vendredi, 21 avril 2006

Un réac.

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William Friedkin, entraperçu à la cinémathèque, ressemble désormais à un retraité américain portant bedaine, mocassins et pantalon de toile avec la raie sur le côté. Il trouve les acteurs français formidables, Bruno Cremer fantastique et Amidou (Amadou dira le préposé à la traduction) merveilleux. Le cinéaste a donc aujourd'hui l'allure exacte de celui qui a réalisé "L'enfer du devoir", navet raciste terminal, connerie filmée avec un de ces manuels du découpage qui pullulent dans les librairies. Un type qu'on imagine tondre la pelouse de sa maison en Floride avec un petit drapeau américain suspendu à la porte.
Mais quand les lumières s'éteignent, on découvre "Le convoi de la peur", film chaotique et mal branlé, presque arythmique, courant après une expérience du réel qui paraît s'être abattue sur les épaules voutées des comédiens, dégueulant la musique écoeurante de Tangerine Dream sur des images de pluie, de crasse et de cendres, et touchant, in fine, au Royaume des Morts. Il n'y avait donc au bout de ce voyage cinématographique que cela, le spectacle d'une étreinte perdue, quelques pas sur le sol poussièreux au fond d'une jungle, un homme qui danse comme nous finirons tous par le faire, en attendant que la nuque cède et que s'exhale un dernier souffle.
Alors oui, le vieux Bill a filmé des fantômes et, comme tel, ce vieux shnock a bien mérité de tondre sa pelouse.

jeudi, 13 avril 2006

Vide bouteille

mardi, 11 avril 2006

Le monde des signes

Pour la deuxième fois de ma vie, j'ai rêvé de Thomas Pynchon.

La première fois, je montais une pièce de théâtre à partir de son Mason and Dixon. Un même comédien jouait tous les caractères. A la fin de la première représentation, j'apercevais au fond de la salle un homme âgé, plutôt grand, et coiffé d'une casquette. Il sortait dans la rue, allumait un clope, et nos regards se croisaient furtivement, le temps d'un sourire. La seconde fois, je me rendais dans la ville du Creusot où il était censé être passé pour la préparation d'un roman. Je tombais sur lui, lui expliquais que je voulais écrire un essai sur son oeuvre et son personnage, il me serrait la main et me disait qu'il n'y voyait aucun inconvénient. Ensuite, nous visitions les usines ensemble, puis je l'invitais à dîner dans ma famille et il passait le repas à séduire une femme, mais je ne sais plus qui au juste. C'était devenu un vieil ami. Quand je suis éveillé, l'envie d'écrire cet essai en allant sur ses traces me tient de plus en plus à coeur. Il m'arrive même parfois de ne souhaiter plus qu'être un personnage de ses romans. Ce serait une belle façon de disparaître.

En suivant le fil de recherches sommaires sur Internet, je suis tombé ici. Il n'y pas de hasard.
Le monde est un complot sans comploteurs.

jeudi, 06 avril 2006

Politique du moment

A l'heure de cette crise de régime qui n'en finit pas de finir, petite tumeur du 20 mars 1986 achevée en nécrose du corps social faute de soins nécessaires, et puisque à l'ennui nous n'opposons que le chaos, il est temps de mettre les voiles, cap sur les traces d'Antoine, le seul roi que nous nous reconnaissons. Musique : Devendra Banhart - "In niel"

lundi, 03 avril 2006

La boîte à images

samedi, 01 avril 2006

Le baiser de la langue

N’importe quel danois ou anglo-tatare convié à une réunion de travail dans une entreprise française peut éprouver les sensations d’une prise d’otage. Ce n’est pas une arme qu’on lui braquera sur la tête mais une interminable logorrhée déboutonnée dont ne sortira généralement qu’une seule décision : la date de la prochaine réunion. Nul besoin d’enjeux majeurs pour réveiller les glandes salivaires du Français. Mettez au vote la couleur des interrupteurs à l’entrée des chiottes du deuxième étage et vous occupez pendant trois semaines les trente-cinq heures des salariés de ce pays. Une raison de plus d’aller boire des cafés avant de se vider sur les gogues, le regard concentré sur ces foutus interrupteurs. Mais au fait, pensera-t-on alors en levant la tête, ne faudrait-il pas changer les lampes par la même occasion ?

