mardi, 31 octobre 2006

Profondeur du masque

Les navets bercent, cajolent et endorment, c’est pourquoi je noie mes insomnies dans leur clapot boueux. Le sommeil m’étant ravi depuis quelques jours, me voilà qui somnole devant Velvet Goldmine de Todd Haynes et V for Vendetta d’un obscur tâcheron dont le nom demeurera inoubliable, car déjà oublié. Beauté de l’ennui, bêtise et laideur apaisantes de ces films, je babile sur l’océan de la médiocrité, même s’il se trouvera toujours un critique pour défendre le navet queer de Todd Haynes. Mais inutile de se fâcher, car je m’éteins enfin dans les bras de Morphée, et c’est un rêve qui se projette maintenant, hanté par une belle hongroise aux longs cheveux noirs qui voudrait apprendre à chanter (dans mes songes, sa voix embrasse un beau ciel, éclat bleu moutonné de nuages sur lesquels s’étendent ses jambes de plâtre). Au réveil, me revient de ces deux mauvais films leur commun plaidoyer pour le costume d’apparat, le masque et les personnages qu’on s’invente. Je pense alors au livre du baron, croisé quelques mois auparavant et avec qui nous n’avions plus rien à nous dire. Apologie du dandy, du faux et de la comédie, est-ce donc de cela dont il s’agit ? La vérité d’Oscar Wilde qui serait celle des habits qu’on endosse et du fard qui nous dissimule : ne sommes-nous qu’une surface ? 

Nous croyons pourtant l’inverse. Il suffit de repenser au documentaire sur Chirac pour percevoir l’idéal qui nous meut, et comment nous nous représentons. Chirac, montré comme une toupie folle, toujours un pied devant l’autre, débordant de sourires dessinés sur une figure sympathique, sans que l’on puisse deviner ce qui se cache derrière. Ainsi s’avançait-il à la fin du documentaire, plus sombre qu’Edmond Dantes, lourd d’un secret à peine évoqué qui lestait l’étendue de sa vie romanesque. C’est que dans ce documentaire, comme dans les séries télévisées, comme dans les mauvais films pleins de ces si communs verrous psychanalytiques, le récit filmique ne tient que par le secret, le misérable petit secret de ses personnages. Si le masque apparaît, c’est pour mieux défendre l’idée d’un moi essentiel qui se cacherait derrière. Tous les costumes dont on pare les personnages ne valent donc que pour leur fonction de dissimulation. Voilà bien le seul motif de ces  déguisements : érotiser les personnalités. Dès lors, le secret ne tient pas longtemps. Encore un paradoxe démocratique qui voudrait multiplier les profondeurs et les parts d’ombre pour se dépêcher de les faire paraître sous les projecteurs. Pas un ne manque à l’appel, qui voudrait nous ouvrir les tiroirs secrets de ses petits malheurs. Artistes, putes télévisuelles, politiques, sportifs : plus leurs poches sont pleines, plus lourds sont leurs secrets. Pleins de leur malheur, ils peuvent alors communier avec le commun et dévoiler le si triste humain qui se terre derrière le héros de la presse à merde. La main tendue vers le public, le visage défiguré par l’auto compassion, ils aiment hoqueter leurs mirages de psychanalyse bon marché et ainsi, derrière l’affichage de leurs terribles secrets, justifier leurs bilans. Ou comment gagner quinze fois le salaire de leur spectateur tout en lui demandant de comprendre leurs malheurs.

Le secret n’est donc qu’une fiction, et derrière cette fiction se révèle le masque. La plus grande profondeur se trouve à la surface. L’autre jour, je découvrais un film de Tsurisaki Kiyotaka à la galerie Kennory Kim. On y suivait le travail d’un embaumeur colombien. Corps ouverts, éviscérés, tripes emballées dans des sachets en plastiques, grosses coutures sur la peau molle de ventres solaires, des kilos de graisse jaune mêlée aux bouts sanguinolents d’organes morts, mais nulle trace d’une âme. A la fin, un couteau glissait sous la peau du visage et raclait des lèvres jusqu’aux yeux, le manche encore dans la mâchoire, la pointe déjà sous une paupière, avant de retirer toute la peau du visage, pour mieux polir le crâne. Puis l’embaumeur remettait le visage mou et flasque en place, tirait sur les côtés et le cousait derrière les oreilles. La figure reprenait son apparence humaine. Voilà tout ce à quoi tient une identité : un masque en caoutchouc, d’un centimètre d’épaisseur, et qu’on peut retirer et remettre à volonté. Derrière cela : des os.

Voici donc mon portrait.

medium_portrait.jpg

 

dimanche, 29 octobre 2006

Harmoniak

medium_Akosh_S.jpg

 Il y a certaines personnes, il faut leur dire, leur rappeler qu'ils sont essentiels.

