lundi, 20 novembre 2006

Metablog

Cela fait cinq jours que j'essaie de répondre aux commentaires du billet précédent. En vain, bien sûr, puisque le programme de gestion refuse d'éditer mes commentaires. J'ai contacté quatre fois la plate-forme de Blogspirit qui ne répond strictement rien. C'est le genre de situation qui me met hors de moi. Je cherche des responsables, des êtres humains que je pourrais insulter à loisir, mais, face au silence de ces espaces infinis tissés par la Toile, je peux taper du pied jusqu'à me fendre le talon, personne ne m'entendra.
Alors, je m'offre une tribune du haut de laquelle je pourrais me soulager, et je me vide.
Blogspirit, vous n'êtes que des cons. Et puis on ne sait même pas qui vous êtes au juste, avec quelles sales têtes de lardu vous avez monté votre petit cirque informatique où vient se déposer le débordement de nos pensées du moment. C'est tout de même étrange, pensais-je, de se persuader que nos microscopiques reflexions larvaires méritent d'être couchées par écrit dans le pathétique espoir qu'elles seront lues et commentées. Ca c'est pour la plus grande partie de ces blogueurs (les femmes sont comprises dans cet indéfini) qui nous étalent un journal intime le plus souvent axé sur leur déprime et l'alleluia de leurs coups de fesse. A les lire, je m'attriste à mon tour : est-ce là le tout de notre vie intérieure? Produit-on encore une civilisation avec une larme glissée sur un poil de chatte? Mais le pire - et là je m'adresse aux branleurs en charge de Blogspirit- c'est quand même de vouloir gagner de l'argent avec la misère de ses contemporains. Ces gens-là n'ont décidement aucune dignité et sont tout simplement répugnants. Ils doivent rêver de fortune dans leurs mephisto d'instits, persuadés qu'un jour ils se goinfreront de coke en fumant des culs de négresses alors qu'on imagine leurs bonnes têtes de vainqueurs dans un genre François Hollande, l'homme qui a trop mangé de brie quand il était petit. Tiens, ils doivent même porter des bretelles de Golden couille, ces gros bozos.
Mais je me perds, je m'assomme, je me fuis moi-même... Je voulais simplement répondre à mes commentateurs, préciser à Tlön que le reportage sur les pangas avait été diffusé dans un magazine de M6, il y a un peu plus de deux semaines, dire à Ludovic que la Fête m'a toujours boudé et que je l'ai toujours fuie, par agoraphobie, l'autre nom de l'anti-modernité, et préciser enfin à Pimpeleu que je n'ai rien inventé mais qu'elle peut toujours écrire à M6 pour les protestations d'usage, si jamais on leur devait une telle affabulation. Et puis Montalte. Oui, Montalte, un amoureux des gens, du monde, de la vie qui me reproche ma enième crise de misanthropie. Mais les seules crises auxquelles je peux être sensible sont plutôt de philanthropie. Le reste, c'est mon état naturel. Et que vient faire la télé là-dedans (Debord, mon ami, je ne l'ai pas cité) ? Mais la télévision et l'insomnie sont aujourd'hui liées comme jamais ! L'insomniaque vit un état d'intense solitude, dernière conscience éveillée parmi les briques peuplées de songes, de râles baveux et de ronflettes sous les draps. Le voilà seul, à peine éclairé par les gypses de la fée électricité qui jamais ne s'endort (à moins que couic!). Oppressé par ce sentiment d'être le dernier des hommes, il recherche un dernier lien social, paresseux et ultime, qu'il trouve dans l'œil aveugle de la télévision bouffé par des milliers de coloriages. Voilà comment les foules pensent ensemble, la même chose au même moment, sans que jamais ne se brise la solitude des individus. Et à la fin, la politique contemporaine : la télévision, plus le vote, c'est -à-dire rien d'autre que notre soumission là-même où nous croyons voir notre liberté. Bon sang, le cinema c'était l'exact inverse : penser différemment au sein d'une collectivité plutôt qu'opiner semblablement à tout dans nos isoloirs. Mais peut-être que c'est mort tout cela, mort, mort, mort...

mercredi, 15 novembre 2006

L'invasion des pangas fous

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Autre chose encore au cours de cette période d’insomnie passée sous les lumières intermittentes d’un téléviseur…

… Et d’ailleurs, pourquoi regarder la télévision, au moment où l’on croit ses voisins endormis ? Pour un type séduit par l’idée de sa propre disparition sociale, il est quand même stupide de s’accrocher à un lien de cet ordre-là, 625 lignes électroniques sautillantes à vous coller le Haut Mal sur un canapé défoncé où s’éparpillent des chips au goût de bacon. Ce n’est pas la solitude qui vous agenouille devant la télévision, mais la télévision qui vous couche dans un cercueil où seul l’Etat vous connaît encore. Dehors, la ville n’attend que nos corps pour danser, et la danse a toujours fait peur au pouvoir (d’où ces fêtes institutionnalisées qui offrent l’illusion de libérer des énergies mais les contrôlent mieux que jamais). En fait, je m’enfonce dans le monde partagé par mes contemporains, au moment où ils dorment. C’est une honte concédée aux faveurs de la nuit, un abandon aux puissances mortes, car la télévision est morte, depuis deux décennies maintenant, depuis qu’elle s’est prise comme son propre objet d’investigation…

