mardi, 29 avril 2008
Tu n'aS rien vu à Angkor

Je n’ai pas vu Angkor. J’ai passé presque six semaines au Cambodge, sans jamais voir Angkor. Avant mon départ, les personnes que je mettais au courant de mon projet me demandaient immanquablement si j’avais prévu d’y aller. « A l’occasion » répondais-je alors. J’imaginais peut-être qu’il me resterait une semaine de temps libre au cours de laquelle j’allais me rendre à Siem Reap en filant sur le Tonle Sap.
Une fois sur place, j’ai tourné des plans jusqu’à l’avant-dernier jour de mon séjour, me contentant le lendemain de laisser couler la gueule de bois qui m’avait saisi au réveil. J’avais, la veille au soir, bu sans relâche pour saluer le dernier jour de tournage, les feux des moto-dup qui filaient sur le Norodom boulevard provisoirement désert, et l’étrange ballet des jeunes gens qui jouaient dans la rue, en attendant le nouvel an.
Je suis donc rentré sans avoir rien à dire sur les splendeurs patrimoniales du Cambodge. « Alors, tu as vu Angkor ? » m’a-t-on demandé à mon arrivée. Non, je n’ai pas vu Angkor, et, sincèrement, je m’en fiche. Les vieilles pierres m’ennuient, j’ai horreur de la foule, et les cartes postales restent des cartes postales. Je suis désormais certain de ne pas aimer les voyages, comme s’il m’avait fallu de nombreuses tentatives pour l’admettre. « Nous sommes cons, mais quand même pas au point de le faire par plaisir» disait en substance Beckett. Un vieux cousin de mon grand-père me répétait cette phrase, quand j’étais plus jeune, et je dois avouer que j’en ressentais un peu de déception à son endroit, alors même que je lui portais beaucoup d’affection. Je sais aujourd’hui qu’il avait raison : nous sommes cons, mais pas au point d’aimer voyager, ce qui fait tout de même que les plus-que-cons sont nombreux.
Alors, non, je n’ai pas vu Angkor car je suis parti pour tourner un documentaire avec Bruno Deniel-Laurent.
A présent, je songe à tous ces jeunes Cambodgiens qui, le soir venu, tentaient de se séduire en se tenant par la main pour former un cercle qu’ils allaient rompre peu après. J’imagine encore leurs jeux d’enfants, et j’espère que certains d’entre eux sont tombés amoureux. Cette seule pensée me fait du bien.
Vous pouvez voir la bande-annonce du film (dont le montage est en cours) en suivant le lien qui suit:
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vendredi, 25 avril 2008
Les Schnocks
Tout conservateur devrait se réjouir de lire dans les colonnes de Libération certains textes comme celui-ci : on y retrouve encore ce magnifique mélange de moralisme et d’assomption du contemporain qui faisait l’ordinaire du journal avant sa reprise par l’opposant Joffrin. L’ordinaire ne s’est donc pas fait rare ; les équipes passent, mais les crétins demeurent.
Les Amis des Cahiers – le nom sonne comme un club de retraités inutiles - se fendent d’un texte maniant la caresse et le fouet, où l’amour d’une revue justifie la menace qui s’adresse à tout éventuel repreneur. Probablement qu’après avoir lu ce texte, personne ne voudra se risquer à déchaîner les crises gendarmesques des ses signataires. Alors les Cahiers disparaîtront, et nul ne s’en plaindra.
Car qui lit ce torchon aujourd’hui ? Certes, on peut encore l’acheter, par misérable habitude, par rente intellectuelle, par cette sorte d’espérance naïve qu’enfin quelqu’un y écrira un article valable, ce qui est en soi bien plus improbable que la duplication génétique de l’arbre testiculaire raëlien. Mais comme le savent les plus brillantes garces, payer c’est une chose, consommer en est une autre. Entre d’invraisemblables trouvailles conceptuelles qui ne sentaient la truffe que dans un trop crédule lectorat et des approximations de jeune gland aussi bien dans les faits que dans les références, la revue jouait le texte critique – savant mais invariablement faux – contre le cinéma qu’elle ne semblait plus ni apprécier ni reconnaître. C’est une chose courante pour les critiques que de sauter par-dessus l’objet qu’ils devraient servir comme n’importe quel autre agent culturel, dans l’espoir tout à fait macaque de faire valoir leur mystérieuse présence d’auteur. Mais dans le cas précis des Cahiers, le style n’y était même pas. L’ennui, oui, la pauvreté de concepts, oui, la parodie de discours instruits, oui, mais le point de vue, jamais, aucun, pas un seul. Depuis quelques années (vingt, trente, quarante ans ?), personne n’a jamais rien appris sur le cinéma en lisant Les Cahiers (et puis moi, je lisais Starfix).