Moland Fengkov, à propos d'AKosh S.

vendredi, 27 octobre 2006

Swing Low

Hier soir, un ami me faisait remarquer que mon blog était devenu parfaitement chiant. Pas drôle, trop long, fatigant. Il me suggérait de remettre la photographie d'une bite, qui ferait office d'aspirateur à lectorat. Je dis bien "remettre" puisque on peut trouver dans les archives de ce blog un sexe masculin turgescent. Je dois reconnaître qu'il n'a pas tort sur le constat. Je lui donne moins raison sur la solution (une belle chatte serait plus efficace, je pense, avec sa fente bien nette, les petits lèvres qui émergent à peine, une délicate broussaille qui appellerait un parfum floral... enfin je m'égare). Il faut dire que ces derniers temps, je refléchis un peu en amont au billet que je vais écrire. Généralement, je le rédige tard le soir, d'un seul trait, et je me laisse aller à ces grandes tartines mal calibrées pour un blog. Après, je n'ai pas le courage de le reprendre, et je le laisse donc en l'état. Du coup, la lecture laisse probablement l'impression de voir une pensée qui suit son chemin sans se préccuper de faire des rencontres. Une promenade d'autiste, en somme. J'ai toujours eu un petit côté autiste, à vrai dire, du genre à jouer les anachorètes silencieux pendant quelque temps, jusqu'au moment où je sors, bois comme un trou, baise comme un lapin et fixe les étoiles dans le blanc des yeux en maudissant leur aura perdue. Mais je me dis qu'à mon âge, il faut encore faire des efforts, essayer de séduire un peu, se laisser aller aux pentes naturelles... Donc, c'est déjà pas mal, je parle un peu de moi, et j'écris les mots "bite" et "chatte". 
En attendant mieux, je mets aussi un peu de spectacle. Ca me permet de recycler des choses anciennes, comme cet extrait de film tourné dans ma prime jeunesse en super 8. Le même ami hier (à moins que ce ne soit son frère, ils sont jumeaux) me rappelait que j'avais tourné six films dans mon ancien appartement de la rue de Belleville, dont deux en 35 mm. Ce n'est quand même pas tout le monde qui peut se payer des films souvenirs en 35 mm. Je suis très nouveau riche, en somme. 
L'autre chose, c'est que vous allez pouvoir écouter "Swing Low" d'Albert Ayler, qui est un génie. Pour ceux qui n'aiment pas, comme mon camarade de travail qui, à l'instant, me demande "c'est quoi cette musique de merde?", je déclare simplement, me plaçant sous l'égide de notre bien-aimé Président : ça m'en touche une sans réveiller l'autre.
 
 

