vendredi, 23 février 2007
Je suis nuance
Sur les conseils de Juliette, je retournais dernièrement dans une salle obscure découvrir un film wallon, mais français, mais wallon, un film avec accent, et parfois non, mais qui sentait bon le programme cultureux chiatique, comme on peut en désespérer les soirs que Dieu nous offre à lâcher son billet de spectacle pour traîner des jattes dans les bars alentour. Grâce soit rendue à cette fille (je suis en dette, mais les sentiments pour elle naissaient libres), aux orties mes dégoûts du moment : « Nue propriété » de Joachim Lafosse vaut le coup d’œil, à neuf euros dix la passe quand Marianne oublie son porte-monnaie et qu’il faut bien s’y substituer.
Un film pas mal, c’est déjà cela. Où les zones d’urticaire sont presque absentes, et qui réussit ses derniers plans, des plans fixes, comme on dit d’un regard, ou d’une obsession, où nul ne lâche ses personnages pour des raccords mouvements mille fois vus et épuisés. L’action, ici, ce sont des corps, et les corps, des acteurs qui jouent à n’être plus que cela, des poignets cassés sur une table de ping pong, un mouvement de rein, une main sur la chatte, poncer des portes, tirer sur des rats, détourner un regard, et manger comme un porc devant sa mère la pute.
C’est effrayant ce qu’ils peuvent mal se parler dans ce film, mais c’est déjà pas mal d’exprimer quelque chose dans ce genre auteur rachitique où d’habitude trois connauds ferment leur gueule en chiant des crampes sur des murets de misère. Ici, ça gueule et ça claque pendant que l’autre détourne son regard de chien battu fatigué de renifler ses couilles froides.
Après l’ennui des films elliptiques, on ne s’en plaindra pas.
Et même I. Huppert finit par être émouvante avec ses hanches d’anorexique et son visage de cresson, bien qu’elle ne sache pas tenir une poele et encore moins repasser un tee-shirt. Peut-être avait-elle fait venir sa bonniche personnelle pour jouer les coachs de tournage mais non, les gestes restaient faux, empruntés, des gestes de comédienne qui faisaient tâche dans le décor. On a beau savoir balancer un texte, avec les pauses qu’il faut, et les regards bien placés (quelle technique quand on l’observe !), n’empêche que rien n’y fait : c’est toujours le salon cossu bourgeois qui déboule chez le petit indépendant quand on ramène ce genre de tête d’affiche. Quand elle caressait le ventre flasque de son amoureux, on voyait bien qu’elle ne l’avait jamais fait, et qu’elle en avait presque peur. Alors on plaignait l’autre acteur, un bon con de flamand.
Et puis, quand le film se vidait, faute d’argent, les plans de coupe fleurissaient comme de la mauvaise herbe. Le plan de coupe, c’était un fétiche du petit film d’auteur franchouillard, à filmer des jardiniers en train de biner leurs géraniums, ou des types qu’avalent leurs verres comme si ils étaient en train d’atterrir sur la lune. Heureusement, la dramaturgie avançait masquée, bien tenue en laisse, mais aboyeuse et pas vilaine, pour s’achever sur une simple phrase, qui soulageait, qui soulageait infiniment mais ne réparait rien.
Et le monde pouvait courir à ses cendres.
Donc, Nue propriété, de Joachim Lafosse, qui peut tourner malin, ou passionnant.
19:10 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
Commentaires
« Je suis en dette, mais les sentiments pour elle naissaient libres. » Frankly, décidément, c'est comme le film dont vous causez, but I don't go to movies anymore : c'est effrayant parfois dont vous causez mal, mais si bien vous écrivez.
Ecrit par : Scanner | dimanche, 25 février 2007
Tout ça pour, is it really necessary ?, enjoindre le bon François ci-devant ci-dessus, d'aller better se faire enclôner. Ou fut-ce du cent et troisième degré et je ne m'y connais pas.
Ecrit par : Scanner | dimanche, 25 février 2007
Merci Scanner et rassurez-vous sur François qui n'est qu'un clone farceur de notre borgesien préféré.
Ecrit par : Slothorp | lundi, 26 février 2007
Un Tlön en-dessous, je m'y perdis mein latin. Puis que je vous disais que je m'y connaissais pas, below un certain degré zéro.
Ecrit par : Scanner | mardi, 27 février 2007
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