Mais ils se trouvent des Amis pour vouloir encore la défendre. Si l’on renifle derrière le coup le fumet du petit groupe endogamique habituel au cinéma français, cet impérieux désir de se frotter entre cousins pour chier des générations de marmailles parfaitement mongoliennes à la sauce petit blanc, l’opération relève cependant d’une maladie plus vaste et plus prégnante, une épidémie qui a d’abord touché notre pays, avant de se répandre comme la peste sur d’autres ports. Appelons-là d’un mot : la culture.
Elle irradie de sa confondante superbe les mots délicatement pesés par les Amis des Cahiers, séparant les bons des méchants, et le noble du vil. Pourtant, comme à chaque fois qu’elle se trouve mise en avant, cette culture qui fait « monde », soupe originelle où s’ébattent des « personnalités », charrie son lot de confusion et de clichés. Le monde culturel, relevions-nous, se présente encore une fois comme une cité d’or et de miel que l’ont doit protéger des affaires communes, par un « rôle de vigilance et de conseil ». Mais en même temps, la culture qui n’est pas une marchandise comme les autres (et révèle ainsi sa nature de marchandise parmi les autres) réclame pour sa défense des actionnaires. Nos cinéastes et acteurs n’oublient pas leurs jetons, soupesant probablement sans s’en rendre compte cette simple idée qu’il n’y a pas d’art sans rétribution, et qu’on appellera culture ce moment socio-historique où le mode de rétribution est devenu le garant de la qualité d’artiste. Comme tout moment de l’histoire, la culture est donc née d’un renversement de concepts et de valeurs, dans lequel s’ébaubissent de simples agents culturels persuadés de tenir entre leurs mains de créateurs les tables de la Loi. Comme tout prophètes, nos artisses pensent loin vers les plages brumeuses des horizons. Ils parlent d’avenir et d’identité, à l’heure où « la pensée critique » est « de plus en plus menacée par ailleurs ». Outre qu’on peut s’interroger sur cet « ailleurs » (car la culture n’est pour eux jamais menacée de l’intérieur, mais par le Grand dehors), on se demande comment une pensée critique est possible quand on semble se crisper sur une question d’identité et de fidélité. Je ne ferais pas ici le procès que d’autres ont généralement à subir, mais le texte renvoie magistralement à ce délire de la pensée culturelle qui voudrait sortir de l’axe ténébreux de l’histoire par des lendemains qui chantent le bon goût de l’universel humain, tout en élaborant pragmatiquement un discours centré sur la défense patrimoniale et identitaire.
Bref, on sait où se trouvent vraiment les vieux cons.
