samedi, 24 février 2007
week-end

vendredi, 23 février 2007
Je suis nuance
Sur les conseils de Juliette, je retournais dernièrement dans une salle obscure découvrir un film wallon, mais français, mais wallon, un film avec accent, et parfois non, mais qui sentait bon le programme cultureux chiatique, comme on peut en désespérer les soirs que Dieu nous offre à lâcher son billet de spectacle pour traîner des jattes dans les bars alentour. Grâce soit rendue à cette fille (je suis en dette, mais les sentiments pour elle naissaient libres), aux orties mes dégoûts du moment : « Nue propriété » de Joachim Lafosse vaut le coup d’œil, à neuf euros dix la passe quand Marianne oublie son porte-monnaie et qu’il faut bien s’y substituer.
Un film pas mal, c’est déjà cela. Où les zones d’urticaire sont presque absentes, et qui réussit ses derniers plans, des plans fixes, comme on dit d’un regard, ou d’une obsession, où nul ne lâche ses personnages pour des raccords mouvements mille fois vus et épuisés. L’action, ici, ce sont des corps, et les corps, des acteurs qui jouent à n’être plus que cela, des poignets cassés sur une table de ping pong, un mouvement de rein, une main sur la chatte, poncer des portes, tirer sur des rats, détourner un regard, et manger comme un porc devant sa mère la pute.
C’est effrayant ce qu’ils peuvent mal se parler dans ce film, mais c’est déjà pas mal d’exprimer quelque chose dans ce genre auteur rachitique où d’habitude trois connauds ferment leur gueule en chiant des crampes sur des murets de misère. Ici, ça gueule et ça claque pendant que l’autre détourne son regard de chien battu fatigué de renifler ses couilles froides.
Après l’ennui des films elliptiques, on ne s’en plaindra pas.
Et même I. Huppert finit par être émouvante avec ses hanches d’anorexique et son visage de cresson, bien qu’elle ne sache pas tenir une poele et encore moins repasser un tee-shirt. Peut-être avait-elle fait venir sa bonniche personnelle pour jouer les coachs de tournage mais non, les gestes restaient faux, empruntés, des gestes de comédienne qui faisaient tâche dans le décor. On a beau savoir balancer un texte, avec les pauses qu’il faut, et les regards bien placés (quelle technique quand on l’observe !), n’empêche que rien n’y fait : c’est toujours le salon cossu bourgeois qui déboule chez le petit indépendant quand on ramène ce genre de tête d’affiche. Quand elle caressait le ventre flasque de son amoureux, on voyait bien qu’elle ne l’avait jamais fait, et qu’elle en avait presque peur. Alors on plaignait l’autre acteur, un bon con de flamand.
Et puis, quand le film se vidait, faute d’argent, les plans de coupe fleurissaient comme de la mauvaise herbe. Le plan de coupe, c’était un fétiche du petit film d’auteur franchouillard, à filmer des jardiniers en train de biner leurs géraniums, ou des types qu’avalent leurs verres comme si ils étaient en train d’atterrir sur la lune. Heureusement, la dramaturgie avançait masquée, bien tenue en laisse, mais aboyeuse et pas vilaine, pour s’achever sur une simple phrase, qui soulageait, qui soulageait infiniment mais ne réparait rien.
Et le monde pouvait courir à ses cendres.
Donc, Nue propriété, de Joachim Lafosse, qui peut tourner malin, ou passionnant.
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mercredi, 21 février 2007
Le pourquoi d'un bordel de campagne (ou quelques éléments justifiant un comportement vampirique, ou prédateur)
Il m'a fallu des années pour le comprendre : vivre dans son époque en restant inactuel exige une énergie considérable, surtout quand vous ne bénéficiez d'aucune rente.
Pour la paix du corps, mieux vaudrait s'abandonner aux fétiches du moment. Pour celle de l'esprit, il faudrait se faire ermite.
Mais vouloir connaitre les deux dans un même mouvement, c'est entrer en guerre.
Les consolations sont alors en retour.