lundi, 16 octobre 2006

Le temps joyeux des colonies

 
Aucune image ne vient nue, emmaillotée dans les linges de l’histoire. Elle naît dans ce monde sous des regards qui, faute d’innocence, ne connaissent plus la surprise. Ainsi apparaît-elle munie de son certificat d’interprétation, grosse déjà du sens que nous lui donnons, tout en croyant que ce sens lui est immanent. Sans cela, l’image n’aurait pour nous pas de forme, à la fois trop lointaine dans sa signification et trop proche dans sa force hypnotique. Comme nous l’exigeons d’emblée familière, ni trop proche, ni trop lointaine, il nous faut la souiller vite de nos plus communes évidences.
Tout le travail de l’analyse est donc, paradoxalement, d’en repasser par une innocence oubliée de l’image, ce qui suppose de laver son regard des scories de l’époque. On verra alors que l’image porte en elle un sens caché, vivant dans son arrière-monde. Car l’image est un secret qui appelle notre enfance, l’art de jouer et le goût des questions. Sans cela, elle n’est qu’imagerie, et nous restons pris au piège du flux gluant des illustrations. C’est un trait de notre temps qui devrait nous faire dire : contre l’infantilisme, armons nous de notre enfance, qui est la source vive de notre autonomie.
L’image ci-dessus est bien entendu un piège. Que l’opinion dans laquelle on tient le phénomène colonial français soit bonne ou mauvaise, repentante ou fièrement assumée, reste que l’interprétation en sera égale : chacun verra une image accusatrice montrant des colons rire au cours d’un jeu méprisant dont un enfant noir serait la victime. Les bonnes âmes choisiront de s’en indigner pendant que les esprits auto-proclamés « libres » se presseront d’en évacuer la gravité avec les quelques sarcasmes habituels. Tous s’accorderont cependant sur le sens de cette image. Mais que voyons-nous vraiment ? La signification d’une image dans un film s’étend sur deux plans, l’un diachronique, l’autre synchronique. Dans le premier cas, c’est par le montage d’éléments sonores et visuels que l’on forcera le sens de cette image. Elle parlera, prise dans le réseau des plans qui se succèdent, et deviendra par la grâce du collage et de la suture un élément de discours. C’est ainsi que Godard a fini par envisager le cinéma comme l’art du XXème siècle, à même de penser l’histoire par les rapports signifiants qu’il opère entre les images. Dans le second cas, l’image livre son sens par une investigation patiente des éléments visibles dans le champ, mis en rapport avec tout le hors-champ. Panofsky proposait ainsi trois niveaux d’analyse partant des figures représentées par des formes (ici, deux hommes, un enfant), pour remonter aux types iconographiques (deux soldats de la coloniale, un colonisé) jusqu’aux significations iconologiques (le système colonial français en Afrique noire). Les deux plans brièvement cités ne sont pas égaux. Dans le premier cas, le sens est comme forcé par une conscience, celle de l’auteur, qui impose à l’image l’émission d’un discours. Dans le second cas, l’image semble faire apparaître le monde tel qu’il est, sans disposition consciente. Ce n’est évidemment pas le cas, car ce monde, englouti dans le passé, nous revient comme un spectre façonné par un point de vue qui est celui de l’opérateur de prises de vues. Il y a un cadre, des personnages et des situations, donc bien une mise en scène. C’est cette mise en scène qu’il faudrait savoir analyser pour comprendre le sens de l’image, quand bien même elle ne serait pas consciente. L’impensé de l’image reste une pensée du monde.
Nous voilà donc en présence d’un fragment de ce vieux monde disparu. Deux hommes en uniforme, un enfant noir et une jeune coquette qui apparaît dans le plan. Un des hommes pose une bouteille sur le crâne de l’enfant, ce qui semble les amuser. Très vite, nous opérons ainsi : nous sommes en Afrique noire, les deux hommes sont des militaires coloniaux qui se moquent d’un enfant du pays en compagnie d’une jeune femme qui trouve cela naturel. Ajoutons à cela que le jeu n’est pas anodin puisque il rappelle l’exploit de Guillaume Tell et nous sommes tout prêt de croire que ce pauvre noir va subir un triste sort, balle dans le crâne, flèche dans l’œil, décalottage sincipital en règle, ou autres funestes résolutions. Ultime scandale : l’enfant porte un masque difforme qui soustrait son visage à notre regard et lui retire toute singularité identitaire. Ainsi, nous croyons voir un bel exemple de colonialisme, où les colons débordant de loisir et militarisés s’amusent avec les colonisés comme avec des animaux de compagnie (le masque), et se jouent de leur innocence (c’est un enfant). Cette interprétation qui s’appuie sur des éléments précis et relève donc d’un processus nous vient pourtant presque naturellement, par cette sorte d’acte magique qui efface d’un coup tout le travail cognitif. C’est que nous n’arrivons pas à prendre cette courte séquence en l’isolant de tout un complexe d’images et de discours qui l’environne et finalement lui donne sa forme. Ce n’est pas l’image qui porte en elle le sens qu’on lui donne primitivement, mais le réseau serré des imageries coloniales diffusées dans notre société. Sans ce réseau qui tend un filet sur tout ce qui apparaît, cette image n’aurait pour nous aucun sens immédiat et resterait amorphe tant qu’on ne l’interrogerait pas. Il ne s’agit pas de dire que ce sens donné primitivement est vrai ou faux, mais simplement de préciser qu’il n’appartient en aucun cas à l’image elle-même. Peu importe l’opinion que nous pouvons avoir sur la colonisation française, nous nous trompons tous de la même manière dans l’interprétation de cette image. C’est ainsi que l’on continue à s’entretenir d’illusions sur notre indépendance d’esprit.
La scène a été filmée en 1961, au Congo-Brazzaville. Le pays est indépendant depuis un an, ce n’est donc plus une colonie. Les militaires que l’on voit à l’image sont des gendarmes assurant une mission d’instruction et de recrutement des corps militaires congolais qui ont à leur tête des officiers congolais. Une partie du travail des instructeurs consistait aussi à intervenir dans les conflits inter-ethniques pour séparer les belligérants. La relation entre les deux gendarmes et l’enfant au centre de l’image demeure inconnue. Ce peut-être un garçon qu’ils ne connaissaient pas, comme un proche des « boys » qui travaillaient au service des expatriés. Le jeu qu’ils jouent tous ensemble est-il innocent ? Indique-t-il un rapport de domination ? D’où vient le masque que porte l’enfant ? Je ne nie pas le caractère problématique de cette séquence. Au contraire, c’est à cette dimensions problématique qu’il faut la restituer en se défiant des évidences construites qui accompagnent le sens qu’on lui donne immédiatement. Immédiatement, c’est-à-dire sans médiation. C’est là le modus operandi des démocraties contemporaines qui voudraient que le sens se donne dans une pure transparence, comme si l’image venait naturellement avec sa forme, effaçant d’un coup tout le travail de formatage idéologique qui préside à notre compréhension des figures qui nous entourent. C’est tout le processus des flux audio-visuels modernes dont le premier d’entre eux, la télévision, qui tend à faire croire à une immédiateté de l’image pour mieux nous abreuver d’idéologie. Or, s’il y a une innocence de l’image, elle se tait, et son secret ne peut se révéler que par un travail patient d’élucidation qui est une mise à distance. Comme l’écrit Youssef Ishaghpour *, « Voit-on quelque chose parce que simplement on le regarde ? (…). Pour que le monde devienne visible, il faut que toute autre relation avec lui cesse afin que seule subsiste sa visibilité ». La première exigence pour lire une image est donc de retourner dans l’ombre où elle se projette afin d’interrompre le cours harassant des imageries contemporaines.
 