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samedi, 19 avril 2008
Oh! Phnom Penh
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mercredi, 09 avril 2008
Le cru, le pourri

Avant de quitter Paris, je m’étais organisé de manière à pouvoir achever la lecture de « La route » de Cormac McCarthy. La fin me fit une impression durable qui se prolongea jusqu’au moment où je foulais le tarmac de l’aéroport de Ponchentong. Le roman raconte peu de choses, mais le fait avec une incroyable force de moyens et une terrible puissance d’évocation. Il n’a cependant rien d’original et s’inscrit dans ce cycle d’œuvres nées sur les gravats du 11 septembre, œuvres jusqu’à présent plus cinématographiques que littéraires. Je pense, bien sûr, au remake que fit Spielberg de « La guerre des mondes » ainsi qu’au plus récent « Cloverfield ». Certaines séquences de « I am a legend » pourraient de même être incluses dans ce tableau rapidement brossé d’une trace métaphorique des attentats de 2001. Il s’agit à chaque fois d’accompagner la fuite d’un homme tentant d’échapper à une destruction insensée et rageuse de toute forme humaine, c’est-à-dire, faut-il comprendre, de la civilisation. Mais cette volonté surréelle de survivre malgré tout, malgré un carnage qui s’annonce terminal et auquel, finalement, chacun voudrait s’abandonner presque paisiblement, ce désir déraisonné et sauvage de prolonger sa vie ne peut tenir que par la poursuite d’un autre but : la protection d’un être autre que soi. Les plus simplistes s’appuieront sur une romance amoureuse, prolongeant une croyance définitivement naïve dans un absolu des affections sentimentales (alors que nous savons tous que n’importe quelle catastrophe constitue l’occasion rêvée de se débarrasser enfin de sa femme). La beauté du livre de MacCarthy réside, elle, dans cette inlassable croyance du père que quelque chose doit continuer d’être transmis, malgré le froid, l’épuisement, et surtout, la faim. Ce quelque chose n’est pas une culture (heureusement), ni tout à fait une civilisation, mais un rapport aux êtres finalement très simple qui repose sur l’interdit de leur ingestion. On ne mange pas des êtres humains, voilà ce que le petit doit comprendre jusqu’au bout, en évitant lui-même d’être dévoré.
Parmi les récits que nous avons pu recueillir de certains survivants ayant échappé aux massacres des Khmers rouges, des mots revenaient dans le cours des conversations qui tous relevaient du même champ sémantique : la faim, la dévoration, manger, les corps… L’anthropophagie est un interdit que nul ne songerait à remettre en question, ce qui n’est pas le cas d’un autre tabou comme l’inceste. C’est pourtant un verrou qui saute à la faveur des famines contraintes et du genre de politique d’ensauvagement que pratiquait les Khmers rouges. Trente ans après, outre une société ultra-individualiste qui est caractéristique des pays sortis de la glaciation communiste, le régime de l’Angkar a laissé derrière lui des traces d’animalisation : la vengeance pour certains ne passe par le meurtre, encore moins par un simple emprisonnement, mais par l'absorption des dirigeants Khmers rouges encore vivants. Comme la nature humaine est infiniment souple, les jeunes gens aux coupes mulet improbables demeurent totalement ignorants de ce qu’on vécu leurs parents, et ne veulent pas croire à toutes ces histoires. Mais on pourra tout de même conseiller au gouvernement de Hun Sen de les nourrir un peu mieux.
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vendredi, 14 mars 2008
Ici
Ici, la chaleur devient plus lourde à mesure que l’on avance dans le mois. Un voile de brume saumâtre s’étend dans le ciel dès le matin, le promeneur intrépide respire de la poussière toute la journée, et, le soir venu, comme le farang moyen, il ne lui reste plus alors qu’à vider ses tripes dans un cocktail de milk-shake mango et de loc lac épicé. Ensuite, si les dieux sont cléments, il pourra se lever le lendemain. Sinon, prévoir de tenaces vertiges.
D’autres sont possibles à la vue des charmes féminins, incroyable étalage de beautés mutines, qui vaut au pays sa réputation de pays du sourire. Pour qui se sent impropre à toute séduction, trimballant sa médiocrité de l’ici aux ailleurs, restent le cours du dollar et les déséquilibres nord-sud pour lui donner le goût de ces peaux cuivrées. A trente dollars la nuit, y compris les ultimes épousailles de chair au matin, des troupeaux de buffles au cul rose viennent s’amasser aux mêmes points d’eau : Mikado, Circée, Sophie’s, bar of the happy man a-t-on même vu. Homme heureux qu n’a qu’à payer le prix d’une course en taxi, le voilà un instant le nez poudré par les milles chattes de l’orient. Il rêve alors un peu, secoué de sanglots in utero, avant que d’invisibles morsures ne viennent un jour le saisir.