18:54 Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
jeudi, 15 février 2007
Je suis centriste

On les connaissait médiocres, auto-satisfaits, et les voilà maintenant ouvertement geignards (1). Dans le dernier numéro de cet hebdo pourri qui vous réabonne d’office sans vous demander votre avis, un journaliste leur déroule un tapis de larmes et joue leur pleureuse. Misère des producteurs de cinéma indépendant en France : le système de financement du cinéma français les colle chaque jour un peu plus contre le mur. Pensez, écrit notre enquêteur, « tel producteur de premier plan n’aurait plus de téléphone portable ». Sans blague, je peux toujours lui en prêter un vieux pour appeler son dealer de coco. Franchement, qu’est-ce qu’on en a foutre qu’ils n’arrivent plus à monter leurs films neurasthéniques bourgeois ? Ces types ont connu une décennie qui apparaît aujourd’hui pour ce qu’elle était : une parenthèse heureuse. Pendant toutes les années quatre-vingt dix, les responsables cinéma de Canal + (la chaîne qui ricane) tendaient leur bras pour sortir quelques billets d’un saladier de pognon offert par le porno et le retard français en matière de chaînes de télévision. Un producteur débrouillard muni d’un scénario qui pouvait encore faire frétiller les copains de l’avance sur recettes passait un coup de fil et avait sa réponse dans les deux jours qui suivaient. C’était la fête du franc, un autre siècle, une bonne blague de nantis. On fabriquait des premiers films à la chaîne. Qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Rien. Quasiment pas un cinéaste à retenir, à peine quelques films dont on continuera de parler dans quelques années. Ceux qui se plaignent aujourd’hui sont les mêmes qui ont eu toutes les opportunités dix ans auparavant et les ont systématiquement gâchées. Pourquoi devrait-on aujourd’hui recueillir leurs larmes de pauvres riches déclassés ? Allez, coup de pied au cul, tintin balayette, dehors !
Pour éviter d’assumer le pathétique spectacle de leur incurie, les voilà qui désignent leur bourreau : la télévision. Allons bon, chers petits, c’était bien elle qui vous nourrissait autrefois. Vos téléfilms vertébrés par les misères morales de pisseuses hystériques et d’étudiants transis de froid devaient moins leur existence au public clairsemé des salles obscures qu’à quelques généreux mécènes dépensant l’argent public sur des chaînes de télévision. Certes, je ne vais pas défendre la descente morale que dévalent aujourd’hui les argentiers du cinéma en finançant un cinéma de gaudriole dont tous les Français avec un peu de mémoire chieront de honte dans quelques années (mois ?). Mais je n’oublie pas qu’une cinématographie nationale ne tient le coup que par son centre : à la fois le public et l’exigence artistique. Dériver vers le populaire le plus rance et patriotico-saucisson qui soit interdit tout cinéma de qualité pour réduire les films alternatifs à des situations de niche, c’est à dire à de l’art pour musée. C’est bien ce vers quoi nous allons. Mais inversement, une pratique autistique et auto-centrée du cinéma d’auteur oblige le cinéma populaire à sortir la grosse armada du populo crasseux pour éviter à l’ensemble de l’industrie de couler. C’est ce qui s’est passé dans les années quatre-vingt dix, quand nos geignard s’illusionnaient en pensant fermement pouvoir rouler en jaguar avant d’aller déjeuner avec Serge Toubiana. Résultat : l’un d’entre eux a aujourd’hui perdu son portable. De toutes façons, s’il devait l’allumer, il tomberait sur la diffusion d’un film de Christian Fechner, producteur richissime revenu des limbes esthétiques (les Charlots) par la simple volonté de l’époque.
Voilà ce que j'aurais aimé lire dans un dossier sur le cinéma français : cette incapacité à produire un cinéma du centre. Au lieu de quoi, on ne fait que relayer les chouinements des producteurs indépendants. Journalisme de connivence, comme toujours dans ce pays, puisque les enquêtes sont menées verre à la main dans des soirées où toutes ces personnes se retrouvent, persuadées peut-être que le public des salles attend fébrilement leurs prochaines productions. Mais le public s'en fout, tant qu'on ne lui administre pas des claques.
(1) Non pas que je ne me plaigne jamais : les temps sont vraiment durs, camarades. Mais je n'ai pas gouté l'époque opportune que certains ont pu vivre. Et il faut aussi bien admettre que je suis en partie responsable des éventuels (probables?) échecs que j'aurais un jour à connaître.
vendredi, 02 février 2007
La route de la merde
02:55 Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note