Bienvenue dans le pays de la langue débondée, bienvenue dans les comptoirs de la parlotte, les dîners d’aérophages et les mouvements perpétuels de la glotte.

« La France, ce vieux pays ». Un jour pas si lointain, un grand couillon lâchait son emphase comme une troupe de grognards dans un magasin de literie, et les Français, toujours prêts à suçoter les bottines de roitelets, ont cru que leur pays venait de gagner la troisième ou quatrième guerre mondiale. S’il en était resté là, ce type aurait gagné le cœur de ses concitoyens, ce qui est toujours pratique avant d’aller enfoncer sa queue dans les sentiers interdits. Les facilités orales du beau parleur sont chez nous signe de puissance sexuelle. Le langage est cet envoûtement secret qui caresse les nuques des filles avant qu’elles ne cèdent leur corps de chatte abandonnée et humide à la langue infatigable du joueur de Hamelin. Qui sait l’usage érectile des mots baise déjà en parlant, et sa séduction est une coucherie pleine de malices, remplie à fond de cale de délices charnels.

Mais voilà, notre Bonaparte cendré à particule, ayant pris ses appartements à Matignon, a cru voir dans le vieux pays une fille de rien pour laquelle il n’était nulle nécessité de s’embarrasser de mots. Il fallait désormais « la prendre par les hanches » sans plus de ménagements. Un poète qui se découvre raté se prend à rêver d’empoignades militaires. Sa langue s’oublie dans des songes de cavalcades, des montées à cru sur des croupes faciles, et il se persuade follement que les culs ne parlent ni n’entendent. Il a oublié son Rimbaud. Le voilà général d’armée morte sur un champ de bataille. Mais ce théâtre de guerre n’est plus que le lieu d’une saignée du langage. On n’y comprend plus rien et on y braille comme jamais.

Les AG étudiantes sont alors des espaces où la parole se prend, comme d’autres ont cru prendre la France : sans retenues, et dans la bêtise crasse de croire que tout est donné à celui qui pète, persuadé que son trou de balle se passera de mots choisis. Les voilà qui veulent la révolution, c’est-à-dire rien. Des dizaines de réunions de travail où on parle beaucoup et mal pour ne pas décider. On croit s’abandonner aux plaisirs de l’oralité, mais on le fait comme des cochons et la parole n’est plus qu’une symphonie de groins. Il n’est qu’à voir comment les filles se présentent à nous, le plus souvent vêtues comme des sacs, leurs courbes noyées dans des étoffes sans formes. Habillées comme des patates, elles parlent comme des patates et ce sont des patates. On ne voudrait pas faire le compte de leurs nuits, débraillées et gueulardes, envahies de camomille et de bières éventées.

Mais si nous tournons la tête, il est à craindre que l’époque ne nous abandonne devant autant d’affiches publicitaires présentant des corps lisses et synthétiques, tout un amas triste de chairs en plastique, tous ces mots techniques qui ne renvoient plus qu’à un monde froid, inanimé et sans enjeu, un monde gouverné par des automates au sourire grimaçant. Aussi nous le savons, partout où se conservent un peu les lampes chaudes d’une langue mutine, partout où les mots savent encore caresser les cuisses, partout où la parole est un acte, les garçons et les filles sont beaux qui dansent ensemble.

 

P.S.

Ce billet est écrit un premier avril, date de mon anniversaire. Des personnes comme moi, on pourrait dire que leur naissance est une blague. Mais ne l’est-elle pas pour tout un chacun ? Je vous souhaite donc à tous un très joyeux anniversaire.

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