En dehors de la ville, poumon de gélatine rose opiacé, s’étend la campagne sur un interminable bord de route cahotante, autrement dit, rien. Des lieux, des visages. Les enfants s’étonnent de voir un blanc d’aussi près. Peu de voitures s’aventurent sur ces pistes. Des rares véhicules qui s‘arrêtent, descendent des hommes de la ville venus apporter l’indispensable information sur le déroulement du Procès International qui a donc débuté. On voit des visages s’ouvrir, on entend des paroles se libérer mais on reste gêné par ces récits éprouvants de massacres, de tortures, et d’assassinats. Dans ces villages de pêcheurs, l’histoire passe habituellement avec une certaine viscosité, de manière plus épaisse. Rien de l’hypermobilité d’un monde connecté. Et la dernière fois qu’elle est passée au même rythme que le monde, ce fut un déchaînement des enfers. Des jeunes gens au visage fermé, vêtus de tuniques noirs et qui n’avaient pour tout savoir que le fusil qu’ils tenaient, maculèrent de sang chaque parcelle de la terre cambodgienne, déjà brûlée par les bombardement américains. Une vieille femme malade craint même que le Procès ne ramène Pol Pot. Et s’il revenait au pouvoir ? Il est mort, lui dit-on. Personne ne le sait, répond-elle.
L’histoire, c’est désormais entendu, passe ici différemment.
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vendredi, 22 février 2008
Atabekianisation et autres incarnations
J’avais préparé un texte qui prolongeait les aperçus sur le réel par quelques commentaires sur le livre de Pierre Bayard, « l’Affaire du chien des Baskerville ». L’idée était d’écrire sur les rapports entre mondes fictionnel et imaginaire et de glisser imperceptiblement vers mes marottes sur le cinéma du souvenir et des fantômes en passant par le beau film de Victor Erice, « l’esprit de la ruche ».
Mais je n’ai pas le temps.
Et puis, finalement, tout cela m’emmerde.
Je ferais mieux d’écrire un blog qui raconterait mes petits tracas du quotidien, les affres de l’amour et les pirouettes sexuelles, quoique non, je suis trop vieux et hétéro pour ce genre de confessions à l’ego qui sent le pipi.
Non, à mon âge vénérable, voilà ce qu’il faut dire :
Je ferais mieux d’écrire un blog qui raconterait mes dernières sorties culturelles et mes dernières lectures en donnant un avis sur tout, oui, je ferais mieux d’exposer ma belle subjectivité en dressant la liste de mes goûts artistiques, et même parfois je rédigerais des carnets de voyage, un peu détaché de tout cela, quand même on n’est pas des touristes cons, et on communierait dans un grand parc à thèmes, ici le concerto pour piano n°3 de Rachmaninov interprété par Lugansky, là la parade nuptiale sous les yourtes mongoles, et mon dieu, on a bu du lait de jument - c’était si aigre – et les petit mongols se moquaient bien de nous…
Mais ça m’emmerde pareil.
Alors, soucieux de conserver le contact avec mon fidèle lectorat, j’écris sur ce que je devrais écrire et que je n’écris pas, l’esprit un peu embrumé après avoir vidé des caisses de vin blanc en compagnie de Patrick Deville, qui n’est pas moins que le plus grand écrivain français contemporain, si ce genre de proposition a un sens. Au fond…
Je ferais mieux d’écrire un billet qui raconterait ma rencontre avec Patrick Deville, l’homme et l’œuvre, mais je réserve cela pour une revue.
Le fait est que nul n’échappe à la forme confessionnelle qu’implique nécessairement la tenue d’un blog. Il suffit de se relâcher, pour se livrer, et c’est dégoûtant.
Je ferais mieux de terminer ma réécriture de scenario, de rédiger enfin le synopsis du pamphlet, et de préparer plus soigneusement le tournage du documentaire en Asie pour lequel je pars dans une semaine.
Sinon :
Apéritifs : 60,70 €
Escalope milanaise : 18 €
Bouteille de vin blanc : 21 €
Penser à adresser une facture à la Rédaction.
