme Tarr, la vérité du son naturel. Sans quoi, le film, selon lui, fait fim d'étudiant.
En tout cas, merci pour le récit de tes aventures hongroises qu'on attendait fébrilement.
Ecrit par : sandrine | samedi, 14 avril 2007
"après avoir traversé Budapest et ses flaques de lumières"... "dans les avenues désertes de Pâques."
C'est beau, c'est de l'antique (comme dit Bardamu).
Ecrit par : OrnithOrynquOslipnOirluiilsecOMprend | dimanche, 15 avril 2007
"Il s'agit plutôt, crois-je, de la doublure main de Victor Lanoux."
Encore un qui n'a rien compris à la magie du cinéma... Technicien !
Ecrit par : la doublure oreilles de feu Philippe Castelli | dimanche, 15 avril 2007
Tu écris comme un homme...
Ecrit par : Marie B | lundi, 16 avril 2007
Quant à moi, j'en parlais hier avec JBR, le rejeton porno d'Eric Rohmer (selon Th. Jousse). Il semblerait effectivement que tout soit dans la bande son. Enfin, plus dans la bande que dans le son...
Ecrit par : Nagra | mardi, 17 avril 2007
Vive le cinoche, qui a réussi à nous faire croire que ce bon vieux Totor est doté de paluches à faire pâlir un cantonnier (lui qui les a petites et velues...) !
Ecrit par : la doublure de ton imper | mardi, 17 avril 2007
Ah, non, non. Je les ai grandes, lisses et vertes.
Ecrit par : Slothorp | mardi, 17 avril 2007
Je crois qu'il fallait comprendre que c'était le Lanoux qui les a petites et velues. Les cantonniers - c'est bien connu - les ont grandes (toujours), vertes (souvent, surtout lorsqu'ils portent des gants verts) et lisses (plus rarement, on en rencontre néanmoins chez les représentants de la variété chef-de-chantier ou contremaître).
Ecrit par : peau lisse au cul | mardi, 17 avril 2007
... Totor étant le diminutif de Victor, me semble-t-il ... C'est sans doute votre diminutif "Thothorpe" qui vous induisit en erreur (même si j'aurais plutôt tendance à vous hypocoristiciser en "SloSlo").
Ecrit par : plc | mardi, 17 avril 2007
Et à qui c'est cette grande mimine qui va s'abstenir de glisser le bu-bulletin dans la nunurne dimanche ?...
Ecrit par : hyug | mardi, 17 avril 2007
"Cantonnier quelque part, c'est toujours un hasard..."
Ecrit par : Maxime | mardi, 17 avril 2007
OPA sur le blog de Slothorpe ?...
Ecrit par : tutur | jeudi, 03 mai 2007
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