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lundi, 27 mars 2006
Où le rebelle présente ses lettres
Ce blog n'est pas le blog d'un anti-conformiste. La lâcheté, c'est le tout venant, c'est chaque jour, c'est un choix de vie relancé à coup sûr. Les pleureuses de gauche nous emmerdent depuis 1995. Les rebelles de droite nous fatiguent depuis 2002. Au final, les postures nous agacent.
Tout cet hiver, l'auteur de ce blog s'est tenu à bonne distance de trois SDF qui dormaient à la station de Menilmontant, parce que les SDF ne se lavent pas et qu'ils puent effroyablement, en même temps qu'ils boivent et ont des comportements imprévisibles. Pas de honte à avoir là-dedans, nous les savons eux aussi humains, mais d'une autre espèce que la nôtre, si bien qu'il ne nous dérange absolument pas de les savoir en train de souffrir à quelques mètres de nous. Nous sommes par contre tout disposé à pleurer sur leur sort dès lors que les reportages faits sur eux seront accompagnés d'une musique adequate.
Nous aimons notre prochain, si tant est qu'il a bu son coup avec nous. C'est d'ailleurs à cela que nous l'identifions. Sinon, nous n'aimons pas des personnes, faute de les connaître, mais des personnages, puisque ils sont mis en scène et que donc ils nous touchent.
Nous pensons souvent aux pauvres, aux petits, aux ouvriers, bla bla... mais avec la distance qui s'impose, vu que nous venons de la petite bourgeoisie et que la famille n'a pas parcouru tout ce chemin en se décrottant les sabots pour qu'un rebut dégénéré qui s'est fait payer ses études en vint à trouver exaltant de faire le chemin inverse. Alors les pauvres, on veut bien les voir de loin mais on ne les invitera pas à notre table pour partager le gâteau (sauf pour se foutre de leur gueule). Nous avons fréquenté quelques enfants de bonne famille qui, aussi cons qu'ils pouvaient être, n'ont pas cessé de nous impressionner tant ils parlaient et s'habillaient bien. Nous les avons croisés, mais ils ne sont pas devenus nos amis pour les mêmes raisons que nous ne nous aboucherons pas avec une fille des cités, ou une caissière de supermarché qui ne serait pas bac+5. Nous avons donc appris où se trouvait notre place.
Nous ne cessons pas non plus de nous plaindre des fainéants de fonctionnaires et des fainéants d'étudiants qui deviendront des fainéants de fonctionnaires. Nous avons pourtant cramé deux ans d'indemnités chômage après notre premier boulot, histoire de ne pas perdre l'argent qui nous était dû.
Nous lisons les Inrocks pour débusquer la dernière merde musicale. C'est un vice que nous tenons depuis 1989 et dont il paraît impossible de se défaire. Les livres que nous avons lus se retrouvent pour la plupart dans "la bibliothèque idéale" préfacée par Bernard Pivot. Nous adorons Tarkovski et le cinema américain des années 70. Nous avons une théorie sur tout.
Il y avait donc de bonnes raisons d'ouvrir un blog.
vendredi, 17 mars 2006
La pellicule primitive

En 1996, Henri-François Imbert a 29 ans, une bonne amie, une camera d’amateur et une envie de voyage, ce qui suffit parfois à devenir cinéaste. Equipé pour la vie, il réalise donc un documentaire de 40 minutes, Sur la plage de Belfast. Le film tient à peu de choses, quelques visages, une voix blanche, un bout de la grande Histoire et un morceau de pellicule trouvé dans le magasin d’une camera super 8. C’est un cadeau que son amie lui a rapporté d’Irlande du Nord. Certains présents, moins idiots que d’autres, sont des balles qu’on saisit au bond pour s’inventer un chemin. Comme les pochettes surprise, celui-ci renfermait une carte au trésor, un petit film de deux minutes où l’on distingue trois femmes de générations différentes marcher sur une plage tandis qu’un homme apprend à nager au loin. Ce n’est rien, et c’est déjà immense pour qui s’étonne du monde. Henri-François Imbert est un jeune homme qui se rêve flibustier, prêt à fouiller les malles enfouies dans le sable irlandais pour y trouver une famille. L’exercice sera profitable : au bout de son enquête, il rencontrera des gens simples, et quelque chose d’entièrement neuf qui est le cinéma.
En remontant le fil de ce bout de pellicule qui l’obsède, le voilà avec son anglais de collège qui arpente les trottoirs de Belfast, étrangement calmes alors qu’un accord de cessez-le-feu vient d’être signé par les loyalistes. Le temps vécu dresse aussi le lit de l’histoire. Celui de François s’enroule autour de quelques images en super 8 dont il poursuit la trace. Il retrouve une enseigne, l’angle d’une brocante, et les souvenirs se lèvent un à un qui le prennent par la main pour le mener sur une plage noire de galets. Trois femmes sourient alors timidement dans le vent, un homme marche à côté d’elle, la même image, onze ans après, les corps un peu plus lourds, les traits plus fatigués. Ne manque qu’une seule personne, celle-là même qui filmait en 1985. C’est le hors-champ, la place du mort. Elle n’est pas vide, le cinéma vient l’habiter. On comprend alors qu’Henri-François Imbert n’a fait, tout ce temps-là, que glisser son index sur le chien de la même caméra et qu’il reprend le film, comme on reprend une image, comme on rapièce un bout de tissus jusqu’à tenir nos vies éternelles. Devant la mer grise, tous les plans le disent : un cinéaste est né, qui vient d’accoucher d’une œuvre magnifique.
Sur la plage de Belfast
Un documentaire de Henri-François Imbert.
DVD disponible aux éditions Montparnasse, et comprenant en plus Doulaye, une saison des pluies et No pasaran.
P.S. 1 : A deux reprises est apparu le mot « super 8 ». C’est que ce format de pellicule nous enchante : grain, densité des couleurs, contraste élevé, définition fantomatique, Kodak a inventé là la page chimique sur laquelle coucher tous nos souvenirs. On ne filme pas le présent avec ce format, mais déjà une disparition du temps vécu qui vient se fixer dans l’histoire. Il suffit de comparer avec les formats video, assommant de vérisme gynécologique. Filmer en super 8, c’est filmer un écart. Pur acte cinématographique.
P.S. 2 : Henri François Imbert a tourné son film avec une camera super 8, une HI 8 (couleurs passées assez hideuses aujourd’hui) et un vague microphone qu’il semble avoir gagné dans un jeu de tirs aux pigeons. Pour le reste, il s’arrange avec la lumière naturelle, et un cadrage embarrassé par le fait qu’il est seul. Evidemment, au bout du compte, cela n’enlève strictement rien à la qualité de son film. Je serais alors tenté de dire que réaliser un film ne passe pas nécessairement par des dépenses somptuaires et la constitution d’une lourde équipe de cinéma. Qu’il suffit parfois de 500 euros et d’une idée. Mais j’ai bien peur que cela incite trop de couillons à croire qu’ils ont du talent depuis qu’ils se sont acheté cette petite camera merdique. Déjà qu’il suffit d’un mac portable pour se prétendre écrivain.
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mardi, 14 mars 2006
Jours de solde.


vendredi, 10 mars 2006
Et alors (dernière partie)