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jeudi, 07 février 2008
La chute
“No country for old men” est un film raté. Non pas un mauvais film, mais un film raté. Car les Coen sont bons, et même très bons, une fois qu’on a compris qu’ils ne parlent jamais d’Amérique, ou de truands, ou de crime, mais qu’ils filment ce qu’il reste des histoires d’Amérique, des histoires de truands et des histoires de crimes. Leur film symptomatique (pas leur meilleur), c’est « Barton Fink », une autobiographie qui raconte l’histoire d’un crétin d’artiste incapable de vivre dans le réel et qui va donc s’installer dans une image. Car c’est tout ce qu’il peut faire. Et c’est ce que font les Coen, s’installer dans une image. Ils le font bien. Ils sont grands. Miller’s Crossing est un chef-d’œuvre. C’est pour cela que « No country for old men » est un film raté, pas mauvais, mais raté. Comme le petit Fink, ils ont voulu parler directement d’un bout d’Amérique, sans passer par la légende, et les romans noirs. La faute à MacCarthy, probablement. Du coup, tout sonne faux et ennuyeux. La mise en scène reste pourtant magnifique : il n’y a que chez eux que les plans s’enchaînent au millimètre, pas un bout de trop ou de moins, sans que l’on soit gagné par cette sensation d’étouffement que l’on ressent devant les films story-boardés. Ils ont le talent de la légèreté, un truc qu’on n’aime pas trop par ici.
Et la question du jour : « Cloverfield » appartient-il encore au registre du cinéma ? Evacuons quelques considérations d’emblée.
Oui, cela raconte quelque chose, très simple et très contemporain d’ailleurs : tout le monde peut mourir à la fin (quelle rage dans la destruction, quelle joie dans cette rature sanglante des jeunes bourgeois new-yorkais !), mais la caméra survit à tout.
Et oui, c’est mis en scène, et même ultra mis en scène. Il faut être sévèrement ignorant pour penser que la caméra portée et décalquée du film de vacance enregistre par hasard ce qui lui tombe dessus. Au contraire : cette longue chaîne de plans séquences a du nécessiter une préparation conséquente. Car il faut un travail considérable pour transformer en accident sur l’écran ce qui était surdéterminé sur le plateau de tournage. Donc, qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, tout était mis en scène (placement des comédiens, écroulement des décors, tempo des cris, silence et accidents, un vrai chant du carnage et de la destruction).
Mais voilà un film immersif, sidérant, qui vous secoue pendant une heure trente, et se fait oublier dans les dix minutes qui suivent. Junk movie à regarder en se gavant de junk food ? Certainement. Il est d’ailleurs amusant de constater que le cinéma le plus contemporain retrouve son ancêtre forain en passant par la case jeu vidéo, comme si nous en avions fait le tour de cet art de guignol désormais confit dans sa bourgeoisie.
Néanmoins, comment justifier qu'on l'aime encore ce film, presque vingt-quatre heures après sa projection ? Peut-être un art du chaos et de la terreur qui vous renvoie aux peurs les plus intimes. Il faut probablement avoir la phobie des avions pour comprendre ce que je veux dire sur "Cloverfield", un film qui a horreur du ciel, du vide, et de la hauteur. Un de ses auteurs, JJ Abrahams, ponctue d'ailleurs la plupart de ses réalisations de scènes d'accidents d'avions. Ce en quoi il s'avère très spielbergien : encore un fou qui veut assommer le monde de ses peurs d'enfant.
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mercredi, 06 février 2008
C'est trop top
Le plus beau court-métrage de 2008 est donc « Primrose Hill » de Mikhael Hers. Je l’ai vu le 06 février 2008, à une heure du matin, alors que je me relevais pour la deuxième fois de mon lit en me maudissant de ne pas savoir dormir.
Je devrais ajouter que je n’ai presque vu aucun des courts-métrages produits en 2007 et que j’ai donc peu d’appuis pour justifier que « Primrose Hill » soit le plus beau d'une année à venir. Et, poussé dans cet élan de sincérité, je devrais tout autant préciser que le rythme neurasthénique du film n’en fait pas non plus un film passionnant. Nous restons tout de même dans le territoire français où l’on filme mélancoliquement les jeunes gens mélancoliques, drôlement les personnages drôles, et avec beaucoup de veulerie les êtres veules. Cinéma où la forme décalque le fond et où la bêtise répète celle de ses personnages. C’est d’ailleurs pour cela que le genre du film d’action est impossible en France puisque c’est justement le seul où il est indiqué de tourner avec la même vivacité et brutalité que son héros.
