jeudi, 22 mars 2007
Campagne

A cela on objectera que la politique n’est pas une affaire de détails physiques, et qu’une campagne présidentielle est ce moment démocratique où les conflits se résolvent par le débat et le choix d’un homme incarnant un projet, un programme, une vision ou une révolte, selon ses placements.
Je réponds que rien ni personne n’a contraint ce nabot à porter des talonnettes de drag-queen si ce n’est le souci de s’élever dans une société d’images et de représentations. Ce type pense nécessaire de se grandir de dix centimètres pour se présenter devant l’électorat. Je me sens donc le droit de ne voir en lui que le pathétique éternel fayot pour qui la conquête du pouvoir répond à un désir d’extension de son pénis.
Et le reste n'a au fond aucune importance.
dimanche, 18 mars 2007
Dimanche

lundi, 12 mars 2007
Alerte disparition

Au grisâtre réveil qui a suivi la sympathique soirée chez un voleur d’âme (où les bayrouistes n’étaient plus très loin de subir un sort plumes et goudron), je me suis retrouvé inexplicablement avec une pince à cheveux dans la poche droite de mon manteau.
Si d’aventure la propriétaire de l’objet photographié ci-dessus devait y attacher une valeur sentimentale quelconque, qu’elle n’hésite pas à se manifester en prenant contact avec moi.
C’est ce qui s’appelle un objet transitionnel pour grand gamin.
vendredi, 09 mars 2007
Des relations triangulaires, du métro, et de Baudrillard
La télévision est une pensée qui s’efface mais ne cesse de couler, comme ces fontaines artificielles qui meublent les pièces de séjour des employés à la retraite. A simplement l’écouter, on pourrait croire qu’elle se fait l’écho des débats d’un pays, tant sa fabrique est une pièce montée de rapports conflictuels, mais le gâteau se révèle en carton et les mariés grosjean comme devant. Plus elle se sait vide, plus elle crée de l’artifice et croit se faire l’écho de disputes qui n’existent pas. Derrière le bruit blanc des passes d’armes s’avance la sidération abrutissante de notre communauté humaine, sous perfusion de rêves de bonbonnières, de séjours au soleil, et de fesses photoshopées. La parole publique qui voudrait assommer le moi souffrant de ses jérémiades de Cassandre en même temps que le soigner, ce qui revient au même puisqu’il n’y a rien de plus doux pour le malade que de s’entendre dire qu’il a raison de souffrir, cette parole publique n’est qu’une chanson d’arrière-fond venue distraire le camé des effluves stupéfiantes que la télévision diffuse dans son cerveau. Et cette drogue, que nous croyons à seul effet de nous endormir dans les bras de la paix sociale, pouponnés au royaume de l’hypermarché, est une pensée. La télévision pense, et cette pensée noie le réel. Mais à vouloir traquer son pouvoir au travers de grands concepts (le Politique, le Sujet, la Communauté…) on s’escrime en vain. La télévision est liquide, distrayante, anecdotique. C’est donc dans l’anecdote qu’elle se saisit le mieux.
Cette séquence est tirée de l’émission du 26 février dernier. Le principe, comme pour les autres candidats à l’élection présidentielle était de mettre en face en face l’homme politique et un panel de gens d’en bas, ou de téléspectateurs, ou de citoyens, bref, de moutons et de veaux à qui l’on prêterait le don de parole. Avoir un singe qui joue aux échecs fait croire au propriétaire qu’il est Kasparov, mais il ne reste qu’un dresseur de macaque.
Le chapiteau dressé était simple. D’un côté le candidat, debout derrière un pupitre, en orateur tour à tour élève et pédagogue. De l’autre, le public assis dans ce qui ressemble à une arène, manière d’agora pour signifier en couleurs TF1 bleu-rouge le chaudron démocratique. Enfin, sur le côté, l’intercesseur modeste, passeur de plat discret à la mine humble, le journaliste. C’est un Ppda tout sourire, en charmeur contrarié, timide à pas feutrés dans ce grand débat démocratique qui tient le rôle d’une télévision modeste et transparente. Il s’agit ici de mettre un homme face à des électeurs, et le média n’est que le transmetteur de ce rendez-vous fondamental de la Vème république. Ainsi le journaliste est-il un homme de touche, visible mais non central dans le dispositif.
La mise en scène se fait au diapason, en quelques plans qui organisent un découpage ultra classique de champs, contre-champs et plans de coupe pour recadrer l’ensemble.
Soit le plan d’ensemble qui rend compte de la scène démocratique :