* Le Cinema, aux éditions farrago, petit opus dont je ne saurais trop recommander la lecture, en particulier le dernier chapitre qui pourra agacer les tenants du « décloisonnement » et autres topiques modernistes.

** Pour l’anecdote, cette séquence est issue d’un ensemble d’archives familiales autour desquelles j’avais projeté de raconter la décolonisation en Afrique noire sous un angle intime. Le sujet avait effrayé la plupart des interlocuteurs rencontrés dans les chaînes de télévision. Un de ceux-là avait soupiré en évoquant les masses de courriers courroucés que la diffusion d’un tel documentaire pouvait susciter. Le projet avait cependant plu à un responsable d’une chaîne hertzienne. N’ayant jusqu’alors rien tourné, il m’avait demandé de préciser mes intentions dans une note écrite. Chose faite, on le présenta en commission plénière. Quelqu’un insista pour je donne des garanties concernant le traitement que je comptais faire. Que pensais-je de la colonisation et de la gendarmerie coloniale ? La question n’était pas innocente, elle appelait une indignation de façade contre le traitement réservé aux pauvres colonisés, et j’eus le sentiment qu’on voulait tout simplement me voir dénoncer mes grands-parents. Ainsi, j’allais dans le bon sens en même temps que je mettais un peu de piquant mélodramatique dans ce documentaire familial. Mais une place au soleil de la diffusion ne vaudra jamais une place à l’ombre de mes ancêtres. C’est mêlé à leur humus que je préférerais disparaître. 

 

vendredi, 13 octobre 2006

Les cinéastes meurent ces derniers jours...

... Pendant que Manoel de Oliveira, à presque 98 ans, continue de tourner.

Moralité : mieux vaut commencer sa carrière comme pilote de courses automobiles. 

dimanche, 08 octobre 2006

L'odeur du plaisir (tours, détours, et retours)

 

medium_Le-Parfum.5.jpgmedium_angesexterminateurs01.4.jpg
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Soit deux films, aussi dissemblables dans leurs sujets que dans leurs effets, confrontés néanmoins à cette même interrogation : comment filmer l'irreprésentable du cinéma? Que la question se situe à la lisière du projet (Le parfum) ou qu'elle en nourrisse le coeur (Les anges exterminateurs), qu'elle soit envisagée comme un obstacle ou comme une matrice, demeure dans les deux cas la nécessité d'y répondre par la figuration de ce qui apparaît et vit sans images: l'odeur, et le plaisir sexuel. D'un film à l'autre, donc, une problématique similaire, mais des réponses en apparence divergentes.

Filmer la montée du plaisir et le trouble qui s'ensuit : ainsi s’affichent les intentions de François, cinéaste alter-ego de Brisseau, qui ne se cache pas de poursuivre ce projet depuis son précédent film. Mais l'irreprésentable, ici, ne relève pas seulement d'une impossibilité esthétique tant il touche à un sujet que l'on voudrait encore croire tabou. Filmer le plaisir sexuel ne va pas sans filmer l'acte lui-même, c'est-à-dire produire une image prohibée. L'impossibilité de la représentation s’ancre donc aussi dans l’espace clos que délimite la Loi, séparant le sacré du profane, l’interdit de l’usage. Ici, les survivances de l’iconoclasme viennent se mêler aux questions purement techniques. Comment s'en délivrer ? C'est par l'innocence des corps et des affects que Brisseau s'offre le droit de représenter un corps nu et jouissant. Le personnage de François, emmêlé dans ses boucles enfantines, se présente comme  un naïf : il ne voit pas qu'on le manipule, pas plus qu'on ne l'aime. Ainsi, par son aveuglement propre, peut-il offrir au regard de tous la jouissance des jeunes femmes qu'il filme. Libéré de toute inquisition morale par la grâce artificielle du scénario, ne reste plus alors que la question pure de la mise en scène. Brisseau y semble à la peine, comme si d’avoir résolu la question morale le libérait de toute interrogation sur le plan esthétique. Dans une des scènes clés où les trois personnages féminins sont pour la première fois réunis, la montée du plaisir est ainsi filmée comme un élément de suspens : musique, montage alterné où se répondent les regards, jeu entre le caché et le visible, cadres partagés entre l’intime et l’ouvert, tout concourt à une montée de tension. Chez Brisseau, cinéaste fasciné par Hitchcock, le trouble érotique est filmé comme une tentative de meurtre, par une métaphore inversée, finalement très pauvre. La montée du plaisir se résout cinématographiquement en une course d’obstacles, réduite à une mécanique sexuelle : ces filles vont-elles arriver à la jouissance ? L’impression au final d’assister au démarrage d’un moteur toussotant avant son envolée vers les cimes. Ce qui est évacué au passage, c’est la sensation de chute et ce sentiment de lourd abandon dans l’éclatante chair d’un corps que l’on voudrait dévorer.