Comme je suis dissimulateur, je me contenterais donc de faire croire que j’aurais pu écrire ces précisions, tout en m’en tenant à cette seule phrase simple : le plus beau court-métrage produit en 2007 était donc « Primrose Hill » de Mikhael Hers.
Et je signale, à toute fin utile pour les curieux, que le plus beau court-métrage produit en 2006 était « Charell » de Mikhael Hers.
D’où notre conclusion :
en une heure quarante-cinq minutes tournées sur deux années, avec deux histoire différentes, ce jeune réalisateur a déjà mis en place un univers personnel où les personnages qui s’étiolent suavement à l’écran semblent parfois s’enfermer avec des fantômes pour leur murmurer cette tristesse qui jamais ne s’en va.
Et pour une vraie critique, je vous suggère d'aller lire ici.
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samedi, 02 février 2008
Un succès de librairie
Il y peu, on m'invite à proposer un sujet pour une collection de pamphlets chez une jeune maison d'édition. J'hésite quelques jours, déjà débordé par de multiples projets.
Hier, après deux bouteilles de Chardonnay vidées en compagnie d'un ami, nous trouvons un titre : "Sarkozy ou le dernier soixante-huitard (éloge d'un mao-rrassien)". Il devrait casser la baraque à frites. D'ailleurs, je trouve le titre tellement bon qu'il me paraît inutile d'en rédiger le programme.
Je vais peut-être chercher un autre sujet.
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vendredi, 25 janvier 2008
Document
Je regardais hier un documentaire qui passait tard le soir sur France 2. Après quelques minutes, j'ai compris qu'il s'agissait de ce film dont N. m'avait parlé trois ans auparavant, alors qu'elle travaillait pour la chaîne. Il n'y eut donc pas de surprise à découvrir que cet homme dont nous suivions la démarche mourrait à la fin littéralement sous les yeux du téléspectateur. Un cachet, deux gouttes, quelques baillements allongé sur le lit, et c'était fini. Une euthanasie filmée jusqu'au bout après d'invraisemblables scènes où l'homme organisait un pot de départ radical avec ses collègues, faisait une dernière fois la fête, recevait un ami passé là cinq minutes avant qu'il n'aille définitivement s'allonger. "c'est une situation étrange" constatait d'ailleurs l'invité de dernière minute en regardant l'infirmière qui présentait ses petits produits "sentant le bonbon".
Ma première réaction fut de penser que la réalité dépassait la fiction. Ce lieu commun bien évidemment faux, puisque les deux régimes du réel et de l'imaginaire ne sont pas en compétition, mais en décalage, et se frottent l'un sur l'autre. Un auteur un peu avisé pourrait inventer des scènes encore plus stupéfiantes. Oui, mais elles ne seraient pas vraies, constateraient alors les idiots. Le poids de réel ne fait pas la vérité, surtout quand le réel est faux (je sais, ça va encore faire râler).
Ma deuxième réaction fut un grand abattement. car je n'avais rien appris. Je n'avais non plus rien compris. J'avais juste assisté à la mort d'un homme sans même ce caractère de rituel pédagogique qu'on pourrait lui prêter. Je me suis senti vide, et un peu écoeuré. Pour tout dire, inutile, et sans plus d'estime de soi. C'est que même le genre documentaire finit par être souillé de l'ivresse spéculaire creuse de la télévision. Comme il n'y a rien à voir, on montre tout, même la mort d'un homme. Et on n'en tire aucune leçon.
Alors, après avoir vu une telle porcherie, je me demande quelle exigence peut-on réclamer à un téléspectateur, quel documentaire peut-on encore lui montrer qui aurait la force hypnotique de ce qui nous jette dans un tas de boue en nous retirant tout sens de la dignité ? Probablement rien. Nous aspirons trop à des vies de cochons.
Incidemment, la question des chaînes du service public se révèle être un simple artifice. Il n'y a qu'une seule télévision, et elle n'a rien d'humaniste contrairement à ce que ses animateurs voudraient laisser entendre.