Le candidat face aux Français qui écoutent, posent des questions, interviennent sur le mode de l’assemblée délibérative. A noter que le journaliste se trouve à la droite du candidat comme nous le voyons dans cet autre plan, général celui-ci :

Le même contre-champ élargi place le téléspectateur en situation de citoyen participant au forum :

Ces plans d’ensemble permettent des respirations dans le rythme mécanique des champs contrechamps filmés en plans serrés sur les différents protagonistes. Les plans serrés mettent en valeur les discours proférés en se focalisant sur celui qui les tient.
D’abord, le candidat :

Face à lui, un mouton, un singe ou une jolie fille, c’est-à-dire le public :

(A la voir, nous sommes prêts à lui accorder nos indulgences, et à rétablir notre jeunesse sur son trône de poussière).
Enfin, n’oublions pas la courroie de transmission, simple messager, tout à tour médiateur du Tiers-Etat ou clairon des décisions gouvernementales, mais à jamais animateur de l’espace public, le journaliste :

Mise en scène triangulaire, donc. N’importe quel amateur vidéaste sait alors que son découpage doit impérativement tenir compte de la direction des regards pour rendre lisible la situation des différents personnages. Une perte de repères spatiaux rendrait immédiatement le discours inaudible. Par exemple, si la jeune fille posait sa question en regardant sur sa gauche (à droite du cadre, donc), on attendrait une réponse du journaliste plutôt que de Bayrou. Les champs contre-champs doivent ainsi suivre trois axes définis : Bayrou – PPDA, PPDA-la jeune fille, la jeune fille-Bayrou. Tout changement d’axe nécessite l’intervention d’un plan de coupe (un des plans d’ensemble du plateau) ou un changement de direction de regard (par exemple Bayrou répond à la jeune fille, puis se tourne vers PPDA et on peut alors enchaîner sur un plan serré du journaliste qui regarde Bayrou).
La convention est donc simple, et la mise en scène pourrait être réglée par des machines. Mais cela suppose que la télévision représente un dialogue, ou un jeu de questions et réponses. Or, ce n’est pas qu’elle représente autre chose, c’est juste qu’elle ne représente rien. D’où la trangression de la règle de mise-en-scène établie auparavant.
Cela commence par cette toujours aussi délicieuse jeune fille, censée écouter la réponse de François Bayrou à qui elle venait de poser une question. Elle se pince les lèvres, sourit, minaude, mais surtout, oublie de regarder son interlocuteur, comme on le voit dans le plan suivant (en noir sa direction de regard, en blanc celle que la mise en scène attend d’elle) :

Là, elle regarde sur sa droite, comme absente au discours de Bayrou dont elle n’a visiblement que faire. Mais elle n’est pas la seule dont la direction de regard un brin anarchique manifeste une attention flottante. L’immense professionnel qu’est PPDA semble à son tour atteint de strabisme divergent, comme on peut le découvrir dans ce plan furtif :

Très vite, l’homme-tronc se recadre :

Mais il est trop tard. Il est désormais clair que le Béarnais du centre parle dans le vide et que public comme journaliste n’écoutent pas ses réponses. Cette mise en scène du dialogue est une pantalonnade. Mais que peut voir le spectateur alors ? Quel est l’objet d’attention qui semble occuper l’esprit du journaliste et de la jeune fille ? Car il est évident que leurs directions de regard sont orientées vers le même objet.
Revenons au plan d’ensemble qui ramènera dans le cadre ce qui était resté jusqu’ici hors-champ :