Plus modeste dans son ambition, mais plus complexe dans ses détails : Le parfum de Tom Tykwer, où comment figurer des odeurs. Ici, le cinéaste n’affronte que des problèmes ponctuels auxquels il trouve autant de réponses qui viennent mailler la narration par quelques tours de cinématographe. Méliès à fond, un imaginaire de carton, loin d’être déplaisant, le film avance avec ses numéros de chapiteau, distribués en cinq effets. Premier d’entre eux, un montage haché de plans de coupe sur la matière odorante : étals de poisson, vomissures, quartiers de viande abandonnée et tas de fumiers. Plus loin, ce sera l’usage bientôt centenaire du champ-contrechamp, gros plan sur les narines accompagné du son d’une respiration, et plan moyen sur l’objet reniflé. Dans cet aller-retour, le cerveau fait les connections adéquates, le spectateur hume le sens. Autre méthode, le plan à la steadicam, flottant comme une nuée évanescente, tremblé et flou, et s’arrêtant un instant devant le corps odorant sur lequel se fait le point. Une variante élégante est de suivre un mouchoir volant dans les airs : le parfum figuré par son support. Dernier tour, le plus simple : laisser les comédiens renifler comme jamais dans un théâtralisme des sens. Cela marche autant que possible : le spectateur y croit, mais il ne sent rien. Le cinéaste ne quitte jamais le terrain de la grammaire cinématographique ce qui, fort heureusement, nous évite des figurations de nouveaux riches, usant de l’imagerie infantile des effets spéciaux. Le cinéma n’est donc pas piétiné et trouve ici sa limite la plus simple : ne s’adressant qu’à la vue et l’ouïe, il indique mais ne fait pas ressentir. Pour les sensations, mieux vaut prendre son ticket à Disneyland, ou son billet touriste. Au moins Tom Tykwer ne cherche pas à transgresser la frontière de son art et se tient humblement dans l’espace iconique qui lui est dévolu. De là le sentiment aussi qu’il réussit malicieusement dans les détails mais rate son sujet. C’est à peine s’il frôle le temps de quelques scènes le cœur battant de son film : l’abolition des rapports de classe par la dynamique corporelle, soit l’exacte inverse du Salo de Pasolini. Il faut dire que, contrairement au cinéaste italien qui se place dans les temps historiques (comme Foucault et sa notion de bio-pouvoir), le film de Tom Tykwer (et le livre de Suskind) se situe clairement dans un horizon messianique.

 

Du messianisme, Walter Benjamin en a fait le nœud central de sa conception de l’histoire. Dans un des textes composant son dernier recueil (Puissance de la pensée, ed. Rivages), Giorgio Agamben cite un texte de l’essayiste allemand tiré des notes préparatoires aux thèses Sur le concept d’histoire.

« Le monde messianique est le monde d’une actualité totale et intégrale. C’est en lui seulement qu’il y a pour la première fois une histoire universelle. Ce qui porte aujourd’hui ce nom ne peut être qu’une espèce d’esperanto. (…) Son langage est l’idée de la prose même, comprise par tous les hommes comme l’est la langue des oiseaux par ceux qui sont nés un dimanche. »

Autrement dit, l’abolition du temps historique est aussi un retour à la langue universelle, à « l’idée de la prose même », soit le langage qui ne dit rien d’autre que lui-même et reste inexpressif. En cela, le temps messianique est une universalité de l’expérience mystique. Dans la proposition 6.522 de son Tractatus logico-philosophicus, Wittgenstein écrit « il y a sans aucun doute un inexprimable. Il se montre ; c’est là le mystique ». Le rapport signifiant-signifié se disjoint pour ne laisser place qu’à une expérience des limites du monde dicible. Comme le remarque P. Hadot dans son « Wittgenstein et les limites du langage », on retrouve cette idée dans le Pélerin Chérubinique d’Angelus Silesius : « on parle en se taisant : Homme, si tu veux exprimer l’être de l’éternité, il faut d’abord te priver de toute parole ». C’est là une formule commune à la plupart des écrits mystiques. N’est-ce pas aussi la nuit de la contemplation qui ouvre « La Nuit obscure » de Saint Jean de la Croix ?

« Par une nuit obscure,

Etant pleine d’angoisse et enflammée d’amour,

Oh ! L’heureux sort !