… Autre chose, oui, en découvrant ce reportage sur l’élevage du panga. Un poisson-chat mis en batterie dans des cuves boueuses du Mekong pour satisfaire l’insatiable appétit des occidentaux. Où l’on apprend que sa nourriture est exclusivement constituée de farine de poissons pourris. Le contrôle de sa reproduction n’a été possible que par l’introduction dans son alimentation d’urine de femmes enceintes. L’ai-je rêvée celle-là ? Non, le cauchemar est réel. Nous interdirons bientôt l’avortement, élèverons des stocks de jeunes mères pour recueillir leur pisse dans des cuves d’acier en direction de l’Asie où étouffent des milliards de poissons gavés des cadavres pourris de leur propre espèce, avant retour sur les étals occidentaux où une population vieillissante se gavera à son tour de panga en sauce. Bien sûr, je songe au documentaire confus de Hubert Sauper ou à la ligne claire de Luc Moullet, mais à ce niveau-là, le cinéma du réel me paraît inopérant.

 

Alors, quoi ?

Retrouver le sommeil et manger des châtaignes dans le pré familial.

lundi, 06 novembre 2006

Montage, mon beau souci

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vendredi, 03 novembre 2006

Le petit secret, encore.

Via une interview de Pascale Ferran, je lis le chapitre II des dialogues de Gilles Deleuze et Claire Parnet. Et je tombe sur cela :

"Nous nous faisons chanter nous-mêmes, nous faisons les mystérieux, les discrets, nous avançons avec l'air "voyez sous quel secret je ploie". L'écharde dans la chair. Le petit secret se ramène généralement à une triste masturbation narcissique et pieuse : le fantasme ! La "transgression", trop bon concept pour les séminaristes sous la loi d'un pape ou d'un curé, les tricheurs. Geroges Bataille est un auteur très français : il a fait du petit secret l'essence de la littérature, avec une mère dedans, un prêtre dessous, un oeil au-dessus. On ne dira pas assez le mal que le fantasme a fait à l'écriture (il a même envahi le cinéma), en nourrisant le signifiant et l'interprétation l'un de l'autre, l'un avec l'autre."

Je me dis alors que mon indifférence à Bataille et à ses démonstrations romanesques forcées vient très exactement de là : l'ennui dans lequel me laissent ce goût d'un malheur qui ne se dit pas et ces indignités qui voudraient prendre le ciel à témoin. Cette théâtralité nauséeuse qui ne cesse de dégorger sa tristesse en la cachant par tous ses excès. Je me dis aussi qu'une part de mon insensibilité à tout un pan de la littérature française tient à mon dégoût du narcissisme lettré qui la ronge. Cette idée répugnante d'un motif caché de ses personnages qu'on se presse de découvrir à la fin. La dégradation de ce "petit secret" en cache psychanalytique qui verrouille toute la molle narration des romans contemporains. Quelle fadaise si courante...

Si je tire encore un peu la ligne, il me faut parler de mon retour dans les salles de cinema depuis trois semaines. L'ennui à son sommet... Confirmation que le cinema est au stade terminal tant les films se ressemblent tous et, au premier chef, par ce sens de l'ellipse qui est l'alpha et l'omega d'un nouveau sentimentalisme : ne montrer ni rage, ni larmes, les éluder dans le montage, les oublier dans la suture pour mieux signifier la force des sentiments qu'on esquissera à peine. Si bien que l'on rit et pleure par défaut d'images, en devinant tout ce que le raccord a masqué. Là encore, le "petit secret" est le fondement de cette forme filmique. Little Miss Sunshine et Mémoires de nos pères sont ainsi montés de la même manière. Pour un peu, j'en serais presque à regretter Bazin.

"Montage interdit" : l'appel vaudrait pour les dirigeants que nous nous choisissons, quand on songe à un type comme Juppé. Face à une responsabilité politique, il sort sa "Tentation de Venise", soit sa petite cache géographico-psychanalytique personnelle. Mais Venise, c'était le Quebec, en fait. Question de langue pour une génération monoglotte. Un an chez les carribous, passé à la trappe du montage. Le raccord, c'est alors le miracle démocratique : le voilà qui revient, l'hymen recousu, telle la vierge consacrée par le bistouri, et c'est un homme neuf. Entre les deux images, le trou noir, le malheur dérobé censé nous faire pleurer et grâce auquel nous pardonnons tout.

Et le titre de ce chapitre II était : "De la supériorité de la littérature anglaise-américaine". D'ailleurs, Pynchon, c'est tout de même autre chose. Tout y est généreusement ouvert comme tout y fuit.

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