D’après le plan de la jeune fille, l’objet se trouve à la gauche du candidat. D’après le plan du journaliste, il est aussi derrière lui. Plus de doute possible alors : nos deux cancres regardaient l’écran qui se trouve à droite au fond du plateau et retransmet ni plus ni moins que l’image de la jeune fille. Cette dernière se regarde comme dans un miroir avec l’expérience supplémentaire qu’elle se sait à son tour regardée par des millions de téléspectateur, d’où les lèvres pincées, le sourire, la tête penchée, les seins qui poi… Pendant ce temps, notre modeste et si précieux journaliste la reluque comme le vieux beau séducteur luisant qu’il est.
De cette brève et légère analyse, nous pouvons donc retirer trois leçons, et un grand principe.
Leçon n°1 :
La parole politique est d’un ennui mortel à la télévision.
Leçon n°2 :
Les regards ne s’y portent pas directement. En multipliant la présence d’écrans, ils passent par une image tierce pour éviter d’avoir à soutenir le regard de l’autre. C’est là une attitude que les usagers de métro connaissent bien. Combien de jeunes filles ai-je ainsi pu observer alors que leurs traits délicats semblaient se fondre dans les vagues sombres des vitres où je les buvais ?
Leçon n°3 :
L’anonyme citoyen spectateur qui se retrouve sous les feux de la rampe par la volonté de fer des apôtres capitalistes de la télé-réalité n’a rien à nous enseigner, pas plus qu’il n’a à apprendre lui-même. Dans un jeu spéculaire infini, il s’observe en train d’être scruté par des millions d’yeux qui le voient se mirer.
Et le grand principe se soutient de ce simple constat que la télévision ne représente rien, puisque en additionnant les simulacres et en les faisant proliférer dans un espace entremêlé de public et de privé, elle ne recouvre plus le réel mais le crée. La télévision est donc la réalité, et cette réalité est un vide spéculaire.
Eteignons nos postes.
Cueillons les fruits de nos vergers.
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dimanche, 04 mars 2007
Debout les morts !
"Car oui, je suis un Européen. Je le suis par toutes mes fibres, par toute mon histoire personnelle. Je le suis pour mes grands parents, juifs polonais qui ne parlaient pas français, qui ont dû leur salut face à la barbarie nazie à des justes corréziens, je le suis pour mes parents, pour ma mère, qui a survécu à cette tragédie, pour mon père, qui a fui les totalitarismes successifs, fasciste et communiste, qui ont ensanglanté son pays natal, la Roumanie, pour eux tous qui savaient qu’il n’y avait d’autre voie, pour en finir avec ces fléaux, que l’Europe, que l’Union par la réconciliation."
Il y a , chez les opportunistes, cette maladie de l'intellect d'aller réveiller leurs morts pour leur fournir toutes les mauvaises justifications nécessaires.
Alors que nous ne cessions, enfants, de faire mourir nos grands-parents afin d'expliquer nos absences à l'école, rendus à l'âge adulte, les esprits aussi faibles que laborieusement généreux n'aiment rien d'autre que de faire cavaler Pepé et Mémé sous les balles nazies ou dans les goulags pour se decerner à eux-même des brevets de courage et des médailles de bonté. C'est ainsi que Moscovici nous apprend qu'il faut être juif et koulak pour être européen, et qu'être européen l'autorise à se désister prestement de son mandat éléctoral au parlement de Bruxelles.
Au non de mes grands-parents resistants que je vois chaque nuit en rêve remonter leur pantalon de traviole sous le feu nourri de la barbarie SS, j'imagine donc qu'il me sera toléré quelques rapines, forfanteries, fourberies, et même éventuel dérapage fasciste.
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jeudi, 01 mars 2007
Audit des comptes
Suite à mon billet d'humeur sur le dossier des Inrockuptibles consacré au cinéma français, je ne reçois plus le magazine depuis deux semaines.
Ce blog n'est donc pas tout à fait inutile.
(He, les gars et les filles des Inrocks, vous n'avez pas intérêt à ponctionner encore mon maigre compte courant pour payer vos lampadaires chez Habitat !)