Je sorti sans être vue,

Tandis que ma demeure était déjà en paix »

Le sujet féminin est bien entendu l’âme du mystique qui marche vers l’union avec Dieu (« elle est entrée l’épouse dans le verger aimable et désiré, et à son gré repose, son cou vient s’incliner sur la douceur des bras du bien-aimé » peut-on lire dans le Cantique spirituel). L’expérience du mystique est donc une expérience de l’inexpressivité du langage en même temps qu’elle voudrait rapporter une union avec « l’être de l’éternité » en empruntant ses effets littéraire au Cantique des Cantiques. Elle est la version sacralisée de ce qui se présente comme une extase charnelle dans le monde profane. Cette même extase que l’on retrouve dans le film de Brisseau (musique lyrique, lents travellings, corps étendus dans leur propre abandon) et dans celui de Tom Tykwer (particulièrement à la fin). Car, in fine, l’impossible représentation du plaisir des sens trouve une même résolution dans ces deux films, pourtant si dissemblables : l’expérience extatique, marquée corporellement par l’oubli de soi. Ce que filment donc les deux cinéastes en se rabattant sur les signes d’une expérience mystique vécue par leurs personnages, ce n’est donc pas l’objet de l’irreprésentable, mais l’irreprésentable lui-même : ce qui ne peut être dit, mais ne peut que se montrer. Dans les deux cas, le spectateur reste cependant au seuil malheureux de ce temps rédimé, ce qui signe l’échec absolu de ces films, qui est peut-être celui, tout simplement, du cinéma.


jeudi, 05 octobre 2006

Disparition d'un Argentin

 

Sinon quoi ? Raphaël Pividal est mort ai-je appris aujourd’hui.

Je pensais à lui, il y a peu, me demandant s’il enseignait toujours. Je l'avais rencontré au cours de l'année qui avait suivi mon diplôme. Ne sachant pas trop bien quelle orientation prendre, je m’étais inscrit à la fac, un peu pour cumuler les études, un peu pour découvrir une autre discipline, surtout pour vivre une année paisible dans un des dépotoirs de l'enseignement supérieur. Au bout d’un mois, je passais la moitié de mon temps au Reflet, rue Champollion, à boire, à séduire maladroitement, sans grande conséquence pour les examens. Le seul cours que je continuais de suivre était le sien. Personne ne l’écoutait. Il parlait d’une voix grave, les sourcils broussailleux, l’index coupé qui tenait une craie pour tracer le carré sémiotique de Greimas. Ce carré, il le conchiait à sa manière qui était brillante, sérieuse et sans affectation. Il m’avait fait découvrir la littérature médiévale et éclairer d’un angle singulier le Don Quichotte de Cervantes. En permission pendant mon service militaire, j’étais rentré à Paris pour lui présenter mon mémoire, qu’il n’avait pas particulièrement apprécié, à juste titre. J’en profitais aussi pour acquérir le seul roman que j’ai lu de lui, Le petit Marcel.

De cette année d’études sans but, je n’ai aimé que ses cours.

Voilà, il est mort, et le monde n'a pas changé.

La note la plus longue de ce blog sera aussi la moins drôle

Je ne sais pas ce qu’est le réel. Comment l’établir, par où commencer, et comment s’accorder dessus ? A la simple question de savoir ce qu’il est, on peut parier que chacun aura sa réponse, sa nuance, ses antagonismes, son idée, et, au fond, ses rêves ; autant de babioles soigneusement ouvragées dans nos arrières-boutiques. Ainsi de ce mot d’ordre de « retour au réel ! » qui n’a strictement aucun sens, puisque nous ne l’avons pas plus quitté que nous ne pouvons y revenir. Il m’arrive cependant de vouloir parler du « pays réel » au sens maurrassien, histoire de rappeler à mon interlocuteur quelques faits oubliés des vues médiatiques. Mais qu’est-ce que ce « réel » du pays ? Il voudrait attester une sorte d’évidence, une butée contre laquelle tout volontarisme politique ne peut que se cogner, alors même qu’il est entièrement pétri d’idéologie et de visée programmatique. Qui sait ce que peuvent vivre les gens, qui connaît ces valeurs qui les animent et ces horizons qui les projettent ? Les urnes ne peuvent en décider, mais qui pourrait le faire ? Le citadin rêve de campagne, du goût du vrai pain et du sillon qu’abandonne le soc dans la terre blessée. Mais, sa brindille sucée au coin des lèvres, il ne fait qu’imaginer ce monde et se raconter de belles histoires. C’est, qu’aussi précautionneux que nous souhaitions être, nous versons vite notre obole au royaume des représentations. Ce sont des maîtresses exigeantes qui ne cessent d’organiser notre pensée.

