jeudi, 15 février 2007
Je suis centriste

On les connaissait médiocres, auto-satisfaits, et les voilà maintenant ouvertement geignards (1). Dans le dernier numéro de cet hebdo pourri qui vous réabonne d’office sans vous demander votre avis, un journaliste leur déroule un tapis de larmes et joue leur pleureuse. Misère des producteurs de cinéma indépendant en France : le système de financement du cinéma français les colle chaque jour un peu plus contre le mur. Pensez, écrit notre enquêteur, « tel producteur de premier plan n’aurait plus de téléphone portable ». Sans blague, je peux toujours lui en prêter un vieux pour appeler son dealer de coco. Franchement, qu’est-ce qu’on en a foutre qu’ils n’arrivent plus à monter leurs films neurasthéniques bourgeois ? Ces types ont connu une décennie qui apparaît aujourd’hui pour ce qu’elle était : une parenthèse heureuse. Pendant toutes les années quatre-vingt dix, les responsables cinéma de Canal + (la chaîne qui ricane) tendaient leur bras pour sortir quelques billets d’un saladier de pognon offert par le porno et le retard français en matière de chaînes de télévision. Un producteur débrouillard muni d’un scénario qui pouvait encore faire frétiller les copains de l’avance sur recettes passait un coup de fil et avait sa réponse dans les deux jours qui suivaient. C’était la fête du franc, un autre siècle, une bonne blague de nantis. On fabriquait des premiers films à la chaîne. Qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Rien. Quasiment pas un cinéaste à retenir, à peine quelques films dont on continuera de parler dans quelques années. Ceux qui se plaignent aujourd’hui sont les mêmes qui ont eu toutes les opportunités dix ans auparavant et les ont systématiquement gâchées. Pourquoi devrait-on aujourd’hui recueillir leurs larmes de pauvres riches déclassés ? Allez, coup de pied au cul, tintin balayette, dehors !
Pour éviter d’assumer le pathétique spectacle de leur incurie, les voilà qui désignent leur bourreau : la télévision. Allons bon, chers petits, c’était bien elle qui vous nourrissait autrefois. Vos téléfilms vertébrés par les misères morales de pisseuses hystériques et d’étudiants transis de froid devaient moins leur existence au public clairsemé des salles obscures qu’à quelques généreux mécènes dépensant l’argent public sur des chaînes de télévision. Certes, je ne vais pas défendre la descente morale que dévalent aujourd’hui les argentiers du cinéma en finançant un cinéma de gaudriole dont tous les Français avec un peu de mémoire chieront de honte dans quelques années (mois ?). Mais je n’oublie pas qu’une cinématographie nationale ne tient le coup que par son centre : à la fois le public et l’exigence artistique. Dériver vers le populaire le plus rance et patriotico-saucisson qui soit interdit tout cinéma de qualité pour réduire les films alternatifs à des situations de niche, c’est à dire à de l’art pour musée. C’est bien ce vers quoi nous allons. Mais inversement, une pratique autistique et auto-centrée du cinéma d’auteur oblige le cinéma populaire à sortir la grosse armada du populo crasseux pour éviter à l’ensemble de l’industrie de couler. C’est ce qui s’est passé dans les années quatre-vingt dix, quand nos geignard s’illusionnaient en pensant fermement pouvoir rouler en jaguar avant d’aller déjeuner avec Serge Toubiana. Résultat : l’un d’entre eux a aujourd’hui perdu son portable. De toutes façons, s’il devait l’allumer, il tomberait sur la diffusion d’un film de Christian Fechner, producteur richissime revenu des limbes esthétiques (les Charlots) par la simple volonté de l’époque.
Voilà ce que j'aurais aimé lire dans un dossier sur le cinéma français : cette incapacité à produire un cinéma du centre. Au lieu de quoi, on ne fait que relayer les chouinements des producteurs indépendants. Journalisme de connivence, comme toujours dans ce pays, puisque les enquêtes sont menées verre à la main dans des soirées où toutes ces personnes se retrouvent, persuadées peut-être que le public des salles attend fébrilement leurs prochaines productions. Mais le public s'en fout, tant qu'on ne lui administre pas des claques.
(1) Non pas que je ne me plaigne jamais : les temps sont vraiment durs, camarades. Mais je n'ai pas gouté l'époque opportune que certains ont pu vivre. Et il faut aussi bien admettre que je suis en partie responsable des éventuels (probables?) échecs que j'aurais un jour à connaître.
Commentaires
Oh! Du journalisme de connivence dans les Inrocks ? Ces pionniers, ces fers de lance de la culture indépendante (et subversive)? T'as dû mal le lire. Ou alors ils ont augmenté le prix de l’abonnement et du coup t'es un peu amer. Forcément, pour une lecture distraite au petit coin c’est quand même cher payé, en dépit de vertus laxatives absolument indéniables.
Ecrit par : pimpeleu | jeudi, 15 février 2007
Je ne sais même pas combien coûte l'abonnement aujourd'hui. Ces marchands-là ne m'ont pas adressé un seul courrier ni avant, ni après avoir puisé dans mon misérable compte courant. Ruine du portefeuille, ruine de l'âme et papier chiotte qui empoisonne l'environnement.
Ecrit par : Slothorp | vendredi, 16 février 2007
Le masque tombe : dans le fond, tu hais la jeunesse et tu te ranges toujours du côté du pouvoir. C'est révoltant.
Ecrit par : sk†ns | vendredi, 16 février 2007
C'est pas de ma faute, c'est dans mon génotype. Pour paraphraser ton ami : "on ne devient pas conservateur, on naît conservateur".
Conservateur, c'est encore pire que réac, je crois bien.
Ecrit par : Slothorp | vendredi, 16 février 2007
Un remake de mon film préféré !
http://www.filmschristianfechner.fr/fcf/site_internet/accueil.195.html
Je connais pas les acteurs : qui est en mesure de me dire qui va jouer « Fétiche » ?
Ecrit par : sk†ns | vendredi, 16 février 2007
Laurent Gamelon grimé en blackface?
Ecrit par : Slothorp | vendredi, 16 février 2007
T'as essayé l'ifcic ?
Sinon, si ça peut t'aider, je connais quelqu'un à Cofinoga, et l'idiot de la (ma) famille bosse à Natexis-Banque Populaire...
Ecrit par : Saint Eustache (de foutre) | lundi, 19 février 2007
Je trouve que Bourmeau ressemble de plus en plus à François Morel, en moins drôle bien sûr.
Ecrit par : Orphée | lundi, 19 février 2007
Pour ce que j'ai pu entrapercevoir de lui ces derniers temps : une tête de sinistre mangeur de saint-nectaire coiffé comme un branleur du Duplex qui voudrait se donner un look de mafieux. Mais c'est dégueulasse d'attaquer les gens sur leur gueule. Suffit juste de le lire.
Eustache, j'ai tout essayé, sauf les usuriers. Je me ferai voler en temps et en heure.
Ecrit par : Slothorp | mardi, 20 février 2007
Tsssssss.... jeunesse sans foi. Et la valeur travail ? Et le dynamisme auquel seront promises nos villes et campagnes, une fois qu'on sera entré dans l'ère du grand changement ?
La concurrence à venir vous procurera des VRAIS trucs à raconter à votre progéniture, c'est quand même autrement plus rock'n'roll que vos films imbitables...
Ecrit par : fournisseur de contenu | mardi, 20 février 2007
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