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mercredi, 14 décembre 2005
le pays natal

Nos regards tournés vers les espaces illimités n'y mettront jamais fin : il faut peu de choses pour habiter ce monde. De l'eau, du pain et des habitudes y suffisent. La frayeur originelle que nous ressentons à y être, cette inquiétude muette et sans objet s'éteint doucement au travers des gestes que nous accomplissons jour après jour, qu'ils soient nos rituels ou nos étreintes, comme au travers des visages que nous faisons nôtres, ceux de nos amis, de nos familles, ceux de notre temps. La sublime terreur hantée par les abîmes et soulevée par les voûtes infinies s'efface alors pour un sol plus stable, une terre qui ne crie ni ne jure, notre pays natal. C'est lui que nous habitons ; il est notre patrie.
Qu'un ami vienne à manquer, qu'un amour se casse comme un rameau sec, que les habitudes perdent de leur familiarité pour devenir les spectres d'un autre monde, et c'est tout le pays qui tremble, le terrain qui vacille, un paysage qui s'éboule. Les amarres se détachent. Nous nous sommes un jour tous faits marins, le visage battu par le vent du grand large. Il m'arrive encore de regarder les paumes des gens pour y trouver les traces des cordes dénouées. Mais s'ils sont encore là, et si nous échangeons, c'est qu'il nous a été donné de toucher parfois terre.
Il est des rivages qui se glissent dans l'obscurité avant que la lumière ne traverse la salle pour s'étaler sur l'écran. Des rivages qui bruissent de conversations étouffées et du ronronnement apaisant d'un projecteur, celui-là même qui diffusait ces petits films tchèques le soir après l'école. Les images et les sons se mêlent à l'expérience de la salle, à ses silences troués, à ses parfums planqués derrière les fauteuils à la ronde et à ces visages entraperçus dans la pénombre. De cette pelote, j'ai tissé les draps de tant de souvenirs qui, étendus sur le sol, colorent aujourd'hui mon pays natal. Ainsi, il m'est aisé d'affirmer que j'ai parlé longuement avec Jean-Pierre Léaud un jour du mois d'août 1993, lui qui riait avec sa gorge nouée en 1972. Certains plans sont élus par notre mémoire et accèdent à la qualité d'une expérience intime. En cela, ils ne peuvent être faux. Comme les films nous rêvent, nous finissons alors par les habiter.
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vendredi, 09 décembre 2005
Empire de l'autofiction
Une chose que je ne comprends pas : les artistes sont de plus en plus nombreux et je ne compte pas un seul ami parmi eux.
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