Je ne sais donc pas ce qu’est le réel mais il me semble q'on peut attester son existence à travers les épreuves qu’il nous inflige. Elle sont physiques, le temps de la douleur ou du plaisir, pas plus, et surtout éthiques. J’entends par là que nous pouvons projeter nos personnalités et nos existences dans toutes sortes de situations, imaginé nos réponses, tronçonner la vie entre ce qui est bien et ce qui est mal, mais arrive ce moment de l’épreuve où il faudra choisir, et cette décision emportera ce que nous sommes dans le monde et comment nous y sommes. Cette épreuve sera celle de notre fondation. Les discours apparaîtront pour ce qu’ils sont alors : des armures de papier forgeant une éthique qui souvent n’était pas la nôtre. C’est ainsi que les gens disent des choses, et qu’ils agissent bien autrement, sans jamais être hypocrites, mais par simple lâcheté. Christine Angot, à l’heure de parler du livre « Les bienveillantes » qui lui vole ses ventes et peut-être le prix Goncourt, expliquait ainsi que « se mettre dans la tête du bourreau, c’est interdit ». Elle, l’écrivain de l’absolue liberté, se mettait donc à souhaiter une interdiction  pour un livre dès lors que son petit commerce était en cause. A l’écouter, on découvrait ainsi un bout de réel, la vérité d’Angot, la vérité d’un être. Mais parler d’elle, c’est encore la servir.

J’en ai eu donc assez de fulminer contre mon époque, assez de mes détestations et de mes dégoûts, assez de répéter le même texte de réactionnaire hargneux que le système avalait d’un coup pour ne plus rendre que la partition d’un clown de service. Trop facile. Les mécontents, les rebelles, les opposants, avec leurs culs assis et leurs doigts levés, ne sont que des bouffons bien pratiques, des idiots utiles, des pantins qu’on agitera tôt ou tard pour faire rire la foule des spectateurs. J’ai trop l’habitude de jouer mes propres sketchs pour ne pas savoir ce qu’il en coûte à la fin, dans quelle case on me met, et avec quels sourires. Mieux valait donc quitter le terrain miné de l’actualité, qui est la véritable puissance de contrôle sur les foules. L’organisation de l’agenda, avant même celle de l’information, est la force première qui modèle aujourd’hui les individus. Qu’on discute une information dans un sens ou un autre, reste qu’on en discutera tous au même moment, sans jamais être assurés de son importance.

Mais je vais encore rejoindre le murmure ronronnant des énervés de service après avoir entendu Strauss-Kahn parler de « rafles » au sujet des arrestations de sans-papiers par les policiers de Sangatte. Il me semblait qu’il n’y avait plus que Jack Lang parmi le personnel politique pour employer ce genre de vocabulaire et se rendre odieux à ce point-là. Il apparaît pourtant que la campagne électorale à venir va réactiver les inepties idéologiques qui battaient leur plein dans la décennie précédente. Mais les imbéciles qui emploient à dessein ce genre de vocabulaire connoté ne cherche pas à cogner sans mesure sur l’adversaire politique. C’est de toute autre chose dont il s’agit, cette autre chose qui animait une relation à moi dont le comportement, en la matière, fut exemplaire, exemplaire justement de cette projection de soi, de ce rêve inepte vite brisé par les épreuves du réel.

Je le connaissais de  nos années d’études, par l’intermédiaire d’amis communs. C’était un personnage falot et assez timide, au regard systématiquement fuyant, mais travailleur et ambitieux. Dans le genre d’études que nous faisions, une bonne sortie pour ce type de profil est de passer le concours de l’ENA. Beaucoup de travail, une faible distinction, la transformation de sa timidité en une assurance de circonstance, et le tour était joué, la messe était dite. Quatre ans après, il gagnait son rang dans une des inspections générales interministérielles. A partir de cette époque, nous avions pris l’habitude de nous voir chaque semaine. Les dîners étaient animés, les discussions parfois violentes. Il se disait de gauche, et je devais être à ses yeux une sorte d’anarchiste de droite qui flirtait paradoxalement avec le fascisme. Bien sûr, je ne faisais rien pour le détromper : j’étais contre le suffrage universel (je le suis toujours), pour défendre certaines positions serbes (je le fais encore), écoeuré par la bourgeoisie de gauche, et prenais parfois la défense de Le Pen (sa fille Marine le fait très bien aujourd’hui). En avril 2002, alors que j’éructais contre les imbéciles descendus dans la rue pendant l’entre-deux tours pour manifester on ne sait trop quoi, faisant valoir que leur méthode était pour le coup proprement fasciste puisqu’ils n’avaient qu’à voter le dimanche suivant contre Le Pen plutôt que de jouer la pression de masse contre une partie de l’électorat français, alors que je me faisais insulter par des inconnus dans les bars à chaque fois que je répétais que je ne votais pas parce que la démocratie maintenait des élites lessivées et en faillite, alors que je ressentais viscéralement cette hystérie de la foule, cette folie beuglante des masses incapables de penser, comme emportées par le mouvement du corps social compacté et braillard, ce type prit sa carte au parti socialiste. Il fit parti des nouveaux adhérents qui se découvraient d’un coup des envies de militantisme politique. Les journalistes parlaient alors d’une repolitisation de la jeunesse, montrant par là à quel point ils n’avaient rien compris, à quel point aussi la situation allait perdurer pour les cinq ans à venir, à quel point enfin Le Pen n’était que le pendant bien pratique de tout ce système, l’épouvantail qu’on agitait pour faire peur aux enfants et les faire rentrer dans le rang. Bien sûr, après la première réunion de section du PS où il se rendit, il fit comme beaucoup de ces adhérents émotionnels : il n’y remit plus jamais les pieds. On voulait bien être de gauche, montrer sa carte pour le prouver, mais coller des affiches dans le froid, il n’en était pas question. Soit. Nous continuions à nous voir. C’était un type intelligent, et qui pouvait être agréable, bien que mal à l’aise en société. Mais qui pouvait songer à lui reprocher sa timidité? Il eut pourtant fallu le faire, quand, se croyant aussi important qu'indispensable par la seule grâce d'un concours de la fonction publique, cette timidité mua en un simple mépris pour tout ce qui n'était pas sa caste. Il y a de cela deux ans, alors qu’il ne cessait d’envoyer des commentaires sur l’affaire Gaymard, je renvoyais un courriel où je lui demandais ironiquement une comparaison entre le coût de l’appartement des Gaymard et celui du rapatriement familial. C’était outrancier, mais surtout provocateur, histoire de jouer au méchant. Il me renvoya sa réponse, grand démocrate, mais tout de même : « tu peux continuer à dire ce que tu veux, mais désormais, ce sera hors de ma présence ». Le mépris n’était pas feint, puisque nous ne nous sommes jamais revus. Je me suis rendu compte que j’avais du tout ce temps être à ses yeux un pauvre type, vaguement dangereux et complètement con. La dernière conversation que nous ayons eue tournait autour de l’interview de Le Pen sur les conditions de l’occupation allemande au cours de la seconde guerre mondiale. Evidemment, il trouvait cela ignoble. Sans vouloir discuter du fond, je lui demandais s’il avait lu la retranscription de l’entretien pour pouvoir en parler. Il me répondit qu’il n’avait pas eu besoin de le faire, car il venait d’une commune proche d’Oradour-sur-Glane, et qu’en conséquence il n’était pas nécessaire de lire les propos du borgne pour savoir que c’était puant. C’était comme s’il avait vécu dans sa chair le massacre des villageois, comme s’il était lui-même une victime, ou un résistant et que s’opposer à lui, c’était au contraire être un SS. Voilà comment il se considérait : comme un résistant. Même pas de la dernière heure, mais à contre-temps total. Enfin, un résistant quand même.

L’autre jour, nos amis communs qui continuent à le voir m’ont raconté l’anecdote suivante : à la naissance de son enfant, ce type, énarque installé, qui doit gagner trois à quatre fois le revenu moyen d’un Français, s’est débrouillé pour avoir une place en crèche publique, simplement en faisant jouer ses relations. Ce n’est pas grand chose, l’entorse n’est pas si grave. Mais c’était une épreuve, une tentation : utiliser ou non un passe-droit inique, injuste socialement et marqué du sceau du mépris de classe. Il a cédé sans une once de mauvaise conscience, tout en poursuivant ses discours de résistant. Voilà donc le genre de haut- fonctionnaire sans grande aspérité, soucieux de son confort personnel, prêt à faire partir les trains à l’heure, mais qui va dégueuler sur Papon.

Tout cela est anecdotique, j’en conviens, et n’intéressera probablement pas grand monde. Certains pourront me trouver bien populiste, mais je n’ai rien inventé de cette histoire. Je suis sensible aux détails : on y trouve les travers de beaucoup. Quand Strauss-Kahn parle de « rafle » c’est donc une posture, où il se représente comme résistant. Ca ne veut bien entendu rien dire, et ça n’a d’autre but que de participer à cette héroïsation personnelle que les individus contemporains poursuivent, engloutis par la faiblesse de leurs combats. Il faut être bien petit pour parler ainsi. Je suis persuadé au fond que ce n’est pas les nazis qui ont fait Hitler, mais Hitler qui a nazifié l’Allemagne. Nous sommes rarement des héros, nous sommes le plus souvent faibles, lâches, et prêts à nous soumettre au pire, si le pire doit régner. C’est de cela dont nous croyons nous protéger à travers nos discours. Et c’est pourquoi le plus souvent ils ne valent rien.

lundi, 02 octobre 2006

Du pain, de l'eau, un toit, des livres et merde.

 

medium_library_warburg.3.jpg

 

 "Un métier est un poids à porter toute la vie pour un homme ayant les épaules solides et de l'ambition" peut-on lire dans Les enfants Tanner de Robert Walser.

En 1929, l'historien d'art Aby Warburg laissait derrière lui une bibliothèque de 80 000 volumes. Il est dit que la plupart furent achetés par son frère cadet, en échange de ses droits sur l'héritage familial. 

La lecture suffirait donc bien à remplir mes jours. Je ne demanderais pas plus à la vie si j'étais raisonnable. Mais il est à craindre que les murs d'un asile ne dressent alors ma demeure. Il faut être fou pour avoir raison jusqu'au bout.

 

 

 

 

 

